La Nouvelle Tribune

Tierno Monénembo, écrivain guinéen: «Si l’Afrique ne parle pas... elle ne bougera pas»

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L’écrivain africain Tierno Monénembo est auteur de neuf romans dont le dernier «Le roi du Kahel» lui a valu le prix littéraire Renaudot 2008. En séjour au Bénin depuis quelques jours, il a donné deux conférences hier jeudi 3 juin au Centre d’études et de documentation (Ced) et au centre culturel français de Cotonou. Interview

Qu’est-ce qui caractérise vos écrits?

C’est l’errance, l’exil. Ce sont les grandes questions telles la dictature,  la répression, la crise des valeurs africaines, le déboussollement de la jeunesse, la désarticulation de nos sociétés d’aujourd’hui.

Cette année nous célébrons la 16ème journée internationale de l’écrivain. Que préconisez-vous ?

Je préconise qu’on facilité l’accès des jeunes africains à la lecture. J’aimerais que les auteurs africains comprennent qu’il est temps de mettre en place des industries culturelles, faire en sorte que les africains aient accès à la culture moderne. Sans la culture moderne on ne pourra pas obtenir une économie moderne. C’est par la culture qu’on se développera et pas autrement. Il faut que les états africains prennent conscience de cela. Il n’y a pas de développement sans culture. Que la littérature soit française, anglaise ou en langues africaines, elle est indispensable. Si le peuple parle de lui-même, il développe l’imaginaire, il trouve des perspectives. Si l’Afrique ne parle pas ou ne raconte pas à elle-même, elle ne bougera pas, elle sera sclérosée comme aujourd’hui.
 

Que vous inspirent les productions béninoises présentées ce matin au Ced?

Ces productions sont très intéressantes. Ce sont des livres écrits par des écrivains béninois et publiés au Bénin. Ils sont à encourager. Ce sont des manuels pédagogiques. Ce sont des praticiens de l’éducation qui ont produit des outils, pour permettre aux étudiants de mieux développer la dissertation, leur compréhension de la langue française, et également la littérature. C’est une très bonne chose. C’est une bonne initiative qu’il faut amplifier, pas seulement à Cotonou mais aussi dans toutes les villes du Bénin.

{mosgoogle}Quel rôle jouent les critiques littéraires dans la littérature francophone ?

Les critiques éclairent l’œuvre. L’écrivain ne comprend pas toute suite ce qu’il a écrit. C’est par les lecteurs, les critiques littéraires que l’œuvre apparait dans toute sa dimension. Il y a des personnages que l’écrivain ne comprend pas sans l’apport du critique littéraire.  Malheureusement encore une fois, les critiques littéraires africains ne sont pas nombreux. Très souvent la littérature africaine est critiquée par des critiques extérieurs à la problématique africaine

Propos recueillis par Nicoleta Akpiti