La Nouvelle Tribune

Entretien avec Didier Sèdoha Nassègandé, comédien et chef section théâtre de l’Eace

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«Quand on vient au théâtre, c’est pour être discipliné et rigoureux»

Natif de Houèssè dans le département des collines au Bénin, Didier Sèdoha Nassègandé est comédien et chef section de l’Ensemble artistique et culturel des étudiants (Eace) du Bénin. Il est étudiant en philosophie et en science juridique à l’Uac. Parti du théâtre amateur à l’Eglise puis au collège, le comédien à triple identité, du moins ce qu’il réclame -né à Houèssè d’un père fon de Sopadèli et d’une mère Idatcha-, côtoie depuis peu le milieu des professionnels du 4ème art. Et il travaille pour en être un. Interview.

 

Comment êtes-vous venu au théâtre?

C’est banale, l’histoire de ma rencontre avec le théâtre. Elle n’a rien d’extraordinaire. Mes parents sont des chrétiens fervents. Ils exigeaient que nous, leurs enfants, participions aux activités de l’Eglise. Ce qui me semblait le plus honnête de tous ce qu’y se faisaient, c’est comment représenter la nativité du Christ; comment parler des histoires comme « un féticheur a voulu tuer un chrétien et que par la prière le chrétien a pu vaincre le charlatan ». C’était des histoires qu’on nous racontait et nous autres, nous faisions la mise en scène.  Pour les fêtes de noël les 24 décembre, nous organisions toujours la soirée théâtrale et j’étais vraiment actif. C’est à partir de ces instants et des journées culturelles à l’école que j’ai rencontré le théâtre.

Quand êtes-vous senti réellement dans le théâtre?

J’ai rencontré réellement le théâtre en 2006 en classe de terminal au Ceg I d’Abomey où j’ai été amené à être responsable de la troupe théâtrale de l’établissement. C’était une très bonne expérience. Cela  m’a permis de revoir ou de dire mon engagement  envers le théâtre. C’est à partir de cet instant que je me suis dit qu’il y avait une possibilité pour moi de recréer la vie naturelle sur un plateau de douze mètres sur huit.

Et depuis ce jour, qu’est-ce qui a marqué votre parcours?

Beaucoup de choses ont marqué cette vie. J’ai connu de bons moments et de pires moments du théâtre. Je suis venu à Cotonou sans connaître un seul comédien c’est-à-dire sans avoir un seul contact de comédien professionnel qui pouvait me tendre la main et me conduit dans le cercle des comédiens béninois. Sur le campus, j’ai rencontrée la section théâtre de l’Ensemble artistique et culturel des étudiants (Eace) du Bénin qui m’a ouvert ses plus grandes portes. J’ai quitté un théâtre presque amateur pour un théâtre universitaire dirigé par Patrice Toton qui ne m’a pas traité comme un débutant mais comme si j’étais un homme de la matière. Du coup, il est allé de façon prompte m’apprendre avec beaucoup d’énergie et j’ai “maigri”. Mais au fond, cela a marqué ma vie. Ma première grande expérience c’est « Goho », une écriture de Patrice Toton mise en scène par Patrice Toton, que nous avons joué pour le 30ème anniversaire de l’ensemble. L’autre spectacle qui m’a le plus fait plaisir s’appelle le Kpanlingan. C’est une mise en scène de Giovanni Houansou, l’actuel directeur de l’ensemble. Ce soir là, et spectateurs et comédiens, nous avions tous coulé les larmes. Après ça, il y a eu beaucoup d’autres choses dont participation à des festivals au Bénin comme à l’extérieur du pays. J’ai connu le Fitheb avec un grand bonheur et une grande joie. Je ne veux pas citer les prix parce que le théâtre pour moi, ce n’est pas les prix.

Ces expériences vous ont certainement permis de vous faire une place dans le milieu théâtrale. Vous êtes aujourd’hui Chef section de l’Eace-Bénin.

