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Services publics ou privés : même pipe, même bizarreries

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Ne voulant pas jeter le bébé avec l’eau du bain, je tire un coup de chapeau aux braves fonctionnaires ou travailleurs des secteurs public et privé qui méritent largement leur salaire et qui ne sont donc pas concernés par ce que je vais écrire.

Il y en a bel et bien. Seulement voilà, l’administration publique a toujours remporté tous les championnats mondiaux d’incompétence et de bizarreries. Les consommateurs, frileux vis-à-vis de cette terrible machine continuellement défaillante, se ruaient autrefois  vers le privé pour se faire servir. Mais aujourd’hui au Bénin, la médiocrité du secteur privé tend à dépasser celle du public. Incroyable mais vrai, parlons-en.

Le secteur public

L’administration publique avait déjà eu la grande honnêteté de nous montrer ce qu’elle est : mauvais accueil, suffisance et arrogance, retard, absentéisme, application des textes au pifomètre, non respect des droits humains, concours frauduleux, éducation bâclée et résultats d’examens artificiellement gonflés avec des rachats scandaleux, pléthore d’étudiants à l’université car les infrastructures et le recrutement de formateurs ne suivent pas, soins de santé dangereusement approximatifs, villes poubelles, insécurité criarde, électricité et eau buissonnières, justice lente, lointaine et parfois injuste,  corruption généralisée et officialisée (même l’argent de l’eau venu de l’extérieur est volé au sommet de l’Etat et la corruption électorale se fait maintenant à ciel ouvert avec de grandes foules  jusqu’à la Présidence de la République, sans oublier les perdiems incroyablement élevés de petits groupes de travail, pendant que les pauvres meurent de faim et accouchent encore à la maison par terre comme des animaux), etc.

Je remercie donc l’administration publique pour sa franchise qui indique bien qu’elle n’est pas faite pour le développement, mais plutôt pour une tragicomédie de plus en plus mortelle et sans fin, même si tout cela est édulcoré de temps en temps de théories de messies qui viennent au pouvoir avec leurs propres vices et crimes défendus bec et ongles et transformés en héroïsme.  Cela relève de la magie et réussit à tous les coups.

Que la chose de tout le monde, qui n’appartient donc à personne en particulier se gère comme ça, on peut le comprendre. Je ne dis pas que je soutiens ça. Mais je dis qu’on peut le comprendre. Ceux qui exigeaient des prestations sans controverse se tournaient donc vers le secteur privé qui fournissait des services de qualité. Mais cela relève désormais du passé.  C’est ce que nous verrons.

Secteur privé : la médiocrité au superlatif ?

Entreprise Tartempion, ou Tartempion et fils, Etablissement tel, ou Société Anonyme (SA) de ceci,  ou Société Anonyme à Responsabilité Limitée (SARL) de cela, voilà des noms de baptême non fonctionnaires et non bureaucratiques qui nous rassuraient autrefois pour les prestations que nous ne voulions pas voir bâclées. Et effectivement, nous avions dans ces entreprises un accueil au large sourire, nos enfants qui obtenaient les meilleurs résultats scolaires sur le plan national, les soins de santé sérieux, bref, un travail rigoureux avec la ferme  volonté de vaincre la concurrence et de conquérir le client pour toujours. Mais comme je l’ai dit plus haut, cette noblesse du travail relève désormais de l’histoire ancienne.

Ici, je ne ferai pas de théorie. Je parlerai en priorité d’exemples négatifs dont moi-même je suis victime, ou qui sont connus de beaucoup de gens.

Ainsi, je suis personnellement client d’une banque aux couleurs vert et noir depuis des dizaines d’années. Dans cette banque aujourd’hui, l’accueil du client est hypothétique. Pour toucher un tout petit chèque il faut s’ennuyer à mort dans une longue file d’attente avec souvent un seul caissier. Et toucher un chèque là est même une chance, sinon, c’est « signature non conforme »  ou  plutôt une vilaine chanson qu’on entend tout le temps : « on n’a pas la connexion ». Si vous venez de loin, si vous êtes dans le besoin urgent de votre propre argent, tant pis pour vous. Il n’y a rien à faire puisque ce qu’on appelle pompeusement « distributeurs automatiques » ne distribuent plus rien automatiquement. Vous demandez qu’on vous paye avec des billets précis, on vous réplique toujours qu’il n’y en a pas. On vous remet forcément des gros billets qui vous causent de grandes difficultés d’utilisation.

