La Nouvelle Tribune

Le député Isidore Gnonlonfoun/ président du Prs

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I. Gnonlonfoun« Ma nouvelle orientation politique est dictée par la base »
Le député Isidore Gnonlonfoun, président du Parti pour la rénovation sociale (Prs), est l’invité de cette semaine. Il s’est prononcé sur les questions d’actualité politique nationale. Après avoir donné les raisons de son départ du groupe parlementaire Prd/Prs à l’Assemblée nationale, il a jeté son regard sur la marche de l’opposition, la crise à l’Assemblée nationale.


En tant qu’administrateur de formation, il n’a pas occulté le découpage territorial qui continue de faire des vagues. Il a saisi cette occasion pour lancer un appel de paix à tous les acteurs de la crise politique béninoise.

Vous avez démissionné du groupe parlementaire Prd-Prs depuis quelques temps et on n’entend plus parler de vous. Quelles sont les vraies raisons de votre défection ?
Merci  de m’offrir l’occasion de donner les raisons qui ont motivé mon départ du groupe parlementaire Prd-Prs. Ceux qui me connaissent savent que je ne peux pas prendre une telle décision à la volée. Elle est inspirée par les aspirations de la base. C’est vrai que je suis un responsable. En tant que tel, je dois considérer la position de cette base. Je crois que c’est cela qui a motivé fondamentalement ma défection de mon ancien groupe. Certains ont raconté beaucoup de choses et continuent de le dire. Ce que je sais est que je suis serein, car le premier tribunal est celui de la conscience. Lorsque dans votre fond intérieur vous prenez une décision en parfaite harmonie avec les considérations de votre base, vous devez vous soumettre, même si cela a été difficile. C’est ce qui a été fait essentiellement.

Quelles sont ces aspirations de la base ?

Vous savez que les populations ont des préoccupations quotidiennes. Si en tant responsable, vous n’arrivez pas à les satisfaire, il y a problème. Je sais que les gens veulent vivre et survivre. A partir de ce moment-là, il ne faut pas leur barrer le chemin.  Il faut leur ouvrir les possibilités qui s’offrent à eux. Les aspirations de la base, c’est qu’on puisse régler ses problèmes quotidiens. Essentiellement, c’est de cela qu’il s’agit.

Mais, on a appris qu’au cours d’une de nos sorties politiques, vous avez indiqué que les marginalisations de nos militants lors des positionnements sur les listes électorales sont à la base de votre démission du groupe parlementaire Prd-Prs. Peut-on avoir plus d’explications sur ce point ?
J’ai été député de la deuxième législature sur la liste-Prd. J’ai eu des amitiés et beaucoup de choses. C’est vrai qu’il peut avoir des frustrations. Mais, je n’ai jamais dit que c’est dû aux positionnements sur les listes. Je continue de le dire. La nouvelle orientation politique que j’ai prise est dictée par la base. C’est à cela que je m’en tiens.

Récemment on vous a vu dans le groupe parlementaire que devrait diriger l’honorable Edgar Alia. Quand bien même cette entité politique se réclamait de la mouvance, on qualifiait ses composantes d’anti-Yayi. Comment vous y êtes vous retrouvé ?

J’étais non-inscrit. Vous savez que le travail à l’Assemblée nationale s’exerce essentiellement à travers les groupes parlementaires qui sont les instruments de fonctionnement du Parlement. A un moment donné, je me suis dit qu’il faut que j’adhère un groupe parlementaire pour pouvoir mieux m’exprimer. C’est ce qui a été fait. J’ai pris une démission pour aller quelque part. C’est vrai que c’est sur la base d’un certain nombre de choses que cela a été fait. Je ne peux pas du jour au lendemain dire que je suis anti-Yayi, puisqu’on a pris une direction. Ce qu’on a dit n’est pas ce qui s’est passé, parce que certains éléments sont allés faire des déclarations totalement en déphasage avec la dénomination du groupe que nous avons bâti Fcbe. A partir de ce moment, nous avons dit qu’il faudrait qu’on se voie pour s’entendre sur de nouvelles données. C’est cela qui a fait que le groupe a été mis en hibernation. Vous l’avez constaté. On a pris une décision sur laquelle on ne peut plus revenir. Il faut être logique avec soi-même. On a vu qu’il y a certains éléments de ce groupe qui n’ont pas respecté la discipline, les motivations et les fondements qui ont été à la création de ce groupe. Je pense d’ici à là on reprendra les choses.

