La Nouvelle Tribune

Constant Agbidinoukoun, suite à l’intronisation du Roi Dédjalagni Agoli-Agbo à Abomey

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« Nous n’accepterons ni le faux, ni le fait accompli… »

Le 8 mars 2010, la cité historique d’Abomey a connu un événement peu ordinaire : l’intronisation de Dada Dédjalagni Agoli-Agbo comme roi unique du Danxomè. Alors que l’opinion publique croyait voir l’épilogue d’un bicéphalisme royal de près de 15 ans dont l’autre protagoniste est le Roi Houédogni Gbêhanzin, des voix, non moins autorisées, de plus en plus s’élèvent pour dénier toute légitimité à cette intronisation. Constant Agbidinoukoun, journaliste à la télévision nationale, descendant du Roi Gbèhanzin, et dont l’aïeul Nonfon Atodjragni Hêgboyè Agbidinoukoun est fils du Roi Glèlè, remet ici les pendules de l’histoire à l’heure et réclame une intronisation conforme aux usages traditionnels du royaume de Danxomè.

La Nouvelle Tribune :

Monsieur Constant Agbidinoukoun, vous êtes natif d’Abomey et il y a exactement dix jours, nous avons assisté à l’intronisation du Roi Dédjalagni Agoli-Agbo comme souverain du Danxomè. Avant son intronisation, on a assisté depuis plusieurs années à une cohabitation entre deux rois, Agoli-Agbo et Houédogni Gbèhanzin. Voudriez-vous nous dire comment en est-on arrivé à cette cohabitation ?

Constant Agbidinoukoun :
Quand on parle d’Abomey, on a le sentiment que les historiens béninois ont démissionné. Nous ne voyons plus les historiens aborder les problèmes historiques et expliquer la vérité. Chacun se tait, personne ne veut aborder la situation et la crise perdure. La crise sévissait déjà à Abomey depuis la succession du Roi Gbêhanzin en 1894. Cette succession a constitué un drame pour Abomey. Vous savez que le Roi Gbêhanzin a lutté contre les Français et quand Abomey a été prise le 17 novembre 1892, sa majesté le Roi Gbêhanzin est rentré dans le maquis. Il y a passé dix huit mois. Et le 20 janvier 1894, les français ont intronisé le Gaou (chef d’état-major) Goutchili qui est devenu le Roi Agoli-Agbo. De ce pas, on a senti déjà que le Roi Agoli-Agbo n’a point joué jeu franc avec le roi Gbêhanzin. Il a préféré travailler avec les Français pour se faire introniser. A l’occasion donc de la commémoration du centenaire de la mort du roi Glèlè fin 1989 et début 1990 dont était à l’origine le professeur émérite Maurice Ahanhanzo-Glèlè, les gens ont compris que la crise ne pouvait pas continuer et que Agoli-Agbo et Gbèhanzin sont tous des fils du Roi Glèlè. Donc tous ceux qui étaient les initiateurs du centenaire de la mort du Roi Glèlè ont dit qu’il faut mettre fin à cette crise. C’est ainsi que mes parents Gbêhanzin à Djimè ont décidé de mettre un terme à la crise et ont décidé d’aller vers le palais de Gbendo chez les Agoli-Agbo. Ils ont été accueillis avec les chants et les danses, ils ont bu, ils ont mangé et ils ont beaucoup parlé de réconciliation. Et le 1er janvier 1990 où se commémorait le centenaire de l’intronisation du roi Gbêhanzin, Dédjalagni Agoli-Agbo est arrivé à Djimè. En ce moment, il n’était pas encore Dada, il était Dah tout court mais il est venu à Djimè pour se réconcilier aussi avec nous. Ça a été un bel accueil, une belle cérémonie de louanges, d’amitié, de fraternité. Ils ont bu, ils ont dansé ensemble. C’est Dah Sodagba Gbèhanzin qui était sur le trône à Djimè. Et un mois après le centenaire de la mort du Roi Glèlè, Dah Sodagba est mort. Il est allé à Allada comme on le dit. C’était le tour des Gbêhanzin d’aller à Wéhondji, sur le trône de Houégbadja dans le palais central. Les Agoli-Agbo ont demandé que comme notre roi est mort et qu’on n’a pas encore fait ses cérémonies, est-ce qu’on ne peut pas leur permettre de prendre le tour des Gbèhazin et que cinq ans après, ils vont laisser le trône aux Gbèhanzin. Parce qu’il y avait précédemment une entente pour accéder au trône par rotation de cinq ans. Ce qui était déjà une aberration.

