La Nouvelle Tribune

Frédéric Béhanzin/ Porte-parole des jeunes patriotes à propos de la crise politique

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F. Béhanzin« Même si Jésus descend pour gouverner le Bénin, il aura des opposants »
Le porte-parole des jeunes patriotes, Frédéric Béhanzin, est l’invité de cette semaine. Il est un ardent défenseur des actions du président Boni Yayi et de son gouvernement. A ce titre, il ne rate aucune occasion pour répondre aux attaques de l’opposition contre le régime en place comme le font les caciques de Fcbe (Forces cauris pour un Bénin émergent). Il s’est plus illustré ces derniers jours sur la scène politique grâce à la structure qu’il dirige. Avant l’arrivée au pouvoir du président Boni Yayi, M. Béhanzin était  connu dans le monde syndical.
Il a été secrétaire général du Syndicat national des déclarants et enleveurs du Bénin (Synadeb) qu’il a quitté pour créer une centrale syndicale pour la défense des intérêts des transitaires. Frédéric Béhanzin est aussi le président d’un parti politique-Mar (Mouvement pour une alternative républicaine) qui avait suscité la candidature de l’ancien ministre de la Défense nationale, Pierre Osho,  sous le régime du président Mathieu Kérékou. Après la défection de ce dernier, le Mar s’est rallié à la cause du candidat Boni Yayi au second tour contre celui du Parti du renouveau démocratique (Prd), Me Adrien Houngbédji. Dans cette interview, M. Béhanzin se prononce sur la crise politique au Bénin caractérisée par les mouvements des députés à l’Assemblée nationale et a donné les raisons de soutien au chef de l’Etat.


Vous êtes le porte-parole des jeunes patriotes. De quoi retourne concrètement l’association que vous dirigez ?

{mosgoogle}Les jeunes patriotes ne constituent pas une association. Je suis le porte-parole des «jeunes patriotes » qui est un sursaut national, l’expression d’un sentiment généralisé. Suite donc aux contacts que nous avons faits selon lesquels  le Parlement est devenu le marché Dantokpa où les gens vont pour faire leur business. Nous avons contacté que des honorables députés agissent. Certains, sans niveau intellectuel, alors que le Parlement est là pour contrôler l’action du gouvernement, initier des propositions  de lois, voter les lois, étudier et voter le budget. Pensez-vous vraiment qu’on peut assumer cette mission sans avoir un niveau intellectuel décent ? Nous avons contacté que des gens sans niveau intellectuel ont récupéré le Parlement et font du chantage à l’exécutif chaque fois qu’une loi doit passer. Comme quoi pour voter une loi, il y a des sacs qui circulent. Nous autres avons dit non. Si cela doit entacher la démocratie que le peuple a librement choisie au soir de la conférence nationale de février 1990, nous disons non. Il faut que des voix commencent par s’élever pour demander à ces frères d’arrêter leurs manœuvres. Le Bénin appartient à tout le monde. Donc, les jeunes patriotes, boucliers humains pour la défense de la patrie, c’est-à-dire personne ne viendra défendre nos valeurs, notre patrie, notre indépendance, si ça ne s’organise pas par nous-mêmes. C’est pour  cette raison que de bouche à oreille, de l’est à l’ouest et du nord au sud, des jeunes ont estimé  qu’il urgait que le patriotisme s’affiche. C’est pourquoi nous avons réuni les valeurs positives pour engager les actions. Nous n’avons pas un président, parce que  n’avons pas un bureau classique comme les autres. Mais, nous avons des états-majors qui fonctionnent et prennent des décisions pour la défense de la patrie.

Vous parlez des députés sans niveau. Ils ne sont pas allés à l’Assemblée nationale de leur propre gré. Ce sont des populations qui ont cru en eux et les ont envoyés au Parlement. Vous accusez alors le peuple ?

Cela fait des faiblesses de notre Constitution et des travaux issus de la conférence nationale. Le peuple béninois est en grande partie analphabète. Les gens ont eu tout le temps à le voler. Ce qui explique leur fortune. Ils ont eu le temps d’exploiter sa misère et son analphabétisme pour le tromper et s’imposer à lui comme son représentant au Parlement. Une fois à l’Assemblée nationale, le peuple et ses intérêts sont pris en otage. Voilà la vérité.

Ceux-là que vous attaquiez commencent aujourd’hui par virer dans votre camp, c’est-à-dire du côté  du pouvoir. Par exemple Rachidi Gbadamassi. Quel sera désormais votre langage envers eux ?

