La Nouvelle Tribune

S. Amoussou/financement de son 2ème long métrage

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«Il y a des gens qui n’ont pas encore tenu leur promesse»

Réalisateur béninois, Sylvestre Amoussou a entamé depuis le lundi 28 septembre 2009 au Bénin, le tournage de son deuxième long métrage, «Un pas en avant: les dessous de la corruption». Il travaille avec une équipe composée d’une quarantaine de professionnels d’Afrique et d’Europe spécialisés dans le domaine du 7ème art. Dans cette interview, il fait un  bilan à mi -parcours de leur séjour au Bénin. Bilan à travers lequel il déplore le fait qu’il y a des personnalités béninoises notamment politiques qui, jusque à trois jours de la fin du tournage, n’ont pas encore honoré leurs promesses à lui faites au sujet du financement dudit film. Vous êtes au Bénin depuis plus d’un mois pour le tournage de votre 2ème long métrage intitulé «Un pas en avant: les dessous de la corruption». Vous aviez fait part entre temps de contacts que vous avez pris avec des personnalités du pays au sujet du financement du film.

Dites-nous, aujourd’hui à trois jours de la fin du tournage, quel est le niveau de participation de ces personnes et du peuple béninois en général pour la réussite de cette œuvre?

Il est nécessaire que je fasse le point sur tout ce qui s’est passé parce que c’est la première fois qu’on tourne en 35 ici depuis les indépendances. Au Bénin, on n’a pas compris que l’industrie cinématographique est une industrie qui génère du travail. Nous vivons aujourd’hui dans un monde où c’est la guerre des images. Je pense que ce n’est pas un secret pour quiconque que Barak Obama et  Sakozy, on a gagné les élections avec la communication avec la guerre des images. Au Bénin, c’est vrai qu’il y a beaucoup de volonté d’aider le cinéma mais en même temps, il y a des gens qui ont fait des promesses qu’ils n’ont pas tenues. Quand vous promettez quelque chose pour ce film, et que vous n’honorez pas, comment pourriez-vous diriger un pays où il y a plus de 7.000.000 d’habitants. Vous allez mentir aux gens. Certains disent, «nous n’avons pas le pouvoir donc nous ne pouvons rien faire pour l’instant». Non, c’est faux. Les Béninois n’ont qu’à se poser la question, comment ça se fait qu’en dehors des élections ils n’ont pas d’argent pour les aider et quand les élections arrivent, il y a de l’argent qui sort de partout.

Est-ce-à-dire qu’au-delà de la contribution du gouvernement à travers le Fonds d’aide à la culture, vous n’avez rien eu de ceux là qui vous ont fait des promesses?

J’ai rencontré d’autres qui sont des citoyens lambda qui ont un peu le sens du patriotisme et qui ont transcendé. Ce qui manque chez nous, c’est le patriotisme. Il faut aimer son pays. Il faut aimer ce continent. Surtout il faut arrêter de penser que c’est les autres qui viendront faire le boulot à notre place. Je prends cette phrase de Kennedy qui disait à l’époque «Ne demandez pas ce que l’Amérique peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour l’Amérique». Moi aujourd’hui je reprends ça pour mon compte «Demandez ce que vous pouvez faire pour l’Afrique, ne demandez pas ce que les autres peuvent faire pour l’Afrique». C’est très important pour qu’on puisse avancer.  J’ai rencontré aussi des jeunes de bonne volonté au pays et qui ont envie de faire de bonnes choses. Le problème est qu’il n’y a pas tellement de formation. Je pense qu’ils ont participé à une formation. Ils ont côtoyé des professionnels de cinéma, ceux venus de l’Europe et sans qui je n’aurai pas fait ce film là ici. C’est important parce que c’est des techniciens que je connais depuis longtemps et qui ont contribué à ce que ce film se passe au mieux dans ce pays.

Rappelez à nos lecteurs ce que vous offrez aux béninois et au monde entier en général à travers ce film.