Depuis quand est advenue cette entente de rotation tous les cinq ans ?

C’est depuis 1991. Ils se sont entendus en 1991 et ils ont dit, chacun qui monte sur le trône de Houégbadja fera cinq ans et après ça sera ainsi de suite. Nous les jeunes, on n’était pas d’accord parce qu’un roi, ce n’est pas une affaire de mandat. Il est désigné, intronisé et il est à vie. C’est après sa mort qu’on choisit un autre. Mais puisque nos parents ont choisi et veulent que ça soit tous les cinq ans, on était obligé d’accepter. C’est ainsi que en 1991, Dédjalagni Agoli-Agbo est monté sur le trône de Houégbadja avec l’accord des Gbèhanzin au palais central de Wéhondji là où il y a le musée.

Est-ce sur ce trône que se trouvait Dah Sodagba ?

Non il était à Djimè, sur le trône de Dada Gbêhanzin. Avant sa mort c’est Dah Langanfin, le père de l’actuel Dah Langanfin qui était là en tant que président du Conseil d’administration de la famille royale d’Abomey (Cafra). Les Agoli-Agbo sont allés le chasser pour dire que son mandat est fini, avec la complicité des policiers. Agoli-Agbo est monté sur le trône. Agoli-Agbo est resté de 1991 à 1996 parce qu’ils se sont entendus pou cinq ans. Après, les Gbêhanzin se sont rapprochés d’eux pour dire, bon, vous avez fait votre mandat, est-ce qu’il n’est pas bon que nous fassions maintenant les cérémonies pour que les Gbèhanzin soient intronisés ? C’est là où la crise a recommencé. Les Agoli-Agbo ont refusé pour dire, il n’est pas question pour eux de laisser le pouvoir. Et les Gbèhanzin ont pris patience. Et de négociation en négociation, le Président Kérékou qui est revenu au pouvoir en 1996 a dit qu’il faut respecter la parole donnée et que ce n’est pas normal qu’il y ait toujours crise à Abomey. Alors Dah Mèlé qui est le Assiata du roi Glèlè, c’est-à-dire l’enfant ainé, sous le parrainage de qui on désigne et intronise les rois à Abomey, a parrainé l’intronisation du roi Houédogni Gbèhanzin.

C’était en quelle année ça ?

C’était en l’an 2000 et il devrait lui aussi faire cinq ans. Mais comme il y avait le centenaire de la mort du roi Gbèhanzin en 2006, il a demandé aux dignitaires de bien vouloir lui accorder encore deux ans pour pouvoir commémorer le centenaire de la mort de son grand père. Ce qui a été fait et nous avons célébré sous le parrainage du Président Kérékou et du président Boni Yayi avec tous les dignitaires le centenaire de la mort du roi Gbèhanzin du 08 au 24 décembre 2006. Mais je dois vous avouer que quand le roi Dédjalagni Agoli-Agbo occupait le palais, les Gbêhanzin lui ont laissé les mains libres, les coudées franches pour gérer dans la dignité le trône. Personne ne l’a dérangé mais quand Gbèhanzin Houédogni est monté sur le trône, le Roi Dédjalagni Agoli-Agbo et sa cour ne lui ont pas laissé les mains libres. C’est toujours des difficultés.

L’accession au trône devant être à tour de rôle, après Agoli-Agbo, Gbêhanzin, quelles autres lignées avaient droit à l’accession au trône ?

