La Nouvelle Tribune

Entretien avec Bruno Kangni

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« Les 4 ans de Yayi ont laissé les Béninois sur leur soif »

On le connaissait pour ses sorties médiatiques tapageuses. Bruno Kangni, acteur de la société civile, après un long silence revient au devant de la scène à travers cette interview dans laquelle il se prononce sur les 4 ans de Boni Yayi, notamment au plan socio-économique. Le bilan, à ses yeux est mitigé et il en éprouve une certaine indignation sur des dossiers importants.

Boni Yayi a bouclé le mardi 06 avril dernier, 4 ans de mandat. Quelle appréciation faites-vous de sa gestion à ce jour, notamment au plan socio-économique ?

 Les quatre ans de la gestion socio-économique du Président Boni Yayi ont laissé les béninois sur leur soif. D’abord, n’oublions pas que c’est surtout pour la question économique, que massivement, ils  ont porté leur choix sur lui en 2006.  Parce qu’ils ont pensé qu’il y a avait trop de politiques dans le pays et qu’il faille essayer d’ordonner les choses en donnant la priorité  à l’économie.  Boni Yayi avait sans doute, à leurs yeux,  le profil de ce dirigeant qu’ils cherchaient tant, mais hélas, c’était en fait un politicien caché. Et les Béninois l’ont découvert, une fois au pouvoir.

Peut-on diriger un pays sans faire de la politique ?

Mais là n’est même pas le problème. Ce qui l’a complètement plongé, c’est cette campagne qu’il n’a pas cessé depuis 2006, au point où du point de vue des actions socio-économiques sur lesquelles il était attendu, il a fait beaucoup d’improvisations à ce jour, surtout en ce qui concerne la gestion des finances publiques. Or en économie, on  n’improvise pas. Tout cela a créé une situation très floue qui aujourd’hui pèse énormément sur les Béninois.

Que dites – vous alors des mesures prises sous Yayi comme la gratuité de l’école, de la césarienne,  les grandes infrastructures, les micro-crédits aux plus pauvres,  pour ne citer que celles-là ?

 Vous savez par exemple qu’aujourd’hui, il y a beaucoup plus de problèmes à résoudre dans le monde de l’enseignement. Ce n’est pas une mauvaise chose d’avoir décrété la gratuité, mais est-ce  que véritablement,  l’Etat avait les moyens  d’encadrer  cette option. Je crois que non.  La constitution de notre pays l’a prévu aussi  tout en précisant qu’elle devrait se faire progressivement. Mais est-ce que ce choix que je dirai précipité a apporté le bonheur aux Béninois ? Au moment venu, on fera en tout cas le bilan. Au-delà des crises salariales des enseignants, allez dans les écoles pour voir un peu ce qui se  passe.. Maintenant  sur le plan de réalisation des infrastructures,  le neuf, il est vrai choque, mais il y toujours eu des réalisations dans le pays. C’est vrai que nous avons aujourd’hui un  président qui est régulièrement sur des chantiers et qui communique abondamment sur  ces travaux, mais il y a d’autres qui font mieux sans tambours ni trompettes. Tous les présidents que le Bénin a connus  ont fait des réalisations, et je crois que ce n’est pas Boni Yayi qui sera celui qui n’en fera pas du tout.

 Il n’y  a donc rien de véritablement nouveau et positif sous Yayi depuis 4 ans, selon vous ?

 Il faut reconnaître qu’il  a fait des choses, mais est-ce que ce sont celles sur lesquelles, on l’attendait. La question est là. Est-ce qu’il a été véritablement à la hauteur de l’espoir et de l’engouement que tout le peuple a placé en lui à son avènement au pouvoir en 2006 ?.

En terme de lutte contre la corruption et de façon générale, la gouvernance du pays sous Yayi, qu’en dites-vous ?

 Je vais vous surprendre sur cette question. La gouvernance de Boni Yayi, à mon avis, est celle qu’on ne doit pas du tout excuser, parce que lui, il avait tout pour réussir,  mais je constate que les reproches que nous faisons hier aux autres dirigeants sont réapparus et  se sont même amplifiés, alors que nous parlons du changement. En définitive, on se demande aujourd’hui de quel changement il parlait ? Est-ce  que le changement auquel il aspirait est  conforme à celui pour lequel le peuple l’a élu ?  En tout cas,  pour  ma part, je suis resté sur ma faim.

 Depuis quatre ans, on a vu beaucoup plus les syndicats aller au devant de la scène pour dénoncer certaines choses, mais  très peu les membres de la société civile.  N’avez-vous pas ainsi failli à votre mission ?

 Disons plutôt qu’il s’agit ici d’une certaine société civile qui s’est faite découvrir. Justement, nous, nous voyons le danger venir, c’est pourquoi nous avons pris, nous autre,    nos distances vis – à- vis de cette catégorie de société civile, et je crois qu’on les voit tous à l’œuvre maintenant.. C’est dommage de le dire,  mais la société civile aujourd’hui est galvaudée. Elle n’est plus crédible aux yeux de  la société. Il  va falloir revoir la méthode d’action, et c’est à cela que nous nous employons.

{mosgoogle}Que pensez-vous du débat qui se mène aujourd’hui autour de la Lépi ?

 Il est clair au jour d’aujourd’hui que la Lépi telle que conçue  ne peut plus être appliquée pour 2011. Or les élections  de 2011 sont des échéances constitutionnelles. Lépi ou pas Lépi, elles doivent pouvoir se tenir. Je pense qu’à la date d’aujourd’hui, la Lépi qui est un processus peut poursuivre son cours, mais dans le même temps, commençons par prendre des dispositions pour organiser le scrutin de 2011, ce sont deux choses différentes.
 Propos recueillis par Christian Tchanou