La Nouvelle Tribune

Eric Houndété au sujet des dysfonctionnements au sein du gouvernement

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E. Houndété« C’est de l’incompétence et de l’inexpérience »
Il est le premier à faire un come-back dans la rubrique. Avec la verve et l’éloquence qui le caractérisent, Eric Houndété jette un regard critique sur les deux sujets majeurs de l’actualité du moment : l’affaire Cen-sad et la hausse des prix de l’électricité et de l’eau.
Le gouvernement aujourd’hui vient de donner raison aux députés G et F à travers la publication des résultats de l’Ige sur la réfection du Cic et du palais des congrès dans le cadre du sommet de la Cen-sad. Quel sentiment vous anime après cet aveu ?

Eric Houndété : Je dirais plutôt que je suis triste et davantage préoccupé.  Dire que  j’ai gagné serait faire preuve de triomphalisme et,  dans le contexte actuel cela signifierait qu’on  s’amuse avec le destin du peuple. Or le combat que nous menons, c’est pour l’amélioration des conditions de vie  des Béninois. Le communiqué du conseil des ministres vient indiquer sans ambages que le gouvernement se moque des populations et de leurs souffrances. C’est gênant et cela doit préoccuper chaque Béninoise et chaque Béninois. Je note malheureusement que le gouvernement et son chef viennent de déclencher la chasse aux sorcières sous  le couvert de la lutte pour la moralisation de la vie publique. Leur objectif est double. Le premier, c’est de donner l’illusion aux bailleurs de fonds et à la communauté internationale qui note depuis l’avènement du changement qu’on  nous met de  la poudre aux yeux,  pendant que allègrement, des milliards du pays sont détournés.  L’argent du pays est utilisé à des fins que personne ne peut expliquer. Nous avons dénoncé cela. Comme les bailleurs de fonds ont demandé des clarifications,  on a voulu leur donner  l’illusion qu’on fait quelque chose.
 Le deuxième objectif que vise le gouvernement et son chef, c’est évidemment de détruire tous ceux qui représentent pour eux un obstacle. Un ministre du gouvernement qui commet le péché mignon de parler avec  Adrien Houngbédji,  Bio Tchané ou   Bruno Amoussou devient un  problème pour eux. On le  soupçonne de trahison et  l’on cherche délibérément à  le détruire. Je ne dis pas que le ministre Lawani n’a pas commis de faute. Je ne saurais le dire puisque nous avons dénoncé ce qui s’est passé autour du dossier de la Censad. Mais l’argumentation à partir de laquelle il a été  épinglé,  seul, tout seul,  tout comme si c’était  lui qui parlait directement avec les agents chargés de suivre les marchés publics etc., est grotesque. Ça montre très bien que la démarche n’est en rien sincère.

Comment peut-on comprendre que subitement, tout ce que Lawani a fait, il l’a fait unilatéralement? Dèjà, il y a eu l’affaire des primes de motivation du secteur de la santé qui a fait l’objet d’un conseil  extraordinaire. Aujourd’hui, c’est par rapport aux marchés de Censad. Quelle explication en trouvez-vous ? 