Après les Agoli-Agbo et les Gbêhanzin, on devrait chercher parmi les enfants du Roi Glèlè qui n’ont pas été rois. Par exemple Dah Sagbadjou peut aller sur le trône, Aho-Glèlè peut aller sur le trône, Zodéhougan peut aller sur le trône, Kpéli peut aller sur le trône. C’est-à-dire que c’est parmi les enfants du Roi Glèlè qu’on devrait choisir. La rotation serait donc entre Agoli-Agbo, Gbêhanzin et les enfants du Roi Glèlè.

Cela veut dire qu’après Houédogni Gbêhanzin en 2006 ça aurait dû être un Glèlè si on devrait respecter l’entente de rotation tous les cinq ans.

Tout à fait. Puisque on a accepté que Dada Houédogni Gbêhanzin fasse encore deux ans, déjà à partir de 2007 on pouvait penser à désigner quelqu’un. Mais ça n’a pas été fait parce que c’est toujours la violence. Quand Gbêhanzin veut faire des cérémonies à Wéhondji, les Agoli-Agbo interviennent avec la brutalité, de la violence. Le Roi Gbèhanzin voulait introniser par exemple le chef de la collectivité Tomadaga mais les Agoli-Agbo sont intervenus avec des gourdins, des haches, pour dire non. Eux ils ont mis fin à la cérémonie avec du bruit. Ils ont l’habitude de le faire, ces gens-là. Dans l’histoire, on n’a jamais vu les Gbêhanzin prendre des gourdins ou des haches pour aller provoquer les Agoli-Agbo. C’est toujours les Agoli-Agbo qui créent les difficultés.

Alors, que s’est-il passé en 2007 où Houédogni Gbêhanzin était supposé laisser le trône ?

Puisque on n’avait pas encore choisi un autre, c’est celui qui est là qui continue. Mais à un moment donné, depuis qu’il y a eu intronisation du chef de la collectivité Tomadaga, on a constaté que le pouvoir central a demandé qu’on mette fin d’abord à l’occupation du palais central de Wéhondji et que chaque roi reste dans son palais privé en attendant qu’on ne désigne un roi définitivement pour Abomey.

Depuis dix jours, sa majesté Dada Dédjalagni Agoli-Agbo est désigné roi unique de Danxomè. Quelle appréciation faite vous de cette désignation ?

Je dois avouer que ça a été du faux. Je ne le dis parce que je suis petit-fils du Roi Gbêhanzin. D’abord, il y a six ou sept mois, on a commencé par nous dire qu’un certain Dada Kpana Adoukonou, qui n’est jamais monté sur le trône de Dada Houégbadja, avec Dah Langanfin, ils ont constitué ce qu’ils appellent le conseil des cardinaux du royaume de Danxomè. Une institution qui n’a jamais existé. Ils l’ont fabriquée de toutes pièces en désignant certains représentants de lignées ; ils se sont vus et ils ont dit que c’est ce conseil désormais qui parlera au nom de toutes les familles royales. Il faut dire que les Gbêhanzin ont refusé de participer parce qu’il n’y a jamais eu de conseil de cardinaux du royaume de Danxomè. Il y a le Cafra et il y a le comité qui désigne les rois que dirige Dah Mèlé.

Est-ce à dire que la procédure d’intronisation de Dada Dédjalagni Agoli-Agbo est viciée ?

C’est un processus qui est vicié. Puisque les gens se sont investis de droits et de prérogatives que personne ne leur a attribués. Et ils ont commencé par remuer ciel et terre pour dire désormais que c’est eux qui vont parler au nom de toutes les familles royales. Ils ont écarté Dah Mèlé qui est le Assiata du Roi Glèlè, le chef de nous tous, celui sous le contrôle de qui on désigne un roi dans le Danhomey de tout temps.

Il me semble bien que la mairie d’Abomey a connaissance de la mise en place de ce conseil des cardinaux non ?

