La Nouvelle Tribune

Orden Alladatin, directeur sortant du Fitheb

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«Le ministère de la culture ne m’a pas consulté pour la recomposition du Conseil d’administration»

Orden Alladatin, directeur sortant du Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb) sort de son mutisme. Il se prononce sur son parcours à la tête de l’institution et sur les dysfonctionnements qui ont jalonné la préparation de l’édition devant avoir lieu entre mars et avril 2010.

Vous n’avez pas été candidat au poste de directeur du Fitheb 2010. Est-ce que ce sont les textes du festival qui vous en empêchent ?

 Pas du tout ! Les Statuts du Fitheb sont très clairs. ‘’Le Directeur du Fitheb est élu pour un  mandat de deux ans renouvelable’’. Donc c’est pour des raisons de convenance personnelle que j’ai décidé de ne pas être candidat à ma succession. Et d’ailleurs, il y a longtemps que c’était clair pour moi ; s’il y avait eu un appel à candidature en 2007, je n’aurais pas été candidat. Je n’aurais donc pas organisé le Fitheb 2008.

Faites vous plus clair pour nos lecteurs ?

Vous savez ! Ce n’est pas pour rien que l’on a prévu que le Conseil d’Administration donne quitus au Directeur en cas de bilan technique et financier positif. Dans la logique des choses, quand un Conseil d’Administration sérieux en arrive à vous donner quitus de votre gestion c’est que vous êtes bon. Un appel à candidature pour moi correspond à la quête d’une nouvelle dynamique ou même à un désaveu sauf en cas de refondation de l’institution. Interrogez un peu la pratique dans les pays à riche tradition de grands festivals et dites moi le contraire...
Et puis le dossier de candidature est essentiellement composé d’un Cv et d’un mémoire sur la vision. J’estime que je n’ai plus à démontrer ma vision. Elle s’est traduite en actes d’Août 2005 à Juillet 2009.
Enfin quand on a travaillé dans les conditions qui ont été les miennes, on ne peut pas se battre pour rempiler. Les luttes d’intérêts autour du Fitheb sont telles que des personnes insoupçonnées travaillent à tout gangréner autour de vous. Vous travaillez au quotidien dans une ambiance de jalousie, de calomnie et de méchanceté manifeste. Quand vous parvenez, dans ce contexte, à réussir ce que nous avons réussi à faire ensemble avec le Conseil d’Administration, mon équipe et moi, il vaut mieux remercier Dieu et savoir prendre de la hauteur avant que l’on ne vous traine dans la boue.

Les deux éditions précédentes, organisées par vous, n’ont souffert d’aucune irrégularité. Vous avez même apporté de nombreuses réformes pour le rayonnement du festival. Quel est votre secret ?  

Il n’y a pas d’œuvre humaine parfaite. Mais humblement, j’estime avoir rempli mon mandat.  
J’ai pris le fitheb dans un contexte de tension d’une part entre la direction et le ministère de tutelle, d’autre part entre la direction et le Conseil d’administration. On parlait d’ardoises, de Gap, de mauvaise gestion au Fitheb. J’ai hérité d’un siège sans électricité, sans eau et sans téléphone. Il n’y avait pas un seul ordinateur en état de fonctionnement. Et pire, la plupart des partenaires extérieurs se sont détournés de l’événement. En deux éditions du festival, le Conseil d’Administration, mon noyau technique et moi avions fait recouvrer au festival son rayonnement et la respectabilité qui lui est due. Le Fitheb a accueilli ce qu’il y avait de meilleur sur le continent en matière de création théâtrale et vu défiler d’éminentes personnalités du monde du théâtre et de la culture. La subvention de l’Etat s’est accrue et des partenaires nouveaux se sont annoncés pour accompagner le festival et appuyer le plan de vie de l’institution entre deux biennales. Aussi bien en 2006 qu’en 2008, le festival s’est organisé sans Gap financier et tous les prestataires ont été payés.   .  
 

Certains acteurs culturels pensent que vous devriez normalement entamer la préparation de l’édition 2010 en attendant qu’il y ait  un nouveau Directeur. Qu’en dites –vous ?

