La Nouvelle Tribune

Edgar Yves Monnou, vice-président du comité d’organisation du centenaire du roi Dè Toffa

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« Le centenaire de Dè Toffa est en soit un évènement »

A quelques Semaines des manifestations du centenaire du décès du roi Toffa 1er, le vice-président du comité d’organisation rompt le silence. Au cours d’une interview qu’il nous a accordée Me Yves Edgar Monnou explique les tenants et les aboutissants de ce grand rendez-vous culturel qui mettra Porto-Novo sous les feux de la rampe.

Me Edgar Yves Monnou, vous avez la lourde charge de conduire depuis quelques temps les préparatifs du centenaire du roi Dè Toffa. Dites-nous la signification de cet évènement ?

Merci de nous offrir l’opportunité de vulgariser cet évènement important que notre pays connaitra bientôt à la fin du deuxième trimestre de cette nouvelle année. Le centenaire de Dè Toffa est en soit un évènement parce que, ce grand monarque de notre pays qui est un héros national est plutôt mal connu. Nous faisons en sorte de faire un rattrapage sur l’histoire, de l’instruction civique pour que Porto-Novo dont l’histoire aussi est mal connu, par le roi Toffa, se replace au cœur de l’histoire de notre pays le Bénin, première ville du Bénin capitale. Nous avons besoin que Porto-Novo retrouve ses lettres de noblesse, ces lettres de noblesse commencent par celui qui les lui a données, le roi Toffa qui a fait de Porto-Novo un royaume puissant et prospère.

Il y a de cela quelques jours vous avez initié un semi marathon à travers les artères de la ville de Porto-Novo dans le cadre de cet évènement. Pourquoi un semi marathon ?

D’abord c’est un évènement sportif et comme vous le savez, les évènements sportifs, nous sortons de la CAN 2010 où l’Angola était à l’honneur, toutes les passions étaient concentrées sur le sport roi. Mais au-delà du sport roi, on a pensé quand même qu’on ne peut pas fini avec Angola 2010 et organisé encore un tournoi de football. Il fallait trouver un autre évènement sportif qui puisse être populaire à Porto-Novo dont vous connaissez l’histoire sportive. Vous avez certainement appris avec celui qui a été notre conseiller, notre ami pour cet évènement, je veux parler du professeur Gaglozoun Goras, il a déjà organisé auparavant 13 semi marathon à succès dans la ville de Porto-Novo. Nous avons trouvé tout naturel d’accepter cette proposition et comme vous l’avez constaté ce fût un grand succès, un succès de participation, un succès au niveau des sponsors, un succès par rapport au soutien du gouvernement, un succès avec la participation de partenaires, des personnalités politiques de divers horizons. C’était nécessaire de faire un semi marathon pour toutes ces raisons.

Il serait prévu un colloque à l’ouverture des festivités du centenaire du roi Toffa, quelles sont les grandes lignes de cette rencontre ?

Oui, nous avons prévu un colloque, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, la relecture de notre histoire passe par une forme d’instruction civique. Nous avons fait le séminaire des 19 et 20 octobre derniers sur le règne, la vie et les œuvres de Dè Toffa. Suivant les narrations sur ce souverain, c’est celui qui a le plus marqué l’histoire de notre ville. Le colloque va s’inscrire dans la continuité des actes du séminaire pour lesquels nous avons fait des consultations et fait appel à des professeurs émérites, ceux béninois de l’Université d’Abomey Calavi du département de l’histoire et de théologie qui sont largement associés. A ces appels à consultations, nous avons commencé à recevoir des réponses favorables de professeurs de l’université de Paris, de Dijon, de Luxembourg, nous avons reçu une réponse récente de l’Université de San Francisco aux Etats Unis. C’est un évènement de portée scientifique, qui permette, au-delà de la commémoration du centenaire, de produire des actes, des brochures, des manuels, des livres qui resteront pour la postérité dans les universités, les lycées, les écoles et collèges.

Est-ce que nous pouvons avoir une idée des thèmes qui sont retenus ?

Les thèmes ne sont pas encore pour l’instant cadrés puisque, nous avons un thème général que je viens de vous indiquer, c’est « le règne, la vie et les œuvres de Dè Toffa ». A l’intérieur de ce thème général, les appels à consultation auxquels répondent les professeurs d’universités, cet aspect particulier, chacun, selon son sujet de thèse, soit en fonction de sa lecture, soit en fonction de l’intérêt qu’il porte pour le Bénin, traité un aspect particulier. Le professeur Gilbert Rouget, traitera dans le cadre du colloque, de la musique de Cour au palais du roi Toffa, des communications émaneront de l’étranger et ce sera plus facile de définir les sous thèmes de ce colloque.