{mosgoogle}Voilà une autre aberration. Vous ne verrez jamais dans les textes de la décentralisation que les conseils communaux de nos villes doivent valider ou désigner des rois. Ce n’est pas leur prérogative. Ils ont violé les textes et nous allons saisir le ministre de l’intérieur et la cour suprême à ce sujet pour invalider leur décision. D’abord les lois de la décentralisation disent que 72 heures avant la convocation d’une session, le maire de la ville doit saisir le préfet et l’informer de l’ordre du jour. Nous avons vérifié à la préfecture d’Abomey, aucun papier n’est venu chez le préfet de la part du maire donc vous voyez que ce maire, il se fout royalement des textes de la décentralisation. Il fait ce qu’il veut avec son conseil communal.

L’opération ne respectait pas non plus la tradition ?

L’opération n’a pas du tout respecté la tradition puisqu’ils ont écarté Dah Mèlé.

Comment désigne t-on alors de façon traditionnelle, le roi de Danxomè ?

Avant, c’était la succession de père en fils. Le Roi lui-même désignait son Vidaho qui accède au trône après la mort du Roi. Aujourd’hui, le roi du Danxomè se désigne par un comité que dirige Dah Mèlé Gbègbémabou Glèlè, le Assiata. C’est lui qui avec un collège de membres désigne le roi et soumet le choix fait au Cafra ; et celui qui est sur le trône d’Agonglo vient seulement constater que le roi est désigné. On choisit un jour et on l’intronise. C’est comme ça qu’en 1991 le Roi Dédjalagni Agoli-Agbo a été intronisé. C’est comme ça qu’en l’an 2000 le Roi Houédogni Gbêhanzin a été intronisé. Nous sommes d’accord nous descendants du Roi Gbêhanzin qu’on choisisse un roi, qu’on désigne un roi et qu’il soit roi à vie mais nous pensions que le conseil des cardinaux du royaume de Danxomè dont on nous parle, allait réconcilier les gens pour qu’il n’y ait plus crise. Même si un représentant du roi Gbêhanzin n’est pas au niveau du comité du conseil, s’il y a Zodéhougan qui n’est pas représenté, Kpéli qui n’est pas représenté, on devrait faire en sorte à réconcilier tout ce monde-là, en leur rendant visite, en négociant avec eux. Le Roi Houédogni Gbêhanzin, tout le monde sait, quand il y a des cérémonies, quand il y a des délégations importantes officielles qui viennent à Abomey, le maire Blaise Ahanhanzo-Glèlè sait qu’il y a un roi à Djimè et qu’il peut aller le voir pour solliciter son concours pour recevoir les délégations. Ce qui est marrant, c’est qu’il y a toujours une conspiration permanente contre la mémoire du Roi Gbêhanzin avec le maire d’Abomey. 

Qu’est-ce qui explique cette crise permanente, cette conspiration depuis toujours contre la mémoire du Roi Gbêhanzin ?

Il faut remonter en fait à la fin du règne du roi Gbêhanzin où Agoli-Agbo lui a succédé. Cette succession a suscité des problèmes et a laissé des souvenirs douloureux dans la mémoire collective et c’est depuis ce temps que les Agoli-Agbo et les Gbêhanzin ne s’entendent pas. Les Gbêhanzin pensent que le Gaou du Roi Gbêhanzin, le futur Roi Agoli-Agbo, a trahi le Roi Gbêhanzin. C’est ce que les Gbêhanzin pensent. Les Agoli-Agbo disent non, notre aïeul n’a pas trahi Dada Gbêhanzin et qu’il était resté pour continuer à gérer les choses. Si bien que ça a été une crise importante entre les deux familles jusqu’au centenaire de la mort du roi Glèlè. Plus d’un siècle après.      

Est-ce normal que les pouvoirs publics aujourd’hui fassent ingérence dans les affaires royales ?