Je ne sais pas ce qu’ils entendent par «la préparation de l’édition 2010». Un festival, c’est d’abord une programmation. Et on ne peut pas programmer sans mandat.. Il y a un an, par exemple, notre compatriote José Pliya m’a demandé si j’étais intéressé par son nouveau spectacle sur Obama. J’étais très intéressé mais je ne pouvais engager le festival. Une programmation c’est tout une mise en scène et seul le directeur du festival en répond. Le nouveau directeur ne devrait pas être perturbé dans la jouissance de la plénitude de ses prérogatives.
Par contre, en dehors de la biennale, le festival a une vie entre deux éditions. Depuis 2006, j’ai travaillé à l’organiser. Le festival a eu de la visibilité, de la présence en dehors même de la biennale. Un festival, c’est un palmarès, c’est son historique, c’est le maintien de son rayonnement à l’international. C’est un travail quotidien que j’ai assumé avec beaucoup d’engagement. Ce qui est sûr, c’est que je laisserai à mon successeur des archives de qualité ; ce que je n’ai pas eu la chance d’avoir à ma prise de service.

Il y a eu un cafouillage au niveau de l’institution et ce cafouillage est parti du passage du Conseil d’administration, sur aucune base juridique, de 13 à 15 membres et plus tard, la prise d’un décret pour, semble-t-il, corriger l’erreur. On a même appris que le ministre voulait faire organiser le Fitheb par un administrateur provisoire, etc.  Aujourd’hui, à deux mois de la période consacrée au festival, pensez-vous qu’on aura un Fitheb crédible pour 2010 ?

Personnellement, je me suis investi à faire recouvrer à cette institution sa notoriété aussi bien au plan national qu’international. Ce qui s’est passé est simplement malheureux pour le festival et il faudra, un jour ou l’autre, situer les responsabilités. Il est important de préciser que les actes querellés ainsi que toute la transition a été gérée sans que personne même le Ministère de la Culture n’associe la direction. Pour la petite histoire, déjà en août, avant même que le nouveau Directeur ne soit élu, les courriers qui me parvenaient du Ministère portaient déjà ‘’Ex Directeur’’ ce qui est curieux comme démarche administrative.
Pour ce qui est d’un Fitheb crédible ou pas pour 2010, je pense qu’il vaut mieux faire confiance au nouveau Directeur et à son équipe.

 L’article 19 des Statuts du Fitheb dispose que la modification des textes peut être demandé soit par le directeur soit par l’un quelconque des membres du Conseil d’administration. Et plus loin ils précisent que la modification ne peut être adoptée qu’en réunion extraordinaire du Conseil d’administration au cours de la quelle tous les membres sont effectivement présents ou représentés et par une majorité des 2/3. En clair, seul le Conseil est habilité à procéder à toute éventuelle modification des textes. Mais, par un décret du gouvernement, l’article 6 a été modifié et porte ainsi officiellement, le nombre des membres du Conseil à 15. Est-ce que vous pensez que cela a été fait par ignorance des textes ou bien ça a été un choix délibéré de tordre le cou aux textes ?

Il y a eu beaucoup d’erreurs commises qui auraient pu être évitées si ceux qui se sont occupés du dossier au Ministère avaient demandé conseil. Bref ! je n’ai pas trop envie de remuer le couteau dans la plaie.

On n’a comme l’impression que la plupart des ministres qui se succèdent à la tête du département de la culture au Bénin créent des difficultés à l’organisation du Fitheb. Quand ce n’est pas la tête du directeur qui ne plaît pas, c’est le financement qui tombe à compte goutte ou presque pas.  Au regard de ces crocs-en-jambe, pensez-vous que les gouvernants portent vraiment ce festival ?

Je n’ai personnellement eu aucun problème avec aucun des trois Ministres sous la tutelle des quels j’ai servi : Antoine Dayori, Seibou S.  Toleba et Ganiou Soglo. J’avoue qu’avec le Minsitre Soglo, j’étais déjà presque en fin de mandat. Il y a un an au cours d’une audience qu’il a bien voulu m’accorder, je lui avais déjà dit que je n’étais pas candidat à ma succession. Par ailleurs, je suis convaincu que si le Ministre Soglo avait été là, il n’y aurait pas eu les incohérences observées.
 

{mosgoogle}Si, à sa confirmation par le gouvernement, le nouveau directeur élu vous fait appel pour l’accompagner, seriez-vous prêt ?

(Rire). Ne nous trompons pas. Le nouveau directeur devra s’entourer d’une équipe de qualité pour l’aider dans sa tâche. Maintenant pour ce que vous insinuez, ma grand maman me disait : Mon petit ! Ne rends jamais le mal pour le mal. Bonne chance au Directeur et que vive le Fitheb.

Propos recueillis par Fortuné Sossa