La Nouvelle Tribune

Réformes foncières, cyber criminalité, micro finance - Sébastien Dossou parle : «Les réformes sont bonnes mais le gouvernement doit aller au-delà»

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C’est une figure majeure de la diaspora béninoise qui a décidé de se prononcer sur quelques sujets préoccupants de l’actualité. Son nom : Sébastien Dossou. Après avoir longtemps travaillé à Caen en Normandie, il est depuis quelques semaines au Bénin où il mène des recherches sur des sujets préoccupants et divers comme le foncier, la gouvernance locale, la cybercriminalité… Il invite le gouvernement à prendre ses responsabilités dans la gestion des terres, limiter sinon empêcher l’accès des étrangers aux terres. L’homme qui proclame l’échec de la micro finance au Bénin, invite le gouvernement à s’occuper vraiment de la jeunesse et a une pile de solutions pour éradiquer le cyber criminalité. Vous travaillez depuis quelques mois sur certaines thématiques. Parmi celles-ci il y a le problème du foncier. Quel est l’utilité de cette thématique pour le développement du Bénin?

Le foncier est un sujet important à mon avis. Et tant que l’Etat n’arriverait pas à reconnaître le patrimoine qui est le sien et s’occuper beaucoup plus de la décentralisation et de la formation des élus, sans la bonne gestion des terres appartenant à toute la nation, je crois que nous aurons toujours des problèmes dans le domaine du foncier. Aujourd’hui je ne sais pas comment l’Etat peut s’en sortir si on n’arrive pas à régler les dysfonctionnements qui minent ce secteur qui est le foncier.

Dans ce cadre, notre pays est frappé, comme beaucoup d’autres pays, par le bradage des terres. Qu’est-ce-que vous pensez de ça et quelles sont, selon vous, les solutions qu’on peut apporter pour arrêter ce phénomène?

Ce problème est connu un peu partout dans le monde et ce n’est pas uniquement en Afrique. Le foncier existe avant l’indépendance et à l’arrivée de l’indépendance, les colons nous ont laissés gérer sans tenir des comptes des plans cadastraux qui existent. Je crois que sur ce sujet, on peut faire beaucoup de choses. Je prends le cas de l’Amérique latine où les choses ne vont pas bien dans ce sens là. En Afrique et au Bénin en particulier, il faudrait que l’Etat arrive à identifier les terres qui sont les propriétés de l’Etat et que nous léguons à la future génération pour qu’il n’y ait pas des conflits comme ce qui se passe aujourd’hui. L’achat des terres par les étrangers doit être interdit. Il faut que l’Etat prenne conscience qu’il y a des choses qui doivent être maitrisées pour le développement du pays. Ils doivent comprendre que quand on parle du foncier, le développement durable passe par là. Nous sommes à un niveau où on ne doit pas laisser faire. Une partie de la décentralisation aussi passe par là.

Que pensez-vous qu’on peut faire pour relever le niveau de la gouvernance au niveau de nos communes?

Nos communes sont seulement des communes à qui on a donné le titre de la décentralisation parce que pour être décentralisé, il faut avoir de quoi gérer et de quoi subvenir à ses besoins. L’Etat doit participer beaucoup plus en collaboration avec les communes à l’émergence de ces dernières. Quand on prend une commune, il faut dissocier la gestion politique et la gestion communale. Du moment où on n’arrive pas à faire cette différence, les communes se mettront beaucoup en erreur par rapport à leur gestion.

Qu’est-ce que vous pensez de toutes les réformes entreprises par le président depuis le début de son deuxième mandat de façon globale?

Je suis d’accord pour qu’il ait des réformes. Aujourd’hui nous vivons dans un pays où il y a trop d’informel. La corruption est institutionnalisée comme mode d’emploi dans la gestion de notre patrimoine. Si l’Etat arrive à faire ces réformes là, je lui tire chapeau. Moi j’irai plus loin. Si nous prenons l’exemple de la Croatie, c’est un pays qui se développe aujourd’hui. Ceci grâce à son président qui dès sa prise de fonction a appelé tous ceux qui se sont enrichis sur le dos du pays à rembourser les biens qu’ils ont pris. La Lépi ne servira pas uniquement aux élections, elle doit servir aussi à démasquer les pilleurs du Bénin.

L’autre chose qui menace aussi le Bénin, c’est le cyber criminalité. Quelles sont les solutions que vous pouvez apporter à cela?

Je crois qu’il est tant de faire quelque chose contre ça. Je vais m’adresser au ministre de l’intérieur, aux membres du gouvernement en les appelants à faire quelque chose car le Bénin a perdu sa crédibilité à l’extérieur. Il faudrait que le pays se ressaisisse et mène un combat solide contre ce genre de fléau. Des solutions d’éradication de ce fléau existent et je crois que quand je serai en face des personnes qui pourront prendre ces solutions là, on pourra en discuter.

Au niveau de la gestion politique de notre pays, on voit un pouvoir qui a tendance à engloutir l’opposition qui se résigne aussi. N’est-ce pas une menace pour notre démocratie?

Vous savez, l’opposition au Bénin existe mais clandestinement. Cet état de chose est la faute de l’opposition elle-même. Il faudrait qu’elle se lève pour participer efficacement aux votes des lois qui passent sans contrôle à l’assemblée nationale. Une opposition qui ne participe pas à l’animation de la vie politique d’un pays est un danger. Ce pays peut connaître des révoltes. Et que ce soit la police ou la gendarmerie et toutes autres forces de l’ordre, elles ne peuvent contenir cette force là une fois déchainée.

Votre mot de fin ?

Les Béninoises et les Béninois ont soif et faim. Il faudrait que le gouvernement puisse se consacrer à cette jeunesse qui est sans repère. Il faudrait que l’Etat fasse développer des réseaux d’emplois qui permettront aux jeunes de se redonner de l’espoir dans la vie. Il faut que le gouvernement crée une atmosphère de confiance entre les Béninois pour pouvoir développer le pays dans la clarté et la gestion saine.

Interview réalisée par Marcel Zoumènou / Transcription : Ben-Saïd Adjiboyrihan