Outre ce colloque, qu’est-ce que nous pouvons encore attendre de cet évènement ?

Nous avons trois parties, un volet scientifique que nous venons d’indiquer clairement, un deuxième volet, le volet touristique. Vous voyez celui qui visite le Bénin, soit il a une affaire dans le pays, soit il vient pour une étude universitaire, soit il vient en mission. Quant il s’agit des étrangers, quand ils viennent au Bénin et lorsque le temps est assez long, on les amène à Abomey, quand le temps est moins court on les amène à Ouidah et lorsque le temps est encore plus court c’est à Dantokpa. Mais rarement on les amène à Porto-Novo un peu comme si Porto-Novo n’avait pas d’histoire, un peu comme si Porto-Novo n’avait rien pour retenir le regard du touriste. Dans le cadre du centenaire, il faut faire en sorte qu’il reste après cet évènement des circuits touristiques. Le sous comité tourisme est dirigé par une personne d’expérience, le conservateur du musée de Honmè qui aura l’appui du conservateur du musée ethnographique Alexandre Adandé, laquelle Madame Gounou Colette est à la tête d’un groupe de travail qui présentera une exposition en trois tableaux. Le vernissage sera fait et inauguré par le chef de l’Etat. Nous choisirons probablement le musée ethnographique Alexandre Adandé pour le groupe de travail et au-delà de la création de ces circuits touristiques, de la conception et de l’édition d’un support de communication pour le tourisme. Au-delà, nous aurons la participation de nos artistes, vous avez la particularité à Porto-Novo d’avoir des artistes plasticiens d’origine familiale, donc des familles qui ont la culture de la forge les Dakpogan, la culture de l’art plastique pour les Hazounmè. Quand je parle des Dakpogan et des Hazounmè, ils étaient des ministres au palais du roi et il n’était pas possible de faire en ce 19è siècle quelque chose sans le faire forger par le ministre de la forge au palais du roi Toffa. Nous avons aussi la culture Goun que nous voulons restaurer, restitué pour le regard du touriste et pour la curiosité du visiteur.

Du 30 avril au 2 mai prochain, Porto-Novo va vivre un évènement culturel et cultuel inédit, nous aurions appris que les autorités municipales de la ville de Porto-Novo ne seraient pas associées à l’évènement. Qu’est ce qui serait à la base de ce malentendu ?

Enfin, je ne sais pas de quoi vous voulez parler. Je vois que vous vous intéressez plutôt au train qui arrive en retard à la gare, mais moi pour ce que j’observe, nous sommes en bon terme avec mon frère Océni Moukaram qui est à la tête de la ville de Porto-Novo, qui a eu l’habileté et le doigté de désigner ma grande sœur Colette Houéto premier adjoint au maire de Porto-Novo qui préside la commission du centenaire à la mairie de Porto-Novo. Nous travaillons en étroite collaboration, donc je ne sais pas de quoi vous parlez. Mais je vais simplement vous posez une question qui n’est pas peut être aussi intelligente que la vôtre, mais certainement la question que se poserait l’homme de la rue. Si vous étiez maire de la ville de Porto-Novo, est-il possible que vous ne vouliez pas vous associer à un évènement de portée culturelle, du reste cultuel que vous-même vous avez qualifié tout à l’heure d’inédit. Je crois que plus de cent ans d’existence de l’histoire de notre pays, jamais notre ville n’a été autant à l’honneur, mais je ne pense pas qu’on mérite de la représenter en se dissociant d’un évènement aussi important.

On aurait également appris que des incertitudes planent encore sur l’effectivité de ce centenaire puisque les moyens ne seraient pas encore mis à votre disposition par le gouvernement pour une organisation parfaite de l’évènement ?

Vous savez, j’ai un de mes jeunes frères qui est allé en formation de journalisme au Cesti à Dakar et il m’a dit que le premier enseignement qu’on lui a donné quand il y était, on lui a dit que lorsqu’un chien mord le pape ce n’est pas un évènement mais c’est quand le pape mord un chien qu’il y a évènement. Un bon journaliste n’est pas celui qui est tout le temps à la quête de l’évènement. Il n’y a donc pas d’évènement entre le gouvernement et le comité d’organisation parce que le président du comité national d’organisation du centenaire du roi Toffa n’est rien d’autre que le secrétaire général de la présidence de la République. Donc toutes les communications sont régulièrement adoptées et nous avançons. Laissons donc le secrétaire général de la présidence faire son travail calmement et dans la sérénité. Je pense que tout se passe plutôt bien

Parlez-nous un peu de la réconciliation manquée entre le roi Toffa IX et son homologue le roi Kpotozoumè ?

