La Nouvelle Tribune

K. Tchalla: «Je n’ai jamais rencontré le Chef de l’Etat depuis mon départ du gouvernement»

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Médécin émérite dans les hôpitaux de Paris, homme de grande culture, le docteur Késsilé Sarré Tchalla est l’un des précurseurs du régime du changement. Mais nommé ministre de la santé par son allié, il sera éjecté du gouvernement quelques mois plus tard. Il s’éclipse de la scène politique pendant un long moment puis revient comme candidat. Dans une interview qu’il nous a accordée, il revient sur ses relations actuelles avec Yayi mais aussi Tchané, Houngbédji et en profite pour présenter les axes majeurs de son ambitieux projet de société.

 

Bonjour Monsieur le ministre Tchala, le lundi 7 février dernier, vous étiez en tant que candidat à la Cour constitutionnelle pour les examens médicaux, vous avez eu la chance de rencontrer, je crois pour la première fois, le Président Boni Yayi depuis votre départ du Gouvernement. Comment s’est passée cette première rencontre ?

Effectivement, j’ai été pour le bilan médical mais je n’ai pas rencontré le Président Boni Yayi. Même pas croisé.

 

Il était là quand même. Et vous êtes censé l’avoir vu au moins ?

Même pas. Même pas. De loin ou de près, non plus.

 

Est-ce qu’on doit croire que depuis votre départ du gouvernement, vous ne l’avez plus jamais rencontré ?

Jamais. Jamais rencontré.

 

Au-delà de la déception que vous avez ressentie depuis votre départ du gouvernement, est-ce qu’il y a d’autres griefs pour lesquels vous en voulez autant Chef de l’Etat ?

Il n’existe aucun grief entre le Chef de l’Etat et moi. C’est notre Chef de l’Etat à qui je dois tout le respect car c’est de ce respect que dépend le respect de l’autorité. Il faut donner à l’autorité sa place légitime. C’est pour cela que j’ai été longtemps silencieux pour qu’aucun de mes propos ne se retournent contre la qualité du respect qu’on doit à l’autorité.

 

Je voudrais aborder d’autres aspects, vous avez parlé des défaillances du pouvoir. Etes-vous satisfait du bilan de Yayi ? Vous avez dit la dernière fois sur Canal 3 que vous portez la responsabilité morale de son arrivée au pouvoir? En faisant le bilan des cinq ans, qu’est ce que vous reprochez à Yayi dans la gouvernance de façon globale ?

C’est une question intéressante car ce bilan est aussi mon bilan. Mais il y a les facteurs majeurs dont dépendent la prospérité, le bonheur, l’espérance, l’espoir du peuple béninois. Ces facteurs, ces critères, c’est l’unité nationale, la paix, l’entente entre les différentes ethnies qui composent notre pays. L’idée que l’homme du nord se fait de l’homme du sud.  Est-ce que toutes ces considérations ont connu un maintien, une amélioration ou un regret ? Car c’est de cela que dépend le développement. Ensuite, il y a le bien être du béninois. Est-ce qu’il a été meilleur sous ce quinquennat en comparaison avec celui de Kérékou, de Soglo où il y a eu regret. C’est subjectif mais c’est très important. La santé, comment c’est perçu aujourd’hui ? Quand vous répondez à ces questions vous savez tout de suite quel est l’état de la situation.

 

Néanmoins, il y a eu certains progrès sous Yayi. On a eu beaucoup d’infrastructures. Il y a eu le reversement de beaucoup d’agents qui avaient des situations précaires dans la fonction publique. Est-ce que vous ne voyez pas quand même qu’il y a eu des aspects positifs ?

Je n’ai jamais parlé d’aspect négatif car ce bilan est aussi mien. Je vous laisse juger. On ne peut pas juger son enfant de façon péjorative. Car c’est quand même son enfant. On tait ses insuffisances et ses faiblesses.

