La Nouvelle Tribune

L’ex-ministre Roger Dovonou à propos de la loi sur la corruption : «Il faut de la qualité et de l’audace pour appliquer cette loi»

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La récente loi contre la corruption  votée par le parlement continue de susciter des réactions. L’ex-ministre de Yayi, Roger Dovonou applaudit aussi l’acte, mais souhaite que les gens qui  auront la charge d’appliquer cette loi aient des qualités exceptionnelles.

Une loi contre la corruption a été récemment votée par les députés béninois. Qu’en pensez-vous?

C’est un acte important pour le Bénin. je crois que c’était au temps du Général Kérékou que le projet de loi contre  la corruption a été introduit au parlement, mais ce dernier n’en avait jamais statué.  C’était comme si même au parlement, certains députés étaient réticents à voter une telle loi, parce qu’ils se reprochaient quelque chose. C’est une lacune qui vient d’être corrigée. Tous les pays qui se respectent ont déjà franchi cette étape. Mais comme, l’ont dit certains journaux, c’est maintenant que le plus dur va commencer.

Certains craignent déjà pour son application. Etes-vous du même avis?

Il va falloir sortir les textes d’application, décrets et autres pour mieux apprécier. Ce qui est sûr, l’application de  cette loi est incontournable, parce que la corruption gangrène sérieusement notre économie. Ce qui décourage beaucoup d’investisseurs étrangers quand ils arrivent au Bénin et préfèrent aller ailleurs. Quand j’étais Directeur général du Centre de promotion des investisseurs, dans le temps, je me rappelle que certains investisseurs s’étaient rapprochés de nous, et se sont plaint des «dessous de table » que leur exigeaient des cadres de l’administration publique pour mieux traiter leur dossier. Ils sont alors partis ailleurs au détriment du Bénin.  la corruption crée beaucoup de malheurs à notre pays. Une marchandise qui arrive au  Bénin peut ne pas être déclarée à 100% à la douane ; certains opérateurs économiques jouent aussi sur les douaniers. L’autre phénomène est que la marchandise importée qui peut revenir peut-être à 100F au consommateur, avec l’effet de la corruption se livre à 120 F ou à 125 F, ce qui fait que le coût du produit devient très cher dans le marché pour les consommateurs. Puisque nous sommes dans un marché mondial, et au regard de la compétitivité, si le coût de revient  dans les autres pays est peut-être à 100 F et par spéculation inutile, on le livre à 125 F, c’est dire que notre produit, ne sera pas compétitif sur le marché international. Je crois en tout cas, qu’avec cette  loi, le pays s’en sortira tant au plan économique, social que culturel. Ce qui amène la guerre  dans un pays, c’est aussi l’effet de la corruption ou de l’enrichissement illicite d’une minorité au détriment de la grande majorité.

Soyez plus explicite ici, monsieur  le ministre?

Vous savez,  certaines personnes, du jour au lendemain acquièrent des biens partout, et son se demande comment, elles ont pu obtenir tout cela. Si c’est de façon honnête, c’est normal. Mais si c’est par le jeu de la corruption, il est évident que cela conduise  un jour à des tensions ou à des troubles sociaux.

D’aucuns pensent que cette nouvelle loi est l’un des piliers de la refondation?

Bien sûr, cette loi entre dans la perspective de la refondation. Le Chef de l’Etat est plus que jamais convaincu que si on l’applique, elle va donner plus de dignité à notre pays. On va se faire plus respecter. Et naturellement, les investisseurs seront plus rassurés en venant au Bénin. Nos produits seront plus compétitifs, il n’y aura plus de surcoûts ni de faux frais. Le Bénin qui n’a pas de ressources naturelles, va se sentir plus à l’aise.  Cela va renforcer la climat de paix dans le pays et contribuer au bien être de chacun et de tous. L’essentiel est qu’on fixe bien les règles du jeu, et  mettre  les gens qu’il faut  dans l’autorité nationale de lutte contre la corruption prévue par les dispositifs de cette nouvelle loi. Ils doivent être suffisamment aguerris sur le plan moral, avoir le sens du respect du bien public et être dotés d’une compétence avérée. Il faut donc de la qualité et de l’audace pour ceux qui vont faire le travail.
Christian Tchanou

«Son application ne sera pas une lutte facile» (Dixit, Dieudonné Lokossou, Sg Csa-Bénin)

«Tout citoyen qui aime ce pays doit applaudir le vote de la loi intervenu à l’Assemblée nationale pour réprimer les auteurs de la corruption» affirme Dieudonné Lokossou, secrétaire général de la Confédération des syndicats autonomes (Csa-Bénin). Seulement, fait-il remarquer, «la loi n’est pas prise pour le simple fait d’exister dans l’arsenal juridique du pays, car on a vu des lois promulguées dans ce pays qui n’ont jamais connu un début d’application». Outre cette réserve, le secrétaire général déplore aussi le fait que le contenu de cette loi n’ait pas été suffisamment vulgarisé avant son vote. Ceci pouvait, entre autres, tenir informé le citoyen sur ce qu’il doit entendre par corruption et en même temps l’avertir de ce qui l’attend, s’il se portait coupable de malversation. Dieudonné Lokossou se souvient de la façon dont le combat contre la corruption se faisait avant. « Sous l’ex-chef d’Etat Mathieu Kérékou, on voyait chaque mercredi le conseil des ministres relever des gens de leur fonction pour corruption », . Et pour le citoyen, poursuit-il, ce sont des actes dignes de l’autorité. Paradoxalement, on voit la même autorité nommer ces mêmes cadres à d’autres fonctions. Ainsi, des militaires et gendarmes déshabillés sont encore réintégrés pus tard dans leurs corps respectifs. « De pareils actes ne justifient pas d’une lutte sérieuse contre la corruption» se désole-t-il, ‘espérant que le régime de Yayi n’en ferait pas de même. «S’ il faut effectuer cette lutte de façon sélective comme cela se faisait, on n’aurait guère évolué dans ce combat» prévient-t-il.
Marius Kpoguè