De tout temps, depuis son premier mandat jusqu’aujourd’hui, le maire Blaise Ahanhanzo-Glèlè et son conseil communal ont toujours divisé les Aboméens. Allez un peu à Abomey et vous verrez, c’est une ville sale, qui ne se construit pas. On n’y fait pas grand-chose. Et le maire lui, est toujours entre deux avions. Ce qui est choquant ici, c’est que les lois de la décentralisation refusent catégoriquement au maire et à son conseil communal de s’investir dans la désignation d’un roi. Ils ont violé les textes de la décentralisation ; quand il y a crise, vous pouvez juste intervenir pour concilier les parties. Ça s’arrête là pour la paix ; le document du fameux conseil des cardinaux a été déposé au maire et à son conseil ; vous vous imaginez, le maire et son conseil se sont réunis pour dire qu’ils valident le travail et que le Roi Dédjalagni Agoli-Agbo rentre dans le palais. C’est ça qui est anormal et nous ne pouvons pas l’accepter. Le maire et son conseil, ils seront sanctionnés. Nous allons saisir les structures compétentes. Et on va invalider cette intronisation, parce qu’on n’a jamais vu ça quelque part. C’est seulement à Abomey qu’on voit un conseil communal et le maire dire qu’ils valident la désignation d’un roi. Ce n’est pas leur job. Ils n’ont qu’à relire les lois et les textes sur la décentralisation au Bénin.

Mais est-ce que la démarche du chef de l’Etat lui-même qui recherchait la réconciliation était-elle commode ?

Quand il y a crise, le chef de l’Etat est le garant de l’unité nationale, de la paix. C’est aussi valable pour le préfet et le maire, mais c’est pour réconcilier, et ça s’arrête là. Ils ne peuvent pas aller au-delà. Un Chef de l’Etat ne désigne pas un roi, un maire ne désigne pas un roi, un préfet ne désigne pas de roi, ce n’est pas leur prérogative. Et ce que le maire d’Abomey vient de faire est un précédent grave et fâcheux.

Pensez-vous qu’il y a des arrière-pensées politiques à cet acte du maire d’Abomey ?

Mais bien sûr, on sait de tout temps que le maire Blaise Ahanhanzo-Glèlè est de la Renanissance du Bénin et que le Roi Dédjalagni Agoli-Agbo a toujours soutenu les Soglo et la Renaissance du Bénin. Ça tout le monde le sait et ce n’est pas caché. Que ce soit le maire Blaise Ahanhanzo-Glèlè et son conseil qui disent valider la désignation d’Agoli-Agbo, il a forcément des relents politiques. Il n’est pas normal que les partis politiques soient derrière la désignation d’un roi. Ce n’est pas leur affaire, et ils n’ont pas à mandater des maires ou des conseils communaux pour le faire. Ce n’est pas bien ; nous pensions vraiment qu’il était temps qu’on puisse réconcilier Dada Houédogni Gbêhanzin et Dada Dédjalagni Agoli-Agbo. Nous le souhaitons vraiment comme en 1990 à l’occasion du centenaire de la mort du roi Glèlè. Mais tout le temps que le président Yayi recevait les deux rois, c’est du sourire, c’est des rires, c’est des accolades et ça s’arrête là. On ne va pas au-delà et le cœur n’y est pas.

C’est quand même 11 lignées et 4 cantons d’Abomey qui ont été favorables à cette intronisation non ?

Le problème n’est pas là. Ce n’est pas une affaire de lignées ; toutes les douze dynasties peuvent être d’accord pour la désignation d’un roi ; si ça ne suit pas la procédure traditionnelle normale, ce sera du faux ; et nous ne serons pas d’accord. Les conditions dans lesquelles le Roi Dédjalagni Agoli-Agbo a été désigné, si c’est dans les mêmes conditions qu’on désigne Houédogni, les Agoli-Agbo seront contre.

Les oracles auraient dû être consultés selon vous ?