 

Vous êtes candidat aux élections présidentielles. Vous avez un  projet ambitieux dont vous avez eu la chance de développer quelques aspects la dernière fois sur l’émission « Zone franche » de Canal 3. Est-ce que vous pouvez nous exposer ici les grands axes de ce projet ?

C’est un projet ambitieux. Vous le trouverez également dans le journal Afrique diagnostic. C’est un projet bâti déjà sur la définition originelle du Bénin autrefois Danhomè. Un Etat né de la nécessité de desservir l’empire français du, Soudan, du Mali, de la Haute Volta, du Tchad et rejoindre la méditerranée. Donc c’est un Etat de transit. Autrement dit en thème moderne, c’est un Etat prestataire de service. C’est çà le destin du Bénin. Et pour être prestataire de service, aussi bien en santé, en enseignement, en éducation, en service portuaire et aéroportuaire, en informatique, en agriculture, il faut être sérieux, préparer son pays pour l’accueil, modifier des lois, les adapter pour un business où l’homme riche sera heureux de déposer son argent et de le faire prospérer chez nous. C’est à partir de cette considération que nous allons développer notre pays et c’est possible. Du point de vue santé, le grand projet quasiment prêt est le pôle de santé d'excellence dont le coût avoisine un milliard de dollar, un aéroport international sécurisé qui autrement dit serait une sorte de second aéroport international de Lagos et la mesure qui semble spectaculaire mais nécessaire, c’est le transfert des structures administratives, gouvernementales dans la capitale, Porto-Novo, de façon à permettre au port une activité ample. Regardez comment les poids lourds jonchent la chaussée certaines nuits, les voies  d’accès au port sont complètement engluées par l’activité du palais présidentiel. La ville de Cotonou étouffe et il faut lui donner la respiration. Cotonou est une ville économique. Son âme, c’est l’économie et il faut retourner à César que ce qui est à César. C’est-à-dire à Porto-Novo ses attributs de capitale. Donc sur plusieurs années, il faut rêver d’une capitale qui sera adaptée aux exigences modernes et prévue pour des siècles, taillée avec  une étude statutaire de la géographie en tenant compte de son sous-sol qui est un bon sous-sol. Tout cela sera entrepris. Nous n’aurons certainement pas dans un premier temps à construire de nouveaux bâtiments. Le gouvernement va pouvoir s’adapter avec ce qui existe  et lorsque nos compétences financières le permettront, ceci sera fait. Il y a sur le plan agricole, il n’est pas concevable que le Bénin importe les denrées alimentaires, enfin, limiter cela au strict minimum parce que nous avons la chance d’avoir des cours d’eau et de grands espaces. Il faut considérer que chaque goutte d’eau que le ciel nous envoie et qui se jette dans la mer est un gâchis. Des retenus d’eau pour des cultures de contre saison, introduire une agriculture de qualité, bio qui pourra être exploitée aussi bien par la sous-région que pourquoi pas dans les pays développés. Le dragage de nos lagunes, de nos rivières, de façon à permettre une pisciculture, également une exploitation et consommation locale. Enfin, je ne peux pas tous vous étaler. Ce sont les grands mots. Je crois surtout à ce que notre équipe va mener, c’est l’état d’esprit. Je crois sincèrement que  être pauvre ou riche c’est un  état d’esprit. L’esprit sera tourné vers le développement. Et ce qui semble être un désespoir sera un espoir. Ce qui semble être une souffrance sera une expérience. Et la moralisation de la gestion publique est nécessaire, l’équité à juste titre, la parole donnée. L’Etat devra retrouver sa respectabilité avec le respect de ses engagements. Un exemple, toutes les transactions de l’Etat doivent avoir une traçabilité. L’Etat ne peut pas régler ses factures avec de l’argent liquide. Il faut que ce soit avec des chèques. Il faut pouvoir donner à tout observateur aussi bien national qu’international la certitude d’une gestion transparente. On pourra passer toute la journée sur ce programme, on ne finira pas. Mais comme vous l’avez dans le détail, un prospectus va vous le présenter sous peu.

 

Comment comptez-vous mobiliser autant d’argent pour réaliser ce projet ?

