La Nouvelle Tribune

Gestion de l’Etat : Patrice Talon à l’épreuve du pouvoir

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« Si vous voulez changer l’avenir changez vous-mêmes » nous avertissait Yayi Boni à son investiture en 2006. Après 10 ans, il s’en allait la queue entre les jambes. Dépité, déçu et se contentant de quelques réalisations et acquis.

Aussi déçu que le peuple qui le porta en triomphe et voyait en lui, l’incarnation d’un Roosvelt avec le New Deal au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Plein d’espoir et confiant en lui-même, Talon nous promettait la rupture. Naïf et souvent euphorique, comme à chaque nouveau mandat, nous avons cru à l’attelage Talon-Ajavon. Aussitôt le premier différend apparu au tableau, Talon se libère et trouve que le problème du Bénin ce sont les Béninois. Il ne nous apprend rien de nouveau. Depuis Kérékou, sous la révolution, le diagnostic était connu.Et d’ailleurs, bien avant lui, depuis nos rois et les expériences au lendemain des indépendances. Nous avons compris, que nos malheurs viennent en partie de nous-mêmes.

En tournée dans le septentrion, il se lâche et se désole du comportement de ses compatriotes. Cette allusion aux réactions de la rue et des chapelles politiques orchestrées pour faire libérer Ajavon n’a rien d’étonnant. S’il s’en contente pour signifier et justifier son incapacité à poursuivre la lutte contre les pratiques qui ont cours dans le pays et que lui-même a dénoncé durant la campagne, c’est une fuite en avant et un alibi tout trouvé pour rejeter le tort sur le peuple lors du bilan. Est-il si influençable ou sensible ? Résister aux pressions, il ne sait pas le faire, nous semble dire.

« Si publiquement les péchés deviennent des actions de gloire, c’est dangereux pour le pays. Il est important pour nous que publiquement nous ayons au moins la mesure, le courage de ne pas faire l’apologie du péché, parce qu’après il n’y a plus de repères ».

Et justement, si on est arrivé à perdre tout repère, c’est justement là où il faut chercher les causes de nos malheurs. Mais pas aujourd’hui. Depuis que nos dirigeants sont élus, non pas par le vrai peuple mais imposés à coût de milliards par des caciques et personnalités du monde politique et financier. A lui, il lui faut du courage et de la détermination. Comparaison n’est pas raison. Mais tous les analystes conviennent que Yayi lors de sa marche verte de ce fameux jeudi était déterminé à en découdre avec la vermine qui nous pille. Remettre les Béninois au travail et revenir aux valeurs. Qu’est-ce qui l’en a empêché ? La volonté de décrocher un second mandat, d’être bien vu et de calmer une tension qui est entretenu par ceux qui veulent continuer à être entretenu ? Bien sûr. Et il le sait, ce sera pareil avec lui s’il ne s’émancipe pas vite. Pour cela, il lui faut beaucoup de crans. S’il s’avoue vaincu à la première crise, c’est pour se dédouaner par la suite. Yayi n’a pas pu résister aux sirènes. Le résultat, nous le connaissons tous, il a cédé et laissé le pays aux mains de ces groupes.

Talon vient de faire pareil. Cette reculade est le signe qu’il ne pourra pas agir librement et qu’il est contraint de s’immiscer dans les affaires judiciaires. En avouant être sous l’emprise ou subir la pression de la vieille ou nouvelle classe politique, des religieux et de certaines personnalités, il confirme qu’il ne peut pas avancer. Est-ce ça ou il craint de fâcher ses supporters ou se faire piéger et abandonner ses propres réformes ? Je doute fort de sa réelle volonté à faire l’opération main propre sans sacrifier des gens proches de lui. Et celui qui nous jurait qu’il connait le pays, connaît ses compatriotes,veut-il déjà se dédire ?

«  ... j’étais préparé pour la fonction, je connais mon pays, je sais à quel point le pays va mal, j’étais prêt. Je vous affirme que je demeure prêt et que je me suis déjà mis au travail, mais les sept mois qui viennent de s’écouler, ont été pour moi, éprouvants.  Il a fallu consacrer mes jours, mes nuits à repenser plus que je ne l’imaginais… ». Eh oui ! Entre le discours de campagne et la pratique du pouvoir, les réalités sont différentes et toutes surprenantes. Il n’en est qu’à ses débuts. Si ce ne sont pas les amis, ce sont les partenaires sociaux. Il a mal apprécié le boulot et il s’en rend compte à l’évidence. Devons-nous nous préparer à lui accorder des circonstances atténuantes ? Tout porte à le croire. Il nous demande d’être patients. On sait être patient. Il doit le savoir, lui qui nous connait si bien.

Mais de grâce, qu’il sache avancer. Sinon le pousse-toi que je m’y mette, diaboliser les autres et s’installer, ça ne marche que pour un temps. Et quand ce peuple si docile, si calme et si patient s’en rendra compte, il sera trop tard, non pas pour le peuple, mais pour lui.