Nous avons affaire à un régime qui se voile la face. Qui met la poudre aux yeux des autres et qui commence à se mettre  de la poudre à ses propres yeux. Lorsque Soulé Lawani était au gouvernement, tout ce qu’il faisait était bon et il faisait partie de  la  dizaine de ministres qu’on nous envoyait à l’occasion pour justifier que tout était bon. Lorsque le ministre Démonlé a annoncé le résultat du conseil des ministres  par rapport aux découpages,  il a fallu qu’il quitte le gouvernement pour qu’on dise que c’était lui, le responsable. C’est un gouvernement qui cherche partout, en tout temps, en toutes circonstances, des boucs émissaires. Le bouc émissaire, le plus indiqué aujourd’hui, c’est Soulé Lawani. En tout cas, qui manque de jugement pour comprendre qu’un dossier notamment celui de la Cen-sad qui a été transmis à l’Assemblée Nationale comme des dépenses à payer, déjà exécutées, est transmis par le Conseil des ministres ? Ce n’est pas le ministre des finances. Et lorsque ça se passe ainsi, on vient nous dire que Soulé Mana Lawani n’a pas consulté le gouvernement. Je pense qu’on prend tous les Béninois pour  des idiots, des inintelligents, des abrutis, et donc on peut leur servir toutes sortes de choses comme on a fait par le passé. C’est ridicule. Il en est de même pour le dossier des primes des agents. Ce n’est un secret pour personne que c’est sur instruction directe du Chef de l’Etat que  Soulé Mana a signé ce document. Tout le monde sait également que treize autres ministres ont fait pareil. Mais lui seul a été éjecté parce qu’il faut trouver un bouc émissaire, parce qu’il faut que le chef soit toujours immaculé. C’est ce qui se passe en réalité. Il ne se dédouane pourtant pas à bon compte à travers un bouc émissaire.

Ne pensez-vous pas que si le président n’était pas au courant de ces dysfonctionnements, que c’est imputable à un manque de vigilance?

Il ne s’agit pas de manque de vigilance. Il s’agit d’incompétence. Il s’agit d’inexpérience de gens qui ne savent pas et qui ne veulent pas apprendre. Lorsqu’on ne maîtrise pas quelque chose, on demande à ceux qui savent. Lorsque vous arrivez au pouvoir et que dans votre souci de marginaliser tous ceux qui peuvent dénoncer vos tares et carences, que vous vous acharnez sur eux, c’est sans aucun doute les résultats auxquels on parvient. Un exemple : lorsque le Secrétariat général du gouvernement qui est une institution importante, la mémoire de la présidence est décapité comme cela a été  le cas à l’avènement du régime actuel, on ne peut qu’assister qu’à des dysfonctionnement graves au sein de l’appareil dirigeant.
{mosgoogle}Celui  qui a servi sous le gouvernement du président Kérékou est depuis à la maison avec toute son expérience. A sa place, on a nommé des gens qui n’ont aucune maîtrise du rouage  et lorsque ça se passe ainsi, il ne peut qu’y avoir accumulation de fautes  ou d’erreurs, si  l’on  veut bien être gentil. Autrement, c’est une question d’incompétence et de refus d’apprendre. Le gouvernement s’amuse tous simplement avec la vie et le destin des populations. Et dans ces conditions-là, il n’y a pas deux csolution, c’est la démission qui s’impose.

Donc vous suggérez au président Boni de démissionner. N’est-ce pas aller un peu trop loin ?
Non, absolument pas. Il devrait tirer lui-même les conséquences qu’il n’est pas capable de conduire notre pays  comme il faut.

Jusqu’à présent c’est son entourage qui est mis en cause dans les scandales qui éclatent !
Qu’appelez-vous entourage ? C’est trop facile d’accuser l’entourage. Nous avons élu un président, pas son entourage. Dès lors, le président doit assumer ses responsabilités. C’est lui qui nomme son entourage. Ce n’est pas nous qui nommons les gens à sa place. Si l’entourage fait mal, c’est à lui de prendre les décisions. Nous avons eu droit dès le début du mandat, à une théâtralisation grotesque et puérile de la vie politique où on limogeait les gens de façon désordonnée. A quoi cela a-t-il servi ? La corruption évolue aujourd’hui au galop !

Mais, vous oubliez qu’il a marché contre ce phénomène pour montrer quand même sa bonne foi et sa détermination.

Vous voyez les conséquences aujourd’hui. Les caisses de l’Etat sont vides, les armes sont plus abondantes dans le pays. La souffrance a envahi tout le pays. C’est au peuple de choisir, de tirer les conclusions ainsi que le président de la République lui-même. Personne ne devrait le faire à sa place.

Vous peignez-là un tableau assez sombre qui laisse croire que tous les secteurs sont sujets à des irrégularités?   
      