Il y a de cela quelques petites années, un « distributeur automatique » de cette banque m’a bouffé 200 000 f dans une cabine de la Direction Générale. Je suis allé me plaindre au « chef » qu’on m’a indiqué, un certain O. Il m’a mal reçu et dit que j’ai bien retiré mon argent. Je n’en croyais pas mes oreilles. Jusqu’à ce jour, cet argent est perdu.

Plus récemment, j’ai perdu ma carte de « distributeur automatique » en février 2016 ou peut-être début mars. Et savez-vous le chemin de la croix que j’ai affronté avant d’avoir une nouvelle carte ? Eh bien ce que j’obtenais dans un autre pays en trois jours ou au plus en une semaine, je l’ai obtenu en juin 2016. Près de quatre mois donc avec des préjudices énormes car je n’habite pas à Cotonou.

Mais on ne m’accusera pas de ne voir le mal que dans une seule entreprise privée du Bénin. Pour preuve, demandez au citoyen lambda ce qu’il pense de la téléphonie mobile au Bénin. Très récemment encore, je viens d’être personnellement escroqué par un « grand » réseau que tout le monde connaît et décrie d’ailleurs. J’ai acheté 1000 f de crédit sur mon internet. Alors que je suis en train de recharger simplement, je vois que les 1000 f ce sont transformés en 90 f. Et ce n’est pas la première fois. Je parle avec des preuves concrètes. Dans ces conditions, que vais-je faire ? Quitter Ouidah pour aller jusqu’à Cotonou pour réclamer les 910 f volés ? Je ne suis pas fou. Il vaut mieux les laisser emporter ce braquage en enfer plutôt que de se créer une crise d’hypertension. Alors j’ai pris une bonne bière et acheté un autre crédit. C’est triste. Je ne dirai pas que c’est criminel.

Toujours dans le secteur privé, tout le monde est au courant qu’un seul agent de sécurité privée a pris la poudre d’escampette avec (tenez-vous bien) un milliard deux cent millions (1 200 000 000) de francs.

Et si tout cela ne vous donne pas encore le nouveau visage du secteur privé béninois, je continue en disant que les privés se font une guerre sans merci pour arracher les marchés juteux de l’Etat : surfacturations pour alimenter la corruption, actionnement de relations politiques, sabotage de l’adversaire, confection de faux papiers pour les dossiers, etc.

Voyez aussi le vaste troupeau d’éléphants blancs que nous gérons dans le pays. Il y en a dont le récit vous fera tomber à la renverse. Et à entendre ces histoires, moi, je me demande honnêtement comment ce pays est encore debout.

Sur le plan de l’éducation, je m’en remets à l’actualité en appelant votre attention sur le fait que plusieurs établissements privés affichent royalement zéro pour cent de réussite à de nombreux examens. J’ai des noms sous les yeux. Et les cas de certaines « universités » privées organisatrices d’examens corrompus et distributrices de faux diplômes circulent actuellement sur les réseaux sociaux.  

Je voudrais bien continuer avec des exemples visibles et précis dans d’autres rayons du secteur privé, mais mon espace d’intervention n’est pas illimité. Alors, il faut conclure.

Conclusion désenchantée

Je répète que tout le monde n’est pas coupable dans les secteurs public et privé face à tout ce que je viens de dire. Mais la réalité sur le terrain est tellement terrifiante que l’on est en droit de se poser la question suivante : « où sont les patriotes ?». Question malheureusement sans réponse. C’est dommage, et après maintes analyses et expériences, je me dis tristement et tout bas : « il n’y a plus que Dieu pour sauver ma patrie »