Alors vous vous sentez trahi ?
Il y a un militant qui devrait appartenir à ce groupe-là. A ce moment donné, on a constaté que sa position est contraire à notre vision. Nous sommes en démocratie. Chaque député est libre de prendre sa position, selon sa conscience. Lorsque vous êtes dans un groupe, il y a eu des motivations. Si elles ne sont pas respectées, chacun est libre de reconsidérer sa position. Je crois que c’est de cela qu’il s’agit.

La cinquième législature à laquelle vous appartenez est caractérisée par des crises profondes depuis près de deux ans. Qu’en pensez-vous ?
Le Parlement est le lieu par excellence de l’expression de la politique nationale. Lorsqu’il y a des enjeux, chaque camp tire le drap de son côté. A des moments donnés, on peut s’entendre sur l’essentiel. Et,  l’essentiel est le développement de la nation, la prise en compte des préoccupations quotidiennes des populations. Lorsque ces données sont galvaudées, il y a problème. Les préoccupations politiques ne sont pas en synergie avec les considérations des populations. L’homme a des intérêts et des objectifs qu’il veut atteindre par tous les moyens. Ce faisant, il ne prend plus en compte les préoccupations du peuple. On peut dire que l’opposition non déclarée et la mouvance sont chacune de son rôle. Mais à des moments donnés, on doit mettre la balle à terre et s’asseoit pour voir ce qu’on peut faire ensemble dans l’intérêt des populations. Pour calmer le jeu, on est obligé de s’accepter chacun dans sa différence. Généralement, ce n’est pas le cas.

Vous semblez parler de la compréhension sur l’essentiel. Vous savez que les élections de 2011 s’approchent. La crise à l’Assemblée nationale ne trouve-t-elle pas essentiellement son origine à ce niveau ?
L’homme politique a des objectifs. Toutes les forces politiques à l’Assemblée nationale visent 2011. Vous savez qu’en 2011, il y a à la fois les élections législatives et présidentielles. Chacun veut faire en sorte que tout aille en faveur de son candidat. Tous les députés veulent revenir. Personne ne veut se laisser dominer. Chacun veut faire en sorte pour qu’en 2011, il ait son mot à dire. C’est cela la réalité. Malheureusement, cette politique n’est pas toujours en conformité avec la vision des populations. On dévie, parce qu’on se regarde. Il faut dire la vérité. C’est ça qui fait qu’on n’arrive plus à nous concentrer sur l’essentiel qui est la défense des intérêts de la population. C’est comment faire pour qu’il y ait des soins adéquats dans les hôpitaux, pour que les fils de ce pays puissent bénéficier de la scolarisation, et qu’il y ait plus d’emplois. En se défendant personnellement, on n’arrive pas à regarder dans le même sens que le peuple. C’est une réalité. Si un politicien affirme le contraire, c’est qu’il ne dit pas la vérité.

La crise politique au Bénin s’est intensifiée. Cette semaine, on a assisté à la marche de ténors de la politique béninoise contre le silence du gouvernement face aux revendications des agents de santé. Quelles réflexions, cela vous suggère ?

C’est le gouvernement même qui a pris la décision de mettre dans les meilleures conditions les travailleurs. Et, il faut reconnaître depuis l’arrivée du président Boni Yayi, beaucoup de choses ont été faites en direction des travailleurs. Seulement, nous savons que nous sommes dans une situation difficile au regard de la crise économique internationale. C’était une crise financière devenue économique aujourd’hui. Le Bénin n’est pas à l’abri. Ça fait que l’Etat n’a plus la totalité des moyens qu’il faut pour régler ces problèmes.

{mosgoogle} Par rapport à cela, l’Etat est obligé d’hiérarchiser les priorités et régler les choses cas par cas. C’est l’Etat même qui a pris la décision de payer les primes de motivation aux agents de santé. Il a la volonté de le faire, mais les moyens ne suivent pas. L’opposition, au regard de la situation qui prévaut dans les hôpitaux, peut intervenir et demander au gouvernement de régler ce problème. C’est de bonne guerre. L’essentiel est que cela soit fait dans l’intérêt supérieur de ces travailleurs. Il faut qu’il ait des propositions concrètes, car il ne s’agit pas seulement de marcher pour qu’on puisse sortir de la crise et permettre aux acteurs sociaux et politiques de trouver les moyens pour régler ces problèmes. Avec la réalité de notre trésorerie aujourd’hui, est-ce qu’on est obligé de jouer sur tous les secteurs de la vie nationale ? Tout compte fait le gouvernement a déjà pris la décision de régler les problèmes des travailleurs. Ce qui commence par s’exécuter déjà. C’est une très bonne chose. Sans la dialectique du développement, il n’y a pas d’avancement. Si elle se faisait sur des bases saines, ce serait bien pour le pays avec des propositions concrètes. A priori, on ne peut pas condamner la marche. C’est l’expression de la démocratie. L’essentiel est que cela se passe dans les normes.

