La Nouvelle Tribune

Main basse de la chine sur la construction des infrastructures : nécessité d’une réglementation du secteur

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L’occasion faisant le larron, les entreprises béninoises du secteur des bâtiments et travaux publics (Btp) et les pouvoirs publics doivent profiter de l’accaparement progressif du secteur par des entreprises chinoises pour se remettre en cause et opérer des réformes, au besoin.

La ruée et l’hégémonie des entreprises chinoises dans le secteur béninois de la réalisation d’infrastructures et de travaux publics inquiètent et fâchent. Une colère qui doit pousser à une réglementation du secteur par le gouvernement. Et accoucher d’une révolution, dans les pratiques, chez les acteurs nationaux.  La très récente sortie médiatique du Syndicat national des travailleurs de l’administration des transports et des travaux publics (Syntra-Ttp) à cet effet  fait toujours écho. Réunis devant la presse ce mercredi 20 juin au ministère des Travaux publics, le bureau exécutif de ce syndicat a dénoncé les travers de la coopération sino-béninoise dans ce secteur. Il dénonce une concurrence déloyale qui peut entraîner la faillite des entreprises locales des Btp. Ainsi, dans le seul domaine des routes,  « des années 2000 à  aujourd’hui, il y a six projets en cours d’exécution ou d’étude par les entreprises et/ou bureau d’étude chinoises ». A hauteur de plusieurs milliards de francs Cfa, ces projets sont, soit des dons de l’Etat chinois, soit financés par d’autres bailleurs multilatéraux ou par le budget national. Pour l’attribution et la mise en œuvre de la majorité de ces chantiers, le Syntra-Ttp dénonce la violation, avec la complicité des autorités béninoises,  de la Constitution, du code des marchés publics, de la loi cadre sur l’environnement, des dispositions d’appel d’offres, du code du travail et de sécurité sociale. Le syndicat parle aussi de la suspension non justifiée de procédures d’appel d’offres; de conflits d’intérêts, de surfacturation, etc. Mais le constat est qu’en dehors des travaux de route, les entreprises chinoises commencent à se tailler la part du lion pour ce qui est de la construction des bâtiments aussi bien dans le privé que dans le public. Le Syntra-Ttp vient donc de s’engager dans un combat où il prend la défense des entreprises béninoises qui sont les grands perdants de la coopération sino-béninoise en matière de Btp. Pourtant.

Changer pour inverser la tendance

« Je veux construire un bâtiment à cinq étages mais j’ai l’intention de le confier au chinois », confie un opérateur économique de la place. Raison évoquée : « les Chinois sont moins chers et rapides ». Mais la qualité de leur prestation préoccupe peu. Et c’est le respect des délais d’exécution  et souvent la qualité du travail, le péché des entreprises béninoises. Lenteur dans l’exécution des travaux, travaux approximativement exécutés, bureaucratie, corruption, etc, sont entre autres les pratiques caractérisant les prestations des entreprises béninoises des Btp. Et si en plus du gouvernement, des opérateurs privés commencent à recourir aux services des chinois, cela signifie simplement que les entreprises locales n’ont pas comblé toutes leurs attentes. Avec la mondialisation et surtout la nature des relations sino-béninoises, on ne peut, sans doute, pas fermer le Btp aux étrangers. Les nationaux doivent donc se comporter de manière à être très compétitives. Cependant,  elles devraient dans ce combat avoir le soutien des pouvoirs publics. Qui doivent respecter l’orthodoxie dans l’attribution des marchés publics et au besoin prendre une loi pour réglementer davantage le secteur. Simplement parce qu’un pays comme le Bénin qui se veut émergent doit promouvoir les entreprises locales dans tous les secteurs. On se demande d’ailleurs, si au nom de la mondialisation, une entreprise béninoise des Btp, peut avoir les mêmes facilités en Chine si elle y postulait à un appel d’offre pour l’octroi d’un marché public. C’est ça la vraie question.