En principe. C’est ce qui se faisait avant. On consulte le fâ ou l’oracle pour savoir parmi ces rois-là, qui est habilité à être désigné pour occuper le palais de Wéhondji. Mais aujourd’hui, ils ne le font plus. Ce qui est certain aujourd’hui, c’est Dah Mèlé Gbègbémabou, assiata du roi Glèlè et son comité qui doivent s’asseoir pour désigner le roi. Cette fois-ci, on les a complètement écartés. Et figurez-vous que Dah Langanfin qui est avec Dah Adoukonou dans le fameux conseil des cardinaux était d’abord dans le comité dirigé par Dah Mèlé. Brusquement on l’a appelé, et pour des intérêts personnels, il a démissionné pour rejoindre l’autre camp. Alors que leur comité faisait déjà un travail. Quand Dah Mèlé a fini la première partie de son travail et voulait rendre compte au Maire Blaise Ahanhanzo-Glèlè,  il a refusé de le recevoir. Il a dit ne rien vouloir, puisqu’il y a déjà un comité qui travaille pour la désignation. Ça c’est partisan. Et nous devons mettre fin à cela. Un maire ne commande pas les familles royales, ce n’est pas son job. Et celui-là ne connait même pas son histoire ; sinon, il ne serait pas contre le Roi Gbèhanzin ; je veux que Blaise Ahanhanzo-Glèlè aille demander à ses parents l’histoire dont je parle ; j’ai des parents au conseil communal d’Abomey, les Kakaï-Glèlè, ils vont lui raconter l’histoire ; comme ça il va cesser de s’agiter.

Dites-nous qui est le roi du Danxomè en ce moment !

A l’heure où nous parlons, c’est encore le Roi Houédgni Gbêhanzin. Parce qu’on ne lui a pas trouvé un successeur dignement désigné. C’est encore lui le Roi du Danxomè. Le Roi Dédjalagni Agoli-Agbo occupe le palais central, mais il va sortir de ce palais. Sinon, que les Aboméens soient prêts à tuer tous les Béhanzin et les enterrer. Et nous saurons que c’est à cette époque, en plein 21ème siècle que le maire Blaise Ahanhanzo-Glèlè et son conseil communal avec ce fameux conseil des cardinaux du royaume du Danxomè ont exterminé la famille Gêhanzin. Personne ne peut l’accepter ; nous l’avons dit, nous l’avons répété à tous les ministres qui se sont déplacés à Abomey et au Chef de l’Etat, le président Yayi Boni qui nous a reçus. On ne peut pas cautionner du faux. Un pays qui respecte les lois de la république ne peut pas cautionner du faux.  Ce qui s’est passé le 8 mars à Abomey, c’est du faux. Et nous ne l’accepterons jamais ! Nous ne disons pas que ce soit nécessairement Dada Houédogni Gbêhanzin qui aille dans ce palais. Si son mandat est fini et qu’on ne le désigne pas, tant pis. Mais nous voulons qu’on suive la procédure traditionnelle normale sous la direction de Dah Mèlé Gbègbémabou, assiata du roi Glèlè. Sinon, nous ne reconnaîtrons jamais un roi qui sera autrement désigné à Abomey.

Peut-on dire aujourd’hui au regard de tous ces événements que le Danxomè est encore un royaume uni ?

Il y a longtemps que le royaume de Danxomè n’est plus uni. Parce que le maire d’Abomey, son conseil communal et certains dignitaires aiment le faux. Chacun ne défend que ses petits intérêts. Abomey, ce sont les intrigues ; mes parents-là ne sont pas sérieux : ils aiment le faux, ils aiment les intérêts immédiats, ils ne voient pas l’intérêt collectif ; si tel roi peut être à Wéhondji pour que j’aie ma part, pour que j’aie des pensions mensuelles, pour que j’aie des cadeaux réguliers, on adore ça. Un roi unique, à vie, c’est plutôt ce que nous voulons, mais ils ne le font pas dans le sens de l’intérêt collectif ; ils agissent plutôt pour leurs intérêts particuliers égoïstes ; ils ne sont pas sérieux et nous le leur dirons ; ils veulent la lutte et on va mener la lutte ; pour ça nous n’aurons pas peur ; et ça ira jusqu’au bout ; vous pouvez compter sur nous.

Mais une certaine opinion estime que Dada Gbêhanzin Aïyidjrè lui-même a usurpé son accession au trône. N’est-ce pas les conséquences qui se perpétuent aujourd’hui ?

