La Nouvelle Tribune

Etienne Kinzo à propos de l’attribution des kiosques à l’Uac : «On préfère donner de l’espace aux vendeurs de divers et de friperie qu’à un libraire…»

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Etienne Kinzo, plus connu à l’Université d’Abomey-Calavi (Uac) sous le sobriquet « Supplier of suppliers », est vendeur de documents didactiques en anglais. Il ravitaille les étudiants du département d’anglais de l’Uac et mêmes d’autres entités et faculté de ladite université. Ayant sollicité en vain depuis plus d’une décennie, un kiosque sur le campus pour y installer sa librairie, Etienne Kinzo, vient dans cette interview, dénoncer sa marginalisation, prendre à témoin l’opinion publique et mettre les autorités universitaires face à leur responsabilité.

La Nouvelle Tribune : Depuis combien d’années vendez-vous là, à l’Uac, les documents didactiques en anglais ?

Etienne Kinzo : Je suis dans ma vingtième année à l’université d’Abomey-Calavi. Au département d’anglais, plus précisément, J’aide maintenant ma vingtième promotion. Mon sobriquet « supplier of suppliers », m’a été donné par les étudiants dudit département qui ont remarqué qu’en matière de documentation anglaise, je leur trouve même les livres les plus rares. Surtout les documents pour leurs mémoires. Les ouvrages au programme ne se retrouvent pas souvent dans les librairies de la place. Il faut aller soit au Nigeria soit au Ghana. Je me suis porté volontaire pour faire cette navette.

Vous dites avoir sollicité en vain un espace ou une baraque sur le campus où installer votre librairie. Mais que s’est-il passé?

Je suis installé en plein air et soumis à toutes les intempéries. En saison pluvieuse, il m’est très difficile de satisfaire la demande des étudiants. Certains étudiants ingrats et inconscients ne cessent de me voler les livres. En plus ayant compris mon rôle dans la formation des étudiants, j’ai jugé bon de m’installer sur leur lieu d’apprentissage. Cela m’éviterait les tracasseries liées à l’étalage et l’emballage des documents chaque jour. Je pourrai ainsi mieux les servir. L’autre chose, c’est que je vieillis et surtout que je mets chaque fois ma vie en danger. On m’a dit que c’est le recteur qui traite des questions d’attribution d’espace. Et depuis 1999, j’ai introduit au rectorat une demande pour en obtenir. Mais, Aucune suite jusqu’à présent.

L’avez-vous renouvelé?

Bien sûr. Mais, jusqu’en 2011 pas de suite. Ma première demande date de septembre 1999. J’en ai déposé aussi à l’Eneam. En ce qui concerne celle de l’Eneam, le directeur m’a répondu favorablement seulement sept jours après. Pourtant à l’Eneam, l’anglais est une contrainte pour les étudiants. Sur le campus d’Abomey-Calavi où il y a un département d’anglais, c’est là que ma demande est restée sans suite. J’ai décidé de me rendre auprès des autorités rectorales pour comprendre ce qui expliquait le silence sur mon dossier. J’ai été tourné en rond dans différents services sans avoir satisfaction.

Comment?

Je suis d’abord rendu au secrétariat de l’un des vice-recteurs. Il m’a été demandé de me rapprocher du chef service maintenance, monsieur Darboux. J’y suis allée et sa secrétaire Mme Aladéyè m’a à son tour demandé d’aller voir le : directeur des affaires administratives et financières (Daaf) de l’Uac de l’époque.

Selon le Daaf, il fallait que j’aie de l’argent. Je lui ai répondu que j’en avais pour louer un kiosque ou pour construire une baraque. Je lui ai même dit que j’avais la capacité financière pour m’installer régulièrement. Le Daaf me renvoie chez le chef maintenance. Ce dernier me parle de 10 millions pour construire des baraques dans l’espace vide du rectorat annexe. Je lui ai répondu que je n’avais pas 10 millions mais que j’avais de quoi payer la construction de ma baraque. Et ils ont commencé par me tourner en rond. Le Daaf me dit qu’il a fini avec moi et m’envoie vers le chef maintenance qui lui, me dit qu’il n’a reçu aucune instruction afin de m’attribuer un kiosque.

En avez-vous parlé aux autorités du département d’anglais?

Au moment où se produisaient les choses, c’est M. Koumakpai qui était à la tête du département d’anglais. C’est même lui qui m’a corrigé le dossier que j’ai déposé au rectorat. L’actuel Chef, monsieur Akogbeto Patrice m’a fait comprendre que ce n’est pas de son ressort. Il m’a suggéré d’introduire à nouveau ma demande au rectorat. Ce que j’ai fait. Mais jusqu’à présent il n’y a pas de suite. Ce qui est grave, c’est qu’ils n’ont même pas répondu à ma demande.

Pourquoi refusent-ils de vous attribuer à un kiosque?

C’est ce que moi-même je ne comprends pas. On est dans un haut lieu de savoir où les ouvrages didactiques sont en premier lieu et moi je fournis les ouvrages didactiques aux étudiants. Les autorités sont en train de m’humilier. On préfère donner de l’espace aux vendeurs de divers et de friperie qu’à un libraire. Le recteur doit comprendre qu’un libraire n’est pas moins que les vendeuses de divers et les marchands de friperie sur le campus. Il faut que les autorités rectorales se remettent en cause. Parce que celui qui aide les étudiants ne peut pas être humilié pendant que les vendeurs de divers sont casés.

Propos recueillis par Dorisse Sossi (Stag) & Léonce Gamaï