La Nouvelle Tribune

Léon Ahossi, député à l’Assemblée nationale, membre de l’Undp et coordonnateur adjoint du G13

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 « Nous sommes dans un pays où  la force du droit laisse la place au droit de la force »

L’invité de cette semaine est un agent des douanes à la retraite élu député à la faveur des dernières élections législatives. Il répond au nom de Léon Ahossi. Membre de l’Union pour le développement et le progrès (Undp), il est aussi le coordonnateur adjoint du G13. Avec lui, nous avons passé en revue les sujets qui font l’actualité tels que l’inondation occasionnée par le fleuve Mono, la santé actuelle du G13 et de l’Undp, les finances de l’Etat et l’emprisonnement du maire de Dangbo.

Honorable, vous étiez aux côtés des populations d’Athiémé et de Grand-Popo la semaine dernière pour les soutenir par rapport à l’inondation. Dites-nous, en tant que natif de cette région, comment aviez-vous vécu cette situation ?

Je dois vous dire que c’est un drame que j’ai vécu de l’intérieur d’abord parce que je suis fils de paysan, je continue t’entretenir un champ, j’ai une maison au village. Et les champs et la maison, tout a été inondés. Et puis de l’extérieur, étant donné que je ne suis permanent là-bas, j’ai regardé  ce que les populations souffraient et j’ai estimé que c’était la meilleure période de me mettre à leurs côtés pour partager leurs peines.

Justement le gouvernement a aussi apporté une certaine aide à ces populations. Aujourd’hui, des voix s’élèves quant à sa gestion.

Vous savez, dans ces genres de choses, tout le monde n’est jamais totalement et véritablement satisfait. Ce sont les populations d’Athiémé centre qui voient les vivres et les dons arrivés et les voient repartir vers les autres villages. C’est normal qu’ils s’interrogent. Mais l’équipe de crise qui est en charge de la répartition des choses, je l’a trouve assez bien et le maire a d’ailleurs bien faire de ne pas diriger cette équipe lui-même mais d’intervenir de temps en temps pour réguler. Les vraies populations sinistrées sont un peu en dehors d’Athiémé. C’est vrai que AtHiémé n’a pas été épargné mais le fait que les vivres arrivent et on les voit repartir vers l’intérieur ? ça créé quelques problèmes. Mais je crois que le maire est en train  de prendre les dispositions pour mieux expliquer et mieux surveiller la distribution. Ce qui mettra fin aux polémiques.

Vous êtes coordonnateur adjoint du G13. Aujourd’hui comment se porte le G13 ?

Le G13 se porte bien. Beaucoup de gens se demandent si le G13 est mort, si le G13 est en sommeil. Non. Je voudrais dire que le G13 n‘est pas un groupe folklorique qui doit se produire tous le week-ends. Lorsqu’il y a un événement, le G13 analyse et prend position. Ces derniers temps, c’est l’événement de Dangbo qui fait l’actualité. Mais parce nous ne nous sommes pas montrés à la télé avec branchages en main, les gens pensent que le G13 ne dis rein.  Sur cette situation le G13 continue d’analyser, d’échanger, de prendre des contacts et donnera son point de vue au moment opportun.

Justement. Le maire de Dangbo est quand même issu du rang du G13.

Bien sûr. C’est d’ailleurs pour cela que cela nous préoccupe. Nous savons qu’il est du G13. Nous  savons également que c’est parce qu’il est du G13 que ce qu’il vit actuellement lui arrive. Nous en sommes conscients, mais nous ne voulons pas donner  tête baissée dans le panneau de nos amis d’en face qui, en fait, veulent contrôler la mairie de Dangbo. C’est leur souci. Vous avez vu, partout où ils ne sont pas présents, il y a des problèmes. Vous avez vu ce qui s’est passé à Lalo où un fils de cette localité, fut-il ministre est en dessous des actes de vandalismes qui se sont produits à Lalo. Clément Gnonlonfoun est notre maire et nous le soutiendrons jusqu’au bout. Ça vous pouvez nous croire. Non pas parce que il est G 13 on veut le soutenir dans le faux. Mais c’est le problème qui s’est posé qu’il faut voir. Je crois que ça ne mérite pas qu’on mette un maire en prison parce que la prison c’est l’exception, c’est la poursuite de la liberté qui est la règle, disent les juristes.  Vous l’avez certainement appris, il y a un député Fcbe qui a volé un véhicule à l’Assemblée. Mais pourtant, le Chef de l’Etat le sait, les Fcbe le savent mais personne n’en fait un drame. Donc moi je crois que c’est la guerre à ceux qui ne pensent pas « comme nous » qui se poursuit mais nous tenons bon.