«Un pas en avant: les dessous de la corruption» est un film qui parle de la corruption et de la bonne gouvernance. La bonne gouvernance commence par les citoyens lambda. J’ai fait ce film pour montrer que la La lutte anticorruption n’est pas seulement un problème béninois ni africain. C’est un problème planétaire. Quand ça arrive chez nous on dit que c’est la corruption. Mais quand c’est dans les pays industrialisés, on dit que c’est des fausses factures. On ne peut pas parler de l’Afrique sans parler des corrupteurs puisse que la corruption, ça vient souvent de là-bas.
Je participe à l’essor de mon pays et du continent africain. Seuls, nous ne pouvons pas aller mais avec tout le peuple d’Afrique, nous pouvons nous en sortir. Sur ce film, j’ai fais venir des Sénégalais, des Français, des Ivoiriens, des Congolais. Je pense que le panafricanisme ce n’est pas un vain mot.
Le pouvoir en place m’a laissé dans des lieux où je n’aurai pas eu accès. Je pense que ça sera une surprise quand vous allez voir «Un pas en avant: les dessous de la corruption». Vous allez penser que ce n’est pas dans notre pays le Bénin. Nous vendons le pays à l’international. L’international, c’est de montrer les endroits qui sont bien verts en même temps, en montrant les endroits là, il faut que les béninois prennent conscience. C’est la responsabilité de tout un chacun de nous.

Quel appréciation faites-vous déjà sur la lutte contre la corruption et la bonne gouvernance au Bénin ?

C’est vrai qu’on parle de la corruption et de la bonne gouvernance au Bénin. Que ça soit majorité ou opposition, beaucoup parlent de ces problèmes mais je constate que dans le concret, ce n’est pas une réalité. Depuis une trentaine d’années que je suis parti d’ici, que je vise en France, c’est la première fois réellement que je suis resté plus d’un mois et demi. Grâce à ce film, j’ai eu le contacte avec beaucoup de gens. J’ai été dans beaucoup de services, dans l’administration. J’ai l’impression qu’il y a certains qui essayent de faire des efforts. Mais Il y a d’autres qui pensent que le Bénin leur appartient. Ce n’est pas ça. Le Bénin c’est notre bien commun. Et notre but commun, c’est d’abord de penser à ce qu’on va laisser aux générations futures. J’ai l’impression que beaucoup de gens pensent qu’après eux, c’est le chao. Et ça ne peut pas être le chao parce que nous, il faut qu’on pense à ce qu’on va laisser pour demain. Mais ce n’est pas le cas.

Avez-vous un appel à lancer au peuple béninois à propos?

{mosgoogle}Prenons conscience. Béninois,  réveillez vous parce que si les gens ne trouvent pas de l’argent pour vous aider quand vous avez faim, ne croyez pas que pendant les élections ils en trouveront pour vous en sortir. Dites à nos dirigeants qu’il ne suffit pas de faire le film, il faut des salles partout dans le Bénin, il faut pour voir le montrer à nos concitoyens. C’est pour ça que je suis venu. Et dire surtout à nos dirigeants de prendre conscience parce que si on ne se réapproprie pas de nos images, c’est les autres qui vont parler de nous à notre place. Parce que je le vois. Il y a des fonds d’aide en Europe qui aident le cinéma africain mais ils ne veulent pas aider ce genre de cinéma parce que je montre l’Afrique qui gagne. Je veux montrer que nous avons des choses, nous sommes des progressistes aussi. Mais comme ils ne veulent pas, on ne peut pas quand même attendre que ce soit les autres qui viennent le faire à nos places. Ici au Bénin, on peut faire beaucoup de choses. On n’a pas besoin d’avoir du pétrole pour développer ce pays. Je crois que le Bénin regorge de sites incroyables et surtout au niveau du tourisme. Si on met tout en place, je crois que ça peut générer des emplois. Ça peut permettre aux gens de trouver des places ici pour pouvoir résorber le chômage.

Propos recueillis par Blaise Ahouansè