 Regardez simplement le programme d’activités qui est prévu pour le centenaire. Pour moi, les deux rois s’entendent à merveille. Nous avons fait un travail de fond parce que la réconciliation vient de loin. Nous sommes remontés à la source même de l’histoire de notre ville. Notre tronc commun, notre aïeul commun Tè Agbanlin, chaque fois que nous faisons en sorte que l’histoire de Porto-Novo qu’on en parle d’une même voix, jamais des personnes extérieures ne peuvent être associées au développement de notre ville. C’est donc une chance pour nous aujourd’hui de pouvoir être ensemble. Est-ce que c’est parce que nous sommes ensembles que vous ne le voyez pas assez ? Il n’y a peut être pas eu l’accolade publique que vous attendiez mais vous ne savez pas ce qui se passe dans les couloirs. Moi je vous dis en tout cas aujourd’hui, c’est déjà exceptionnel au regard de l’admirateur que nous puissions commémorer le centenaire avec la participation des deux palais, l’implication des deux palais parce que, d’un côté comme de l’autre il y a des activités qui sont programmées et qui auront lieu. Je dois ajouter que je ne voudrais pas que vous voyez le centenaire par le petit bout de la lorgnette. Pourquoi voulez vous rétrécir le centenaire à l’horizon des deux palais Gbècon et Sadognon ? Tè Agbanlin a laissé huit fils, et toutes les dynasties laissées par Tè Agbanlin sont impliquées dans le centenaire.

Est-ce que nous pouvons avoir une idée des activités prévues au niveau du palais de Sadognon dans le cadre de ce centenaire ?

Je vous ai dit que nous allons commémorer le centenaire en trois volets, il y a le volet scientifique, le volet touristique et le volet artistique et culturel. Les deux palais sont intéressés par les trois volets.

Dites-nous Me Monnou, qu’est-ce que nous pouvons attendre réellement de centenaire du roi Toffa, je veux parler plus précisément des retombées pour la ville de Porto-Novo ?

D’abord du point de vue scientifique, nous allons avoir un musée du souvenir c’est déjà un élément important au niveau de la ville de Porto-Novo jamais existé auparavant. Nous aurons au niveau des universités, des écoles, des collèges et lycées des recueils, des manuels que nous tirerons des actes du séminaire, des actes du colloque qui resteront pour la postérité, pour la reconquête de l’histoire de notre ville, pour la relecture de l’histoire de notre roi Dè Toffa. Au plan touristique, nous aurons désormais des choses à proposer, des guides touristiques, nous aurons un travail à élaborer et nous aurons l’exposition qui va rester avec des dessins que nous avons associé à la culture, à l’histoire de notre ville, nous aurons en ce qui concerne les sites des monuments qui resterons pour la postérité de la ville. Et enfin sur le plan culturel et artistique, vous verrez que nous allons offrir à notre pays et au monde entier une fresque jamais offerte. Nous allons offrir avec certaines télévisions avec lesquelles nous sommes en train de conclure un partenariat pour qu’il y ait une couverture de la particularité du Bénin et de Porto-Novo en particulier. Sachez que le dimanche 02 Mai, l’histoire de zangbéto c’est Tè Agbanlin, c’est lui qui a initié les zangbéto, sachez que nous avons aussi les égoungoun c’est tout Porto-Novo, nous aurons une grande finale sur l’esplanade de l’Assemblée nationale, vous aurez l’occasion d’observer comme la Can à l’Angola, des fresques qui seront filmés à l’attention des téléspectateurs et de vos lecteurs du monde entier.

{mosgoogle}Lorsque les rideaux seront tombés le 02 mai prochain, nous serons pratiquement à la veille du cinquantenaire de la fête de l’indépendance de notre pays qui se tiendra à Porto-Novo, pensez-vous qu’il y aura des acquis qui profiteront aux préparatifs de cette fête ?

Mais je viens de citer les acquis, ils sont nombreux et je suis sûr qu’il y aura après le centenaire du point de vue culturel, du point de vue scientifique, du point de vue artistique, du point de vue touristique, il y aura des acquis qui resteront naturellement dans le cadre du cinquantenaire de la fête de l’indépendance.

Propos recueillis par Ismael KEKO