Dans le secteur de la  santé, il faut retenir une chose. J’avis eu à dire au cours de mon émission que l’un des 99 noms de l’Eternel c’est le traitant. Soigner, c’est une forme de prière. C’est accomplir une œuvre de Dieu. Des institutions internationales, des hommes riches à l’échelle internationale, dès lors qu’ils se rendent compte qu’il y a une équipe honnête, sérieuse, intègre, n’hésiteront pas à venir en aide pour des œuvres de soins. C’est dans la qualité de l’homme que nous devons être que se trouve la solution des investissements à la santé. Il n’y a pas d’autres secrets.  Lorsque le Président Bush est passé au Bénin et que nous l’avons présenté ce projet de pôle d’excellence en santé, sa réponse a été celle-ci : « voilà des choses qu’il faut me demander. Quand nous avons la certitude que l’argent envoyé ne sert pas à construire un palais et à entretenir des maîtresses, nous l’envoyons ». Et il a tenu parole. C’est nous qui n’avons pas été à la hauteur.


On va parlez de vos relations avec les 13 autres candidats. Celui qui m’intéresse, c’est le candidat Abdoulaye Bio Tchané. Beaucoup de béninois n’arrivent pas à comprendre que vous soyez de la même commune et que vous ne puissiez pas vous entendre?

Bio Tchané, c’est mon frère. Moi je me réjouis déjà qu’il soit candidat et que la Donga ait produit deux candidats de qualité. Il faut plutôt présenter des félicitations à la commune de Ouaké d’avoir mis au monde deux hommes de qualité.  Donc c’est plutôt une richesse et non une plainte. C’est une richesse. Il faut le considérer comme une richesse. Et c’est vraiment cela ma réponse.

 

En dehors de Boni Yayi et de Bio Tchané, il y a un autre candidat qui est annoncé au second tour par les pronostiqueurs, le Président Houngbédji. Avez-vous des relations personnelles avec lui ?

Oui j’ai des relations personnelles avec lui. Il faut savoir que monsieur Houngbédji n’est pas n’importe qui. Il a été major dans sa promotion en France. C’est un homme de qualité et il a un certain passé, un vécu et en ce sens, il a toute mon admiration et tout mon respect. Mais nous n’avons pas eu d’échanges quant à la suite du combat politique. Moi avec mon équipe, je défends un projet. Nous n’avons pas eu d’échanges quant aux différents projets, à nos visions sur le destin du pays et son développement. Je ne pouvais pas le faire parce que j’appartenais à l’équipe antérieure, cela aurait ressemblé à de la traîtrise. Je n’ai pas une goûte de sang de traître dans mon corps.

 

On parle de votre contribution personnelle et financière à l’avènement de Yayi Boni au pouvoir. Il y a des montants qui circulent. Est-ce que  vous pouvez levez un coin de voile sur cette question ?

Non ! Il ne faut pas revenir sur ce passé. Au cours de l’émission que j’ai eu à faire sur Canal 3, je pense que j’ai été explicite. J’ai été suffisamment claire. Ma rédemption passait par tout ce qui s’est passé. C’est la réponse que je peux vous donner.

 

Il se dit dans certains milieux politiques que c’est une candidature suscitée par l’Union fait la nation(Un)  pour fragiliser Yayi Boni dans le septentrion.

Non ! Je pense que le Président Yayi Boni a opéré tout simplement un suicide  politique qui n’a rien à avoir avec le combat légitime de toute autre personne. Mon parcours, l’idée que je me fais de moi-même ne permet pas à quelqu’un d’autre de pouvoir me manipuler.

 

Est-ce que vous avez une équipe qui peut vous conduire à la magistrature suprême ?

Ma candidature est une candidature morale. Si vous vous sentez concerner par le destin, le devenir du Bénin, vous êtes le bienvenu. Ma sincérité, mon engagement et mon énergie déployée demeurent le garant de mon succès. Et j’aurai déjà gagné si dans l’urne je ne chercherai que mon bulletin, un seul bulletin portant mon nom.