Jusqu’à présent le maire est en détention malgré la décision du juge du flagrant délit. Quelle lecture en faites-vous?

Vous savez, nous sommes dans un pays où progressivement la force du droit laisse la place au droit de la force. Si cela se poursuit comme cela se fait, c’est parce le régime a le pouvoir et il a les forces armées et aussi la police si non, c’est purement de l’arbitraire. On ne garde que les gens dont on n’est pas sûr de la représentation. Le maire ne peut pas quitter le territoire pour deux millions ou trois millions. C’est une façon d’humilier l’élu G13 et de frayer le chemin de la mairie de Dangbo à leurs partisans. C’est tout. Mais nous continuons de suivre, on verra jusqu’où ils iront.

Le gouvernement se dédouane d’avoir donné des injonctions au procureur de la République.

Moi je crois que le procureur est aux ordres. Le parquet est aux ordres. Lorsque le juge en première instance décide de laisser le maire Gnonlonfoun en liberté, puis je connais ces gens là. Ils ne sont pas des gens méchants ni le procureur de Porto-Novo, ni le Procureur Général Amoussou. Je doute et je suis quasiment sûr  qu’ils ont reçu des instructions. Maintenant on est dans un  système où le mensonge est la règle. De toutes les façon le maire finira par sortir ça c’est sûr

Abordons à présent les finances publiques. Aujourd’hui il y a eu un nouveau redéploiement à la douane. Le regard d’un ancien de la maison que vous êtes ?

C’est regrettable d’abord que on est attendu la rentrée pour faire le redéploiement des douaniers. C’est d’autant plus regrettable que les agents affectés devraient se positionner dans leur lieu respectif et installer leur famille et assurer la scolarité des enfants. Ça c’est la première chose. La deuxième chose, c’est que le clientélisme du régime du changement a fait que tout a été dénaturé. Il y a des gens qui ont fait à peine huit mois à leur poste, on les a vidé. Vidé parce qu’on n’appelle pas ça des affectations. On a placé les chantres du changement, les douaniers patriotes. Encore que chaque jour, on se rend compte que les douaniers patriotes, c’est ceux qui n’ont pas le niveau technique, c’est ceux qui ne connaissent pas le métier, mais ils se sont regroupés sous cette bannière pour  pouvoir avoir les postes où on peut rançonner. Les postes où on peut se faire le miel. Et puis c’est ce que le gouvernement aime. Ce qui vient de se passer à la douane, ce n’est pas pour améliorer les recettes de l’Etat, c’est pour préparer la campagne.

Dans ce même lot, on retrouve un certain Paul Gnimagnon président du Mep Mixalodo déclaré opposant au régime, qui, en trois mois vient de connaître sa deuxième affectation.

Ce qui arrive à Gnimagnon ne m’étonne pas et ne le surprendrait pas certainement. Nous qui sommes en face de gens qui ne tolèrent pas la contradiction. Paul Gnimagnon le sait. Ce que je sais de lui, parce nous avons travaillé ensemble, c’est qu’il est un homme brave qui sait affronter les situations, qui est responsable de ses opinions. Je crois que cela ne va pas lui casser le moral. Directeur général adjoint Atacora Donga, je ne sais pas si pour son grade, il ne se retrouve pas au dessus de certains de ses patrons. C’est vrai que ces choses là, le changement ne s’en encombre pas. Mais lorsque le ministre Koupaki remettait un document au Président Yayi dernièrement, il dit, « il faut qu’on dépolitise l’administration ». J’espère que le Chef de l’Etat a ouvert grandement ses oreilles et qu’il a entendu. Tant que l’administration serait comme elle est aujourd’hui, le changement restera enrhumé et **

Toujours en matière de finances publiques, le gouvernement a lancé un emprunt obligataire pour pouvoir payer la dette intérieure. Qu’est-ce que ça signifie concrètement ?