Un autre sujet d’actualité est le découpage territorial. Le gouvernement veut créer 29 départements. En tant qu’administrateur de formation, pensez-vous que c’est réaliste ?

Les experts sont allés sur le terrain. Ils ont écouté les populations. C’est au regard de cela que le gouvernement a pris cette décision. C’est un dossier qui date de longtemps. Le découpage actuel date de 1958. Il était indiqué qu’on change la carte administrative de notre pays en faisant en sorte que l’administration se rapproche de l’administré. Je pense qu’essentiellement, c’est l’objectif. On ne peut pas rester dans la léthargie. Nous devons aller de l’avant. Si cela peut pousser le gouvernement à doter nos départements de moyens, c’est une chose appréciable. Il faut mettre tout en œuvre pour que tout marche bien. Il faut pouvoir installer les préfets dans ces nouveaux départements. Cela participe de l’aménagement du territoire, parce qu’il y aura de nouvelles infrastructures. Des pôles de développement pourraient être créés. Lorsque vous prenez le département de la vallée, les communes de Dangbo, Adjohoun et Bonou sont traditionnellement ensemble. C’est bien qu’elles soient dans un même département. Ce qui est important aujourd’hui est de penser à la mise à disposition des moyens pour leur fonctionnement. Le gouvernement doit violence sur lui-même pour que les moyens accompagnent sa volonté. Les communes et les nouveaux chefs-lieux bénéficieront ainsi de nouvelles infrastructures pour qu’on ne pense pas que le Bénin s’arrête à Cotonou. Cela participe d’une politique volontariste. Il faut aller de l’avant.

On s’approche des élections de 2011. Vous petre membrede la mouvance. Comment se porte aujourd’hui le Parti pour la rénovation sociale (Prs) que vous dirigez ?

Quand une décision est dictée par la base, les gens racontent beaucoup de choses. Eu temps opportun, ils pourront apprécier. Le Prs est une formation politique qu’il faut reconnaître. Si je suis élu sur la liste Prd, c’est compte tenu de ma crédibilité, de ma position et de mes comportements dans l’électorat de Cotonou. J’ai été élu député aux deuxième et cinquième législatures. Ce n’est pas un fait de hasard. Moi-même, j’ai quelque à revendre. A Cotonou, nous avons notre mot à dire. Le Prs se porte très bien. Ils ont cherché à nous déstabiliser par beaucoup de moyens. Je pense qu’ils se trompent. Je suis dans la base et tous les jours je participe à la résolution de ses préoccupations. A part de ce moment, les populations Xwla et Setto sont avec moi, parce qu’elles savent que lorsqu’elles ont des préoccupations, je suis avec elles. Nous avons foi en l’avenir. L’avenir nous dira la vérité.

Est-ce que cela veut dire que vous avez un appel aux  dissidents du Prs ?
J’étais au Prd, il faut le reconnaître. J’ai répondu à un appel. On nous a demandé de créer ensemble le Prs. Le Prs est la contribution de tous les fils Xwla et Setto. Je suis le gardien du temple. A un moment donné, un autre militant viendra faire son expérience, parce que c’est une chose qui appartient à nous tous. Ces dissidents étaient déjà le président Boni Yayi. Il nous a été demandé de changer de direction. Cela doit permettre de rassembler tous les frères. Il n’y a rien qui nous divise. Il s’agira de mettre en place une bonne méthode. Nous parlons le même langage avec eux. Pour aller de l’avant, nous sommes obligés de mettre ensemble, parce qu’on ne peut rien faire dans la division. C’est une vérité universelle.

Quel appel vous lancez à la classe politique nationale ?
{mosgoogle}Nous devons construire le Bénin démocratique ensemble. Ce que le Bénin a à sauvegarder aujourd’hui est sa démocratie. Mon appel est que chacun puisse jouer sa partition dans l’intérêt de cette démocratie et faire du Bénin un pays émergent, une nation unie et prospère où chaque Béninois se sente à part entière, c’est-à-dire un citoyen dont les droits sont pris en compte. Je crois que c’est cela. C’est vrai quand on parle de droit, on parle de devoir. C’est en respectant cette synergie que nous allons construire un Bénin qui aspire à un mieux-être de tous ses citoyens. C’est ce qui est fondamental. Il faut que les choses se passent dans la convivialité et la sérénité, même s’il y a différence de points de vue, sans quoi il ne peut pas avoir le développement. L’essentiel est que cela se fasse dans la courtoisie nécessaire. On peut dire ce qu’on pense sans la violence verbale. La violence n’est pas béninoise.q

Propos recueillis par Jules Yaovi Maoussi