La Nouvelle Tribune

Amélioration de l’environnement des affaires au Bénin : le gouvernement complique la tâche au Cpi et au Mca

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Le Conseil présidentiel de l’investissement et l’Unité de coordination de la formulation du deuxième programme et de suivi des réformes du Mca-Bénin mettent les petits plats dans les grands pour améliorer l’environnement des affaires au Bénin. Pourtant.

Témoignages. Léonard, un jeune entrepreneur dans le domaine de l’importation du matériel informatique raconte. «On nous avait dit l’an dernier que toutes les entreprises créées il y au moins un an étaient exonérées de d’impôt Bic. A ma grande surprise, cette année les services des impôts m’informent que nous allons payer à hauteur de 75% cet impôt dont on nous a dit qu’on était entièrement exonéré l’an dernier.» «Quand je me suis rendu auprès de la direction des impôts, explique-t-il, ils ont justifié ce retournement de situation par le fait que le pays a besoin d’argent.» L’ardeur de départ qu’avait affiché Léonard a pris un coup. Il nous confie qu’il ne sait pas à quel saint se vouer d’autant plus qu’il n’a pas prévu cette charge fiscale. Un autre jeune entrepreneur raconte qu’il a gagné un marché de 12 millions avec l’Etat. Un bon de commande lui ayant été délivré, il s’est rendu dans une banque de la place pour obtenir un prêt. La banque a refusé de prendre son bon de commande. « Ils m’ont dit qu’il y a beaucoup de bons de commande Pip (Programme d’investissement public) à leur niveau qui n’ont pas encore été soldés par le gouvernement. Ils m’ont dit qu’ils accepteraient si c’était pour un projet de bailleurs étrangers. Qui sont des bons payeurs que l’Etat n’est pas », explique-t-il. Invité de l’émission zone Franche le dimanche 03 juin dernier, Me Lionel Agbo ancien proche collaborateur du chef de l’Etat a aussi peint en noir l’environnement des affaires au Bénin. « Il existe un climat délétère au niveau des affaires qu’il faut changer », selon lui. Il a fait allusion  à la question de la sécurité juridique des investissements, le harcèlement fiscal et le problème de l’obtention des marchés publics. Il dénonce que «Quand on lance les appels d’offres, il faut par  exemple appartenir à des groupuscules pour les gagner ». Raison pour laquelle « certains opérateurs étrangers décident de quitter le Bénin.»

Initiatives. Pourtant l’amélioration de l’environnement des affaires au Bénin fait depuis peu courir le Conseil présidentiel de l’investissement (Cpi) et  l’Unité de coordination de la formulation du deuxième programme et de suivi des réformes du Mca-Bénin (Ucf). Le premier, dirigé par Nasser Yayi a entrepris depuis bientôt deux semaines, une offensive médiatique pour vulgariser les réformes entreprises pour faciliter l’investissement privé au Bénin. L’objectif est de  permettre au Pays de gagner plusieurs places dans le prochain classement Doing Business sur le climat des affaires. Doing Business étant une étude entreprise par la banque mondial sur différents indicateurs favorisant la pratique des affaires dans 183 pays dans le monde. Le Bénin qui avait occupé la 172ème place en 2010 s’est retrouvé à la 175ème en 2011.  Et c’est pour éviter que cette mauvaise performance ne se répète que le Cpi a pris l’option de communiquer autour des différentes réformes engagées. Selon ses différentes communications, des réformes ont été menées dans le foncier avec notamment la facilitation de la procédure de paiement de l’impôt domanial et la célérité pour l’obtention désormais du permis de construire. La procédure de création et de formalisation des entreprises privées a aussi été allégée.
L’Ucf est quant à lui en tournée dans les douze départements du Bénin pour échanger avec les populations sur les contraintes à la croissance économique et à l’investissement privé au Bénin. Selon le classement fait par les populations, l’inadéquation de l’environnement des affaires est en pôle position de ces contraintes .On se rappelle pourtant les réformes mises en œuvre dans le cadre du premier compact Mca Bénin avec ses quatre voltes que sont accès à la justice, accès au foncier, accès au marché et accès aux services ont entre autres pour finalité d’améliorer l’environnement des affaires au Bénin. Selon les responsables de l’Ucf, pour ce deuxième compact en cours d’élaboration, sur au total vingt critères d’éligibilité, le Bénin a décroché 11 points. Ils pourraient par contre basculer dans deux critères que sont l’Etat de droit et la maîtrise de la corruption. Qui sont relatif à l’environnement des affaires.
Harcèlement et inceste. Et voila que des observateurs avertis de la vie politico-économique soutiennent que « la gouvernance au sommet de l’Etat et certaines pratiques sur le terrain font ombrage aux efforts fournis par que le Cpi et le Mca-Bénin pour l’amélioration de l’environnement des affaires dans le pays». Selon eux, les politiciens profitent des «relations incestueuses» qu’ils entretiennent avec des hommes d’affaires pour menacer les investissements de ces derniers une fois que leurs intérêts en tant que politiciens sont en jeu.  La situation actuelle l’opérateur Patrice Talon, dont les investissements au port et dans le secteur du coton sont en danger, est évocatrice.  Vu comme le bras financier de Yayi qu’il aurait financé en 2006 et en 2011, il semble broyer du noir depuis que le courant ne passe plus entre les deux hommes. En fin d’année 2011, certains députés et hommes d’affaires anciens membres de l’alliance politique de l’opposition Union fait la Nation ont rejoint le camp présidentiel parce que leurs «intérêts seraient menacés». Sébastien Ajavon, gros contributeur aux ressources fiscales de l’Etat est actuellement affublé de 35 milliards de redressement fiscal qu’Agbo qualifie de «harcèlement fiscal.» Ainsi pendant que des structures comme le Cpi et des programmes comme le Mca œuvre pour améliorer l’environnement des affaires, le gouvernement le pourrie de par ses manies. A quelqu’un de conclure parlant du Cpi que dirige le fils du président Boni Yayi :« Le fils arrange, le père gâte ».