Ça signifie que nous sommes à court de liquidité. C’est vrai que c’est un processus qui existe. La Côte d’Ivoire en a fait, le Burkina en a fait, nous en arrivons-là. Mais la Côte d’Ivoire a été contraint d’en arriver là à cause de la crise. Mais ici, où en deux ans notre budget a doublé, je ne sais pas ce qui peut visiblement nous amener-là. Surtout quand on a crié que les finances publiques ont été assainies. Cela dit, je crois que quand les fonds vont rentrer, je pense qu’on saura aviser, qu’on ne fera plus ce qu’on a fait jusqu’ici. ***à les dépenser dans les dépenses de fantaisie, et à les dépenser dans les marches. Je crois que ça va nous donner la leçon qu’il faut être un peu plus rigoureux face aux finances publiques, face aux impôts du contribuable béninois.

En ce qui concerne l’affaire Cen-sad, les gens pensent qu’elle est en passe d’être enterrée.

Non. Ceux qui ont créé l’affaire Cen-sad ou qui en ont créé beaucoup d’autres d’ailleurs, la voie bitumée Aéroport-place Air Afrique, comme le disait le ministre Zossou, les imperméables achetés à 400.000 F l’unité, l’extension de  l’aéroport, les dépenses de sécurité, on ne devrait pas s’étonner du fait qu’ils veuillent éteindre ça. Je vous donne l’exemple d’un ministre qui a été suspendu de ses fonctions et qu’on a réhabilité sans attendre que la justice connaisse du dossier. C’est des choses qui noircissent le tissu s’il était blanc du changement. Tout ça fait que le changement, très peu de gens continue d’y croire. Mais qu’ils soient sûr, c’est des choses qui les rattraperont tôt ou tard.

Parlons de l’Undp. Comment vont les choses aujourd’hui avec la crise qui secoue le parti de Emile Derlin Zinsou ?

A l’Undp, la tempête se calme. C’est vrai que c’était une crise de croissance. Croissance parce que c’est vrai l’Undp n’est pas un jeune parti mais son président fondateur, le président Emile Derlin Zinsou s’étant pratiquement déchargé, nous nous retrouvons entre des gens qui n’avons pas du tout l’expérience suffisante pour gérer certaines situations. La crise est née mais heureusement, nous nous retrouvons en ce moment. Le bureau exécutif national de l’Undp tient des réunions de crises et je peux vous dire que la crise est en train d’être résorbée pour le grand bonheur du parti.

La crise est en train d’être résorbée pour que l’Undp s’encre mieux dans l’Umpp ?

Non. Tout cela fait parti du départ que nous sommes en train de mener. L’Umpp en fait, personne n’en a peur comme la peste. Mais nous voulons savoir ce que nous allons faire à l’Umpp et puis y aller par les voies les plus autorisées. C’est tout le problème. Si nous avons ce que nous allons faire à l’Umpp et si la majorité y adhère, nous irons. Mais si la majorité n’y adhère pas, nous n’irons pas. Et puis y aller en prenant la décision à l’issu d’un conseil national ou d’un congrès. Nous sommes en train de gérer tout cela la tête froide et je crois que nous y entrerons avec sourire ou nous en sortirons sourire aux lèvres.

Combien de membres de l’Undp peut-on déjà compter dans le prochain gouvernement. ?

Ça je n’en sais vraiment rein. Evidemment depuis un moment, le pouvoir contacte les gens individuellement. Mais, je ne sais pas à la date d’aujourd’hui s’il y a des membres de l’Undp qui sont engagés pour entrer dans le gouvernement.

On cite énormément le nom de Anne Adjaï Sica et du président Jena-Claude Codjia

Je doute qu’il y ait deux places dans le prochain gouvernement pour la seule Undp. Ça j’en doute beaucoup. C’est le chef de l’Etat qui a le secret des choses qu’il veut faire et qu’il peut en donner peut-être cinq à l’Undp. Ça dépend. De 22 on est passé à 30 ministres. Peut-être qu’on ira à 60 la prochaine fois. Et si c’est le cas, je ne serais pas surpris que l’Undp ait cinq ou six postes.