C’est faux ! Le Roi Gbêhanzin a été intronisé dans les meilleures conditions possibles. Le Roi Glèlè a désigné en 1875 son fils Kondo comme Vidaho. Kondo a fait quinze ans de Vidaho avant d’accéder au trône de Houégbadja au Danxomè le 1er janvier 1890, après la mort de Dada Glèlè. Ça s’est fait dans l’art, dans la tradition. Il n’a pas usurpé le pouvoir. Tout de même, le premier Vidaho de Dada Glèlè, c’était Ahanhanzo qui est mort entre temps. C’est après cela que Kondo est devenu Vidaho. Gbèhanzin n’a donc pas truqué pour avoir le pouvoir. Il a été intronisé dans la procédure traditionnelle normale, sans heurts.

Cependant, lui, il n’a pas eu de Vidaho !

En octobre 1890 déjà, il y avait la guerre, la première que le Roi Gbêhanzin a gagnée contre les Français. Mais quand en 1892 ils ont eu le dessus lors de la grande guerre de plus d’un an, Dada Gbêhanzin est entré dans le maquis et y a passé 18 mois. Quand il en sortit pour rencontrer le Général Dodds le 25 janvier 1894, il n’a pas eu le temps de parler de sa succession, parce qu’il disait aux Français vouloir aller échanger en personne avec le roi de France pour que revienne la paix entre les deux pays. Et quand il est parti, il n’est pas revenu. Il est mort en exil. Mais alors qu’il était dans le maquis, les Français avaient déjà désigné à sa place son Gaou (chef d’état-major) Goutchili, le futur Roi Agoli-Agbo. Il faut reconnaître que Gaou Gouchili a été un grand et brave soldat qui a servi fidèlement le Roi Gbêhanzin jusqu’à la fin, mais c’est seulement dans le maquis qu’il n’a pas suivi le Roi. 

Quelles sont les approches de solution pour une sortie de crise définitive aujourd’hui selon vous ?

Il faut que le Gouvernement de la république prenne toutes ses responsabilités. Il faut demander au roi Dédjalagni Agoli-Agbo de quitter d’abord le palais central de Wéhondji qui est un palais construit par le prince Kondo pour son père, le Roi Glèlè ; ça n’appartient à personne, c’est d’abord pour les Gbêhanzin avant de devenir l’affaire de la famille royale. Il n’a qu’à quitter ce palais et aller au palais de Gbendo ; ensuite il faut une conférence régionale sous l’égide de Dah Mèlé, et qu’il y ait un collège qui désigne de façon traditionnelle le roi ; nous ne voulons pas d’un conseil des cardinaux du Danxomè ; c’est une histoire concoctée de toutes pièces qui ne répond à aucun critère ; donc il faut que Dah Mèlé et les siens s’asseyent ; ils peuvent même désigner à nouveau le Roi Dédjalagni Agoli-Agbo, je serai le premier à me prosterner. Il doit se rappeler et ses sujets {mosgoogle}doivent se rappeler que de 1990 à 1996, Constant Agbidinoukoun l’a servi de toutes ses forces. Je n’ai rien contre la collectivité royale Agoli-Agbo, ce sont mes frères : Agoli-Agbo, Gbêhanzin, Langanfin, Agbidinoukoun, ce sont tous des frères et des enfants du Roi Glèlè. Ce que je veux, c’est que nous suivions la logique, la procédure traditionnelle ; personne ne peut écarter Dah Mèlé, c’est le assiata de Dada Glèlè ; tant qu’il n’est pas là avec son collège pour désigner un roi, nous ne reconnaîtrons aucun roi. Et nous voulons la paix pour Abomey, nous ne voulons pas la guerre ; nous sommes pour la paix. Et nous souhaitons qu’une conférence régionale à Abomey, invite tous les dignitaires, notamment les Agoli-Agbo et les Gbêéhanzin et qu’on les réconcilie vraiment.

Propos recueillis par Olivier Assinou et Fortuné Sossa