 

Vous n’êtes pas cité parmi le tiercé gagnant comme on le dit. Et s’il arrivait que vous n’étiez pas au second tour, est-ce que vous avez déjà un choix, celui sur qui vous allez porter votre choix pour le second tour ?

Je n’ai pas encore réfléchir à la question. Il y a  ce que vous pensez, il y a certainement ce que le peuple pense et il y a surtout ce que Dieu pense.

 

Je voudrais revenir surtout à votre dissidence avec Yayi. Depuis que vous étiez entré au gouvernement, il y avait déjà beaucoup de scandales, beaucoup de disfonctionnements. La gouvernance n’était pas aussi bonne. Et pour c’est juste après votre départ du gouvernement que vous avez pris une position contre le Chef de l’Etat ?

Je n’ai pas pris de position contre le Chef de l’Etat puisque je suis resté totalement silencieux. Je n’ai rompu ce silence qu’à la fin de son mandat. Je n’ai rien à voir avec tout ce qui s’est passé dans les différentes affaires. Avez-vous jamais entendu mon nom ? Les différentes commissions d’enquête sur la gestion du ministère de la santé pendant que j’étais là se sont soldées par un résultat totalement négatif. Je n’ai rien à voir avec les affaires.

 

On vous reproche d’avoir signé un arrêté au nom du gouvernement sans avoir informé le conseil des ministres et qui a engendré d’énormes charges pour  le trésor public ?

Je l’ai expliqué. Un arrêté interministériel, avant qu’il ne soit désigné comme tel, il faut constituer le pôle ministériel pour l’étude. Ce pôle ministériel est discuté et décidé en conseil des ministres. Donc c’est le conseil des ministres qui donne mandat à deux, trois, quatre ministères de statuer sur une question donnée. Après avoir statué sur la question, avec les différents experts, en occurrence  ceux du ministère des finances et de la santé, je me rappelle, le conclave a eu lieu dans le Mono, j’ai pris près d’une semaine, c’est en ce moment que les conclusions sont rapportées  et déposées en conseil des ministres qui donne son feu vert pour la signature. La signature obtenue, évidemment, tous les documents sont dispatchés et en premier lieu sont déposés au niveau du secrétariat du gouvernement. C’est le secrétariat du gouvernement qui en fait une duplication et une distribution au  niveau de tous les ministères et de tous les sièges et institutions de l’Etat. Ce n’est donc pas une chose quelconque, aucun ministre ne peut signer un arrêté inter ministériel dans son petit coin. Le fonctionnement de l’Etat, c’est cela. Et d’ailleurs, vous avez constaté après cette émission, après cet éclairage, l’arrêté a été validé de nouveau, transformé cette fois-ci en décret qui a été signé par le Chef de l’Etat. Ce qui a permis de mettre fin aux mouvements de grèves après avoir accepté exactement les négociations suivies pour arrêter ces mouvements de grèves. Il y a eu donc ce qu’on appelle un mensonge d’Etat. Ce qui est plus grave, c’est que ce mensonge d’Etat a entraîné sur trois ans un mouvement de grève avec le bilan macabre, génocidaire. C’est cela la note éliminatoire.

Je voudrais demander si vous avez un mot de fin

Je vous remercie pour l’amitié et l’honneur que vous me faites en m’accordant les pages de votre journal. Mon mot de fin c’est le respect pour l’unité nationale, la paix. Ces deux éléments sont indispensables à toute politique de développement. Pendant ce quinquennat, le Bénin a compris la grandeur de gestion des pères fondateurs de notre démocratie. Celle-ci et son devenir dépendent particulièrement de la qualité de celui qui tient la tête. Notre pays jeune et lorsque la gouvernance n’est pas de qualité, tout se ressent tout de suite et c’est cette attention que je vais porter à notre population pour que le choix ne soit pas un choix à la légère. Si nous devons continuer à prendre des ordonnances pour ratifier des accords, il n’y aura aucun  investissement majeur.