La Nouvelle Tribune

«Le BRMN encourage les banques à investir dans les industries béninoises» Airy TONATO, directeur du BRMN

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Le Bureau de Restructuration et de Mise à Niveau (BRMN) plaide pour le soutien des banques aux industries béninoises. Dans cet entretien, Airy TONATO, Directeur du BRMN défend, avec arguments, le financement des entreprises industrielles et fait le point de la mise en œuvre au Bénin du Programme de Restructuration et de Mise à Niveau de l’Industrie des Etats membres de l’UEMOA (PRMN).

 

M. le Directeur, quelle est la mission assignée au BRMN?

Permettez-moi de vous rappeler que le Bureau de Restructuration et de Mise à Niveau (BRMN) a commencé ses activités en 2008. Comme c’est le cas dans les autres pays de l’Union Economique et Monétaire des Etats de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA), le BRMN est le bras opérationnel du Programme de Restructuration et de Mise à Niveau.  Lancé en 2006 à Ouagadougou au Burkina Faso, ce Programme a effectivement démarré en 2007 avec une phase pilote qui a pris fin en décembre 2010. Les plans d’actions issus des diagnostics stratégiques effectués dans les entreprises agroindustrielles retenues sont en cours de réalisation.

L’objectif visé par le Programme de Restructuration et de Mise à Niveau de l’industrie des Etats de l’UEMOA (PRMN) est de relancer la production industrielle. Dans chacun des pays concernés en effet, un dispositif institutionnel comprenant l’Etat, le Comité de Pilotage National (CPN) et le BRMN a été mis en place pour assurer la pérennité du Programme.

Outre la mise en œuvre de la politique nationale et sous régionale en matière de relance de l’industrie, le BRMN a pour autres tâches : le suivi des réalisations des investissements matériels et immatériels des entreprises, la réalisation d’études sectoriels pour donner une meilleure vision du secteur aux décideurs, la contribution à l’émergence de la consultance nationale et des structures d’appui aux entreprises industrielles, le renforcement des capacités des acteurs impliqués dans le Programme.

Quel type d’entreprise est éligible au PRMN?

Pour la phase pilote du PRMN, que nous considérons comme une phase d’apprentissage et d’appropriation de la méthodologie de la mise à niveau, seules les entreprises agro-industrielles étaient éligibles.  A cette phase qui a pris fin le 31 décembre 2010, il y a eu 14 entreprises béninoises qui ont rempli les critères d’éligibilité.

Pour la phase de déploiement qui démarrera en 2011 pour une durée de trois ans, le Programme sera étendu à toutes les entreprises artisanales et industrielles qui ont un potentiel de développement. 110 entreprises béninoises seront accompagnées et soutenues à cette phase dont 37 par le Programme régional et 73 par le Programme National de Restructuration et de Mise à Niveau (PNRMN).

Il est également prévu lors de la phase de déploiement, un encadrement technique et un accompagnement financier de certaines entreprises informelles ayant un potentiel de croissance pour les amener progressivement à se formaliser afin de bénéficier à terme des facilités du PRMN. Nous ne nous lassons jamais de rappeler aux chefs d’entreprises, lors de nos séances d’information et de sensibilisation, la nécessité de formalisation et d’une transparence de leurs pratiques pour bénéficier des aides importantes du Programme.

Quel bilan peut-on déjà faire des activités menées par le BRMN au Bénin?

Ce bilan sera présenté conformément au mode opératoire de notre Bureau. En effet, après l’adhésion volontaire de l’entreprise, le BRMN procède à un pré-diagnostic qui permet d’apprécier son éligibilité et son orientation vers la restructuration ou la mise à niveau. Un bureau d’études est ensuite commis pour mener dans chaque entreprise élue, un diagnostic stratégique global qui permet de déterminer ses forces et faiblesses et de proposer un plan d’action dont la mise en œuvre permet de retrouver un certain dynamisme et surtout la compétitivité. Ces plans sont approuvés par le Comité de Pilotage National avant d’être validés par le Comité de Pilotage Régional. Il est important de préciser ici que le pré-diagnostic et le diagnostic stratégique global sont entièrement gratuits pour l’entreprise.

Le plan d’action comporte des actions immatérielles et des investissements matériels. Les actions immatérielles sont prises en charge à 80% par le programme (plafonnées à 51 millions) et les investissements matériels donnent droit à des primes de 20%. Pour la phase pilote, le montant total des investissements prioritaires à réaliser par les 14 entreprises agro-industrielles est de 2.770.654.096 FCFA dont 997.917.649 FCFA pris en charge par le PRMN et 1.792.736.447 FCFA à la charge des entreprises. Le Programme a contribué à la formation de quarante-neuf (49) consultants à la méthodologie particulière de la mise à niveau avec le concours de l’ONUDI (Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel).  Deux bureaux d’études béninois ont été sollicités pour la réalisation des diagnostics stratégiques et quarante huit (48) consultants nationaux ont apporté leurs compétences dans dix (10) domaines différents.