Effectivement, il y en a dans tous les secteurs. Il s’agit  du programme des six mille salles de classe, de la fête de l’indépendance tant à Parakou comme à Abomey. Même celle qui est annoncée à Lokossa regorge aussi d’irrégularités. Il bien d’autres dossiers scandaleux dans le tiroir du gouvernement. L’heure sonnera et nous allons en parler.

Abordons, l’autre actualité majeure de la semaine : la hausse des prix de l’électricité et de l’eau. Quelle appréciation en faites-vous?
Notre gouvernement a une philosophie, celle d’asphyxier le peuple parce qu’’il n’a pas des solutions pour leur problème. Souvenez-vous qu’à l’avènement du président Boni Yayi, c’est 14 milliards qui ont été décaissés dans les premiers jours pour payer les factures de la Sbee envers la Ceb. En principe trois ans après, dans ce régime dit du changement dirigé par un économiste de grande facture, on ne peut pas continuer à vivre de pareilles situations. On ne peut plus dire au peuple que cette société a des difficultés de trésorerie. Ce qui est encore plus impressionnant dans leur démarche, c’est comment ils ont pu élaborer ce complot sur le dos des populations de telle sorte que ce soit le même jour que les prix de l’eau, de l’électricité, du carburant, ont connu une augmentation. Je n’y vois pas de hasard. J’y vois plutôt une volonté de crucifier les Béninois. Et c’est cela qui me désole parce que la pilule pouvait être administrée autrement. Deuxième élément par rapport à ce dossier, est comme dit l’autre, est-ce qu’on peut vendre de l’eau et faire faillite. On nous annonce que les coûts de production sont élevés. Mais, qu’on nous donne ces chiffres afin que nous les examinions pour qu’on sache si sont les machines qui coûtent cher, si c’est l’électricité qui coûte cher, ou si ce sont les charges du personnel qui influent sur la production. C’est simplement décevant qu’on ait un gouvernement qui ne puisse garantir l’électricité et l’eau à sa population. Je ne voudrais pas parler de la qualité des services qu’on fournit aux abonnés ! Je pense que les Béninois doivent ouvrir les yeux pour savoir qu’ils ne sont plus en sécurité avec ce gouvernement.

Ne pensez-vous pas qu’il faut aller à la vérité des prix comme l’a souligné le directeur de la Sbee ?
Moi  je ne sais pas de quoi il parle. Qu’on nous dise si lorsque le prix du baril du carburant à baisser sur le plan mondial, s’ils ont fait ainsi à la pompe ? Je voudrais même le leur concéder. Qui a-t-on associé à cette décision de hausse des prix ?  N’oublions pas que la Sbee et la Soneb sont des biens communs. Ce n’est pas le bien personnel du président de la République ni d’un ministre. Par conséquent, il aurait fallu une communication préalable pour expliquer les composantes du prix et montrer que la société est en faillite ou la société est en difficulté et situer les responsabilités. Lorsque les responsabilités ont été situées, il faut réfléchir ensemble pour voir la formule la plus bénéfique pour le peuple.

A quoi doit-on d’après vous cette situation?
Je n’ai pas fait d’enquête. Mais je soupçonne comme c’est la mode depuis quelques temps que cela relève tout simplement de la mauvaise gestion.

{mosgoogle}Aujourd’hui, le Bénin Télécom aussi est dans la tournante des privatisations. En tant que députés, de quelle manière auriez-vous souhaité qu’on procède que le peuple béninois en sorte gagnant? 

Je ne maîtrise pas encore pas le dossier. Et je n’aime pas me prononcer sur les choses que je ne maîtrise pas. Toutefois, je pourrais dire que Bénin Télécom est comme la Poste du Bénin, la Sonapra, la Soneb, la Sbee, toutes   patrimoine des Béninois. Et on n’est pas obligé de donner tous nos patrimoines à d’autres comme si on n’avait aucune science de bonne gestion nous-même.

Comment entrevoyez-vous l’avenir ?
Prions pour le Bénin. Prions pour le Bénin.

Réalisation : Benoît Mètonou
Transcription : Blaise Ahounsè