La Nouvelle Tribune

Régulation de la circulation routière : Cotonou à l’heure de nouveaux « hommes feux tricolores »

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Bénin - Depuis quelques semaines, la Police municipale de Cotonou a plus de visibilité, à cause de  son intervention dans la régulation de la circulation et la médiatisation faite autour d’elle par les autorités communales.  

Retour dans ce dossier sur les prérogatives des policiers municipaux et le regard des citoyens sur ce « nouveau corps ».
Tronçon stade de l’amitié-carrefour vèdoko à Cotonou. Il est 7 heures 35 minutes ce mardi 26 juin, deuxième jour de travail. Dans moins  d’une demi-heure, ce serait l’heure du démarrage du travail dans les administrations publiques. La circulation est très dense. Il y a à peine 10 centimètres entre deux motocyclistes. Les usagers de la route, tous pressés de se rendre à leur service, essaient chacun de se frayer un petit passage dans ce que l’on appelle localement «go slow» faisant allusion à l’embouteillage en zigzaguant. Ça alterne entre la voie principale et celle pavée. Le moindre espace pouvant permettre une avancée ne serait-ce que d’un mètre est très vite mis à contribution. Et pour cela toutes les stratégies et pratiques sont permises. Chez les motocyclistes principalement les conducteurs de taxi-moto plus connus sous l’appellation «Zémidjan» ou «Zem» tout court, on change régulièrement de voie en faisant usage de la force. Avec l’aide du client, on soulève aisément son engin pour gagner quelques mètres. «Cette situation d’empressement donne souvent lieu à des accrochages qui généralement se règlent à l’amiable, car il faut éviter les constats policiers de peur d’être en retard au boulot», renseigne Aristide, jeune fonctionnaire habitué du tronçon pour ses emprunts quotidiens et généralement aux heures de pointe.

Attention, Police municipale !

Mais au carrefour Vèdoko, carrefour stratégique de par sa position, ce «désordre» trouve vite une solution. Depuis la défaillance des feux tricolores à cet endroit, Il y a plusieurs mois la régulation de la circulation se fait manuellement par des éléments de la Police nationale et ce, quotidiennement aux heures de grandes affluences.
Aux côtés de ces «hommes en uniforme» surnommés  par certains usagers « hommes feux tricolore» et régulant d’un geste de main autoritaire et à coups de sifflet la circulation, l’on remarque depuis quelques semaines un nouveau groupe de policiers. Vêtus d’un uniforme dont la couleur est la même que celle de leurs homologues de la police nationale avec quelques différences telle bande bleue sur le tee-shirt avec la mention «police municipale» au dossard, ces policiers comme lu sur leur dossard sont des agents municipaux. Ces derniers de plus en plus présents aux différents carrefours prennent petit à petit en main la régulation de la circulation routière à Cotonou. Aux endroits où les feux tricolores sont défaillants ou simplement inexistants, ces agents prennent la relève et jouent le rôle de régulateur. A en croire David, un policier municipal en plein exercice, «cela se fait au quotidien et aux heures de pointe».

Carrefour Agontikon, ici le fonctionnement du feu relève du hasard et quand il est allumé, il est souvent clignotant à l’orange. Et cette situation ne facilite pas la circulation. Ce matin, grâce peut être rendue aux dieux car le feu marche correctement. Les policiers municipaux et nationaux rencontrés à ce feu, semblent désoeuvrés. On peut papoter un peu surtout quand le feu est au vert. Mais une fois au rouge, l’attention des policiers est retenue par les motocyclistes qui constituent en grande partie les «les brûleurs de feu».  Pendant ce temps, les secondes s’égrènent.

Et, il est maintenant18 heures. Le ciel est sombre et la pluie menaçante. Les gens semblent pressés et circulent sans grand respect des codes de la route. Certains usagers impatients, essaient de forcer les choses. La régulation devient très difficile au carrefour la vie réputé être lieu d’accidents. Les policiers municipaux et les collègues de la police nationale imperturbables, sont plus vigilants. Le travail reprend de nouveau.

Relation entre  policiers municipaux et usagers de la ville de Cotonou

Depuis leur mise en fonction, les policiers municipaux de Cotonou, encore étrangers aux  usagers de la ville capitale économique du Bénin,  entretiennent des relations diversement appréciées  avec les usagers. «La réalité est que je ne fais pas encore trop attention à eux.  Car, à chaque fois que je m’arrête au niveau d’un feu tricolore par contrainte d’un agent régulant la circulation, je me contente d’attendre son signal pour reprendre mon chemin», déclare Sylvanus,  usager de la route pour exprimer son indifférence à l’égard des nouveaux agents de la police municipale.  Ce n’est pas le cas pour Estelle, jeune employée d’une Banque opérant plus à Cotonou. « Je les apprécie et j’apprécie le relai progressif qu’ils assurent dans la facilitation de la circulation surtout les matins.  Tout au moins, il y aura moins de motos saisies les matins  comme c’est le cas souvent avec certains agents de la police nationale qui pour des ‘’dessous-de- la table, empêchent même les citoyens de se rendre au boulot», a-t-elle expliqué avant de suggérer qu’ils soient professionnalisés pour qu’on ne remarque pas de raté dans leur exercice. Par ailleurs, Hyacinthe, un autre usager de la ville de Cotonou, ne connaissant pas trop les prérogatives de la police municipale, s’étonne de leur présence sur les axes routiers. « Ils devraient s’occuper plutôt de la propreté de la ville de Cotonou que de rester aux carrefours », a-t-il martelé.   En effet, nombreux sont les usagers qui saluent  la prise de fonction de ces agents de la police municipale tout en exprimant leur inquiétude par rapport à la formation civique de ces derniers pour qu’ils ne s’intéressent  pas plus à l’argent qu’à leur devoir. Cependant, les policiers municipaux, eux-mêmes ne se sentent pas encore bien intégrés. « Nous manquons encore un peu d’autorité face à certains usagers indélicats qui nous traitent comme de simples vigiles ‘’agent de gardiennage privé’’, ce qui nous rend difficile le travail », a confié Romuald, agent de la police municipale. Selon Anselme,  un autre policier municipal, certains usagers les traitent même de ‘’ Kponon mayi kaan ’’ autrement, forces de l’ordre sans galons.  Au nombre des pires cauchemars de ces agents de la police municipale, les conducteurs de taxi-moto. Pour Anselme, les agents de la  police municipale sont limités actuellement dans leurs prérogatives parce que les populations ignorent réellement ce à quoi ils sont destinés. Ils se posent ainsi un problème de communication pour permettre leur  pleine intégration. Parlant de leurs relations avec les policiers municipaux, David, un agent de la Police municipale confie : «moi j’entretien de bonnes relations avec les agents de la Police nationale». Il précise avoir été à plusieurs carrefours différents jours avec différents agents de la Police nationale et l’ambiance était toujours bon enfant. Approché pour avoir son avis, un élément de la Police nationale, très peu bavard, confirme la parfaite collaboration qui existe entre lui et ses collègues de la police municipale. Esperons donc que cette collaboration dure dans le temps et que les usagers de la route n’en souffrent jamais.