Dans le cadre du renforcement des capacités des acteurs impliqués dans le Programme, des équipes du BRMN et des membres du CPN ont effectué des visites d’échanges et de travail au Sénégal et en Tunisie, pays ayant une expérience avérée dans le domaine de la mise à niveau et de la restructuration.

Le BRMN a organisé plusieurs campagnes d’information et de sensibilisation au profit des associations professionnelles (CCIB, Patronat, Association Professionnelle des Banquiers et des Etablissements Financiers : APBEF) et des opérateurs économiques tant dans les médias que dans les chefs-lieux des départements du Bénin.

M. le Directeur, le succès du Programme passe évidemment par la réalisation effective des plans d’actions, ce qui nécessite la participation financière des entreprises. Celles-ci ont-elles vraiment les moyens de leurs ambitions ou vont-elles recourir aux banques de la place?

Les entreprises béninoises n’ont pas toujours les moyens de leurs ambitions. D’où la nécessité de demander l’accompagnement des banques. Disons que partout où la mise à niveau a été une réussite, c’est parce que le secteur bancaire a joué sa partition. C’est la raison pour laquelle les banques ont deux représentants dans le Comité de Pilotage National et un représentant au Comité de Pilotage Régional. Il sera également mis en place dans chaque banque, avec le concours actif de l’APBEF, un point focal chargé spécifiquement du traitement des dossiers des entreprises élues au Programme. L’enjeu est de taille et tout est mis en œuvre pour soutenir la réalisation des investissements des entreprises. C’est le lieu de remercier Mr Cheikh Tidiane NDIAYE, Président de l’APBEF, pour son implication personnelle dans la mise en place des points focaux dans toutes les banques de son Association.Toutefois, certaines contraintes importantes liées à la nature des ressources des banques (ressources de court terme pour financer des emplois de long terme), au type de garanties apportées par les entreprises et à la nature des risques encourus peuvent constituer des freins à l’engagement des banques. C’est la raison pour laquelle des études sont lancées par l’UEMOA pour la création d’un Fonds de restructuration et de mise à niveau, d’un Fonds de garantie et d’un Fonds de capital risque : investissement pour renforcer l’offre de financement du Programme.

Comment se prépare la phase du déploiement du BRMN?

La phase du déploiement est, comme je l’avais dit tantôt, l’étape de généralisation du Programme à toutes les entreprises artisanales et industrielles. Cette phase de déploiement, tirant les enseignements de la phase pilote, comportera certains ajustements nécessaires. Les taux des primes des investissements immatériels et matériels seront maintenus mais les plafonds de remboursement seront respectivement de 32.800.000 FCFA et de 69.200.000 FCFA contre 51.000.000 FCFA à la phase pilote. Des réflexions sont en cours sur l’assouplissement éventuel de certains critères notamment celui lié au nombre de salariés déclarés à la CNSS.  Le lancement de cette phase a connu du retard à cause des changements politiques intervenus à la Commission de l’UEMOA. Avec la désignation du nouveau Président de la Commission, les activités pourront reprendre assez rapidement.

Le Bénin est appelé à se doter d’un Programme National de Restructuration et de Mise à Niveau. Où en êtes-vous dans le processus de formulation de ce Programme?

Dans l’agenda initial, il était prévu que la phase de déploiement du PRMN se passe concomitamment avec la mise en œuvre des programmes nationaux de chaque pays.  Nous avons eu un petit retard dû à une enquête préalable qui devrait être faite par l’INSAE. Nous attendons d’ici à fin juin 2011 l’arrivée du consultant international que l’ONUDI doit mettre à notre disposition pour la formulation du Programme et l’organisation de l’atelier de validation.

Mais en attendant, les experts du BRMN et moi-même avons fait des arbitrages sur les aspects importants du programme à savoir : les critères d’éligibilité, les secteurs concernés, les taux des primes et les montants plafonds, les sources pérennes de financement, le nouveau dispositif institutionnel, etc.

Quels conseils pouvez-vous donner aux entreprises qui n’ont pas encore adhéré à ce Programme?

S’il y a un important conseil à donner aux entreprises, c’est qu’elles viennent au BRMN, ne serait-ce que pour s’informer. Nous disposons aujourd’hui au Bénin de nombreux outils tant techniques que financiers pour accompagner les entreprises. Quelles que soient leur taille et leur branche d’activité, le BRMN a des solutions pour les amener à la performance et à la compétitivité. L’ouverture des frontières à tous les produits concurrents de la sous-région comme de l’Union Européenne sera bientôt une réalité. Ne survivront à cette rude concurrence que les entreprises qui se seraient préparées. Cette préparation nécessite des remises en cause des modes de gestion, de production et de distribution. Le BRMN, à travers le Programme de Restructuration et de Mise à Niveau, a des solutions et constitue la porte d’accès à la compétitivité et à l’excellence. Grâce à sa méthodologie et à l’appui technique et financier qu’il peut apporter, le BRMN est le partenaire crédible pour organiser le changement dans l’entreprise et le plus court chemin pour relever le défi de la compétitivité. Nous croyons au génie des entrepreneurs béninois pour gagner cette bataille.