Le mandat du président du Bureau exécutif étant déjà à terme, à quand le prochain congrès électif ?  

Nous en discutons. Nous avons déjà réalisé le consensus autour de la question. Nous irons au congrès. La date va être annoncée sous peu. Mais je voudrais rassurer les gens qu’on ne va pas à un congrès explosif. Le congrès va consolider l’apaisement que nous souhaitons et que nous sommes en train  de tisser à l’Undp.

Comment se porte le Président Zinsou ?

Le président Zinsou, se porte bien parce que pour quelqu’un de son âge, plus qu’octogénaire, la petite fatigue qu’on observe, il n’y a pas de quoi s’alarmer outre mesure. Je lui parle régulièrement au téléphone, il est fâché de la façon dont les choses se passent dans le pays, il a voulu s’en éloigner un peu. Mais il n’est pas malade, il n’est pas grabataire.

Un autre sujet : la Commission politique de supervision de la Lépi (Cps-Lépî) dont vous êtes membre. Il y a quelque temps vous avez dénoncé un certain nombre d’agissements du superviseur général. Aujourd’hui, les choses sont-elles rentrées dans l’ordre ?

En fait, pas véritablement. Notre souci, ce n’est pas de faire capoter la réalisation du Rena et de la Lépi. Mais nous avons voulu attirer l’attention de l’opinion publique sur la façon dont le superviseur général gère la Cps. Il la gère en fait comme une entreprise personnelle. Il prend des décisions sans ***on a des textes qu’on adopte en plénière dont on a pas copie. Je vais vous donner un exemple. Le budget que nous avons adopté en plénière, aucun membre de la Cps n’est capable de vous dire aujourd’hui ce que contient le projet de budget. Voilà un peu des choses que nous voulons éviter et puis des recrutements sans en référer aux autres. Il y a tellement de choses qu’en temps opportun, nous donnerons des informations à la presse. Parce qu’on a l’impression que les gens d’en face ne veulent pas de la Lépi mais créent des situations pour en faire porter la responsabilité aux G et F. C’est ce qui se voit mais nous tiendrons bons parce contrairement à ce qu’on dit, moi je crois que c’est plutôt le camp de la mouvance qui ne veut pas de la Lépi et ils le disent d’ailleurs en aparté que ce qu’on est en train de faire ce n’est pas possible pour 2011. Ils le disent mais je crois que nous, nous allons les contraindre. Au moment où ça échouera le peuple s’aura qui est le véritable responsable.

Cependant il y a quelques jours la Cps a organisé une activité à l’endroit des journalistes. La prochaine étape, ça sera quoi ?

{mosgoogle}C’est deux jours avant l’activité que nous avons été informés en plénière de l’organisation de cet atelier. Je dois vous dire que la chose en elle-même n’est pas mauvaise. Mais quel en est le coût ? Personne ne le sait. Il n’y a que le superviseur qui sait. Pourquoi avoir déplacé cette rencontre au siège de la structure de son parent. Cmb Grill, je crois que cela appartient aux  Quenum. Il y a tellement de choses qu’il fait en catimini. Où est-ce qu’il a trouvé les fonds puisqu’à la date d’aujourd’hui, le gouvernement n’a pas encore donné d’argent à la Cps. Et mieux, quand on a voulu savoir si c’est les bailleurs de fonds, il a bien répondu  non. Mais où est-ce qu’il a trouvé les fonds. Il y a tellement de choses qui se font dans le secret de Quenum et de quelques-uns. Nous croyons que ce n’est pas véritablement cela qui va nous conduire à une Lépi consensuelle dont notre peuple a besoin. Le superviseur général se comporte comme s’il avait acquis une société qu’il gère selon son bon vouloir et en trichant constamment sur les principes.

Pourquoi ne saisissez-vous pas la Cour constitutionnelle ?

Je préfère ne pas répondre à cette question.
Réaliasation : Benoît Mètonou
Transcription : Blaise Ahouansè