Etre chef section, ce n’est pas une promotion selon moi. Pour moi, c’est un devoir. Depuis le jour où on m’a dit que je vais être chef section de théâtre à l’Eace, c’est comme si on me demandait d’aller faire des recherches et d’être un grand homme de théâtre pour pouvoir enseigner quelque chose aux gens. Du coup, c’est une responsabilité, c’est une tâche. Depuis, je me dis que j’ai un devoir : chercher et donner. Certes j’essaie de grandir graduellement mais dire que je suis déjà un professionnel du théâtre, non. Je suis encore à l’apprentissage. Je trouve que je paresse beaucoup. Mais s’il plaise à Dieu, nous allons nous mettre véritablement au travail.

Un étudiant en philosophie et en science juridique qui en plus, travaille pour devenir un professionnel du théâtre.  C’est facile?

Quand on vient au théâtre, c’est pour être discipliné et rigoureux. Discipliné avec le travail et rigoureux avec le temps. Un comédien, c’est un homme super programmé. Je peux vous dire que depuis, je n’ai repris aucune année à l’université. Ce n’est pas de l’orgueil mais je découvre que cette discipline paye; cette rigueur a un sens. C’est vrai que c’est compliqué mais je m’en sors.

Quels sont vos sentiments quand vous vous retrouvez dans le milieu professionnel du théâtre?

J’ai deux sentiments. D’abord un sentiment de fierté et puis un sentiment de responsabilité. Je vous le disais, je suis venu à Cotonou sans aucun contact d’un comédien. Je ne sais pas par quelle magie, en deux ans, j’ai évolué, j’ai pu obtenir des distributions. Fière parce que j’y représente des Hommes, j’y représente l’université. Mais quand je regarde autour de moi, je vois qu’il n’y a pas les amis de l’université, ceux de l’ensemble. Responsabilité parce que je dois travailler pour représenter valablement ce monde et aussi, contribuer à l’intégration d’autres éléments de l’ensemble dans le cercle professionnel.

«Je vois l’ensemble d’ici quelques jours avoir un nouveau visage». C’était votre déclaration en novembre dernier à l’issue de l’atelier de mise en scène dirigé par le français d’origine malienne Assane Timbo au profit de l’Eace.

Oui. Et c’est chose réelle. Entre autres, nous avons participé au Universi’Art, un festival de la sous-région organisé par les amis de l’Uke. Sur les quatre nominations, nous en avons eu deux avec une mention spéciale. Pour moi, c’est un texte d’évolution.

Est-ce grâce à cet atelier?

L’atelier a participé fortement parce que les comédiens que nous avons distribués ont quelque part utilisé les atouts gagnés lors de la formation avec Assane Timbo. Pour moi, c’est une suite logique. Dans l’espace de trois à quatre mois après le stage de Assane Timbo et avec la continuité du travail, ça va. Je ne regrette pas. Seulement, je me suis dit qu’on peut faire mieux. On a intérêt à mieux faire.

D’autres stages en vus?

Il y a deux stages en vus. Nous n’avons pas fini les négociations mais je me donne l’audace de dévoiler les choses. Un stage avec Carole Lokossou et un autre avec Arsène Kokou Yémadjè, tous deux des professionnels du théâtre.

Le 27 mars …

La fête du théâtre. Nous, nous n’avons pas à priori fait une organisation pour. Et cela fait partir de mes regrets.

Et pourquoi?

L’université devrait aussi célébré la journée du théâtre parce que le théâtre part aussi du monde estudiantin. Nous comédiens de l’Eace, nous avons premièrement le devoir et deuxièmement le droit de célébrer cette journée. Mais il n’y a pas pour cette année une organisation particulière. Toutefois, je crois que nous allons faire quelque chose, une soirée  théâtrale, pour marquer et faire parler de la journée.

A votre avis, quelle est l’importance de cette journée dans le pays?

On devrait rediscuter de l’importance du théâtre dans notre monde. Les gens n’en parlent pas suffisamment. S’il y a crise aujourd’hui, c’est que nous comédiens, nous ne faisons pas notre boulot. Nous devons être des censeures, faire la censure de tous ce qui ne va pas. Il y a crise relative aux élections mais aucun spectacle ne parle de cela. Or le théâtre, quand il est né, c’était pour révéler les biens et les mauvais que faisaient les dieux. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Nous faisons un théâtre qui n’apporte rien. Je trouve que la journée internationale du théâtre, si elle est bien organisée, devrait nous permettre, nous jeunes, de comprendre les choses, notre devoir, entre autres