Si vous suivez les activités parlementaires, vous allez comprendre que ceux-là que je suis en train d’identifier sont ceux qui n’ont pas un bagage intellectuel décent et qui s’identifient à  une opposition informelle, alors qu’il y a des textes qui la régissent dans notre pays. Ils refusent d’assumer. Ils ne sont pas prêts à se déclarer opposants. Ils vivent dans l’informel. En vérité, est-ce que l’informel a un ton ? Si vous êtes dans l’informel, vous n’existez pas en réalité. Si vous analyser les interventions de Rachidi Gbadamassi, vous constaté effectivement qu’il y avait des choses qui étaient en cours, parce que lui-même a parlé d’une opposition aveugle qui retarde l’évolution du pays et ne contribue pas au développement national et à l’épanouissement du peuple. Il faisait partie des ténors de cette opposition. Vous constatez avec moi que cette opposition informelle était dans un jeu pour retarder le peuple pour ses propres profits. Les Béninois ne pourront pas l’accepter. Le Bénin est un et divisible. Rachidi Gbadamassi a évoqué des arguments que nous avions développés en son temps. Qu’il vous souvienne que dès les premières sorties des jeunes patriotes, nous sommes allés même dénoncer une des manœuvres de déstabilisation du pays qui était en cours. Qu’ils comprennent que nous sommes debout. Il revient aux enfants qui sont là de balayer la cour de leur père. Personne ne viendra construire le Bénin à notre place. Nous n’allons pas permettre à qui que ce soit de venir mettre le feu au pays. Ils ont la chance d’amasser des fortunes. Comment en sont-ils arrivés là ? Rachidi Gbadamassi a une conscience. Il a un cœur. Il est un homme. Et dans ses déclarations, il a rendu hommage à certaines personnalités, autorités nationales et internationales. Quel a été le rôle que ces personnalités ont joué dans le changement de ses comportements ? Dieu le sait. Moi, je dis que les Béninois doivent rester tolérants. Pour nous, c’est l’esprit patriotique qui l’a regagné. Ce n’est pas un camp qu’il a regagné. Nous attendons de le voir à l’œuvre pour mieux l’apprécier. Pour l’heure, nous sommes au statut quo avec l’honorable Rachidi Gbadamassi. Il est un frère et député à l’Assemblée nationale. Nous respectons le droit à la différence. Nous attendons les agissements de l’homme dans le futur pour mieux l’apprécier.

Vous savez très bien que le président Boni Yayi et son gouvernement posent des actes qui inquiètent les Béninois qui croyaient en lui. La non-installation à temps des conseils communaux, la non-budgétisation des fonds de l’escorte des véhicules d’occasion, les menaces graves sur la démocratie et autres. Ne voyez-vous pas que les opposants ont raison d’attaquer le régime contre ses dérives ?

Aucune activité humaine n’est exempte d’erreurs. C’est celui qui ne fait rien qui ne se trompe pas. C’est celui qui ne marche ou ne court pas qui ne bute pas. Si Boni Yayi n’existait pas, il fallait créer un semblable à lui pour le Bénin. Nous savons d’où nous sommes partis. Vous savez où nous sommes et où nous allons. Le Bénin était à terre. L’autorité de l’Etat et les finances n’existaient plus. Souvenez-vous des élections de mars 2006, le ministre des Finances nous disait qu’il n’y avait plus d’argent pour organiser les élections. Ne mettez pas en doute le pouvoir qui disait qu’il était venu trouver 200 millions dans la caisse. Aujourd’hui, nous avons des centaines de milliards dans les différentes caisses béninoises. L’Etat a épongé toutes ses dettes. Il ne doit plus rien aux agents permanents de l’Etat avec l’émission des titres. Je vous dis que le pouvoir Yayi travaille et qui travaille doit commettre des erreurs. Personne  n’est exempt d’erreurs. Mais, le bien a écrasé le mal au cours du système Yayi. Vous parlez de non-budgétisation des fonds de l’escorte. Le Parlement avait mis les charrues devant les bœufs. Il fallait mettre sur pied une commission d’enquêtes avant de commencer par dénoncer les choses. Nous attendons ses conclusions pour encore agir. J’ai vécu l’escorte et je la vis encore . Je suis dans les commissions inter-ministérielles qui s’occupent de la filière des véhicules d’occasion. Je sais de quoi je vous parle. Les ressources de mon pays sont mieux gérées et mieux pensées. Si l’opposition parle, je ne lui demande pas de se taire, puisque nous aussi sommes prêts à dénoncer les comportements dépassés même s’ils viennent des ministres. Mais après tout, il faut préserver l’intérêt du peuple. C’est cela qui doit primer. Regardez les activités en cours. Par exemple, la gratuité de la césarienne. Je le dis parce que le Bénin ne se limite pas à Cotonou. C’est à Cotonou que nous avons les cliniques de 500.000f par césarienne. A l’intérieur du pays, elle coûte moins de 75000f jusqu’au nord. Ça veut dire qu’il y a des contrées où quand vous remettez 75000 à une bonne dame qui doit subir cette opération, elle  réalise des économies. Pourquoi on veut tout centraliser sur Cotonou ? Cotonou n’est qu’une ville du Bénin. Alors je vous dis que le président Boni Yayi en fait beaucoup. Si les frais de l’escorte des véhicules d’occasion sont gérés pour permettre l’émergence des femmes les plus pauvres de notre pays, je dis « Alléluia ». Si les fonds de l’escorte doivent servir à la réinsertion des jeunes sans emplois, des déscolarisés et autres, je dis aussi « Alléluia ». Maintenant, le seul problème que le président Yayi a avec lesdits opposants est sa réussite sur tous les plans. S’il reste dans cet élan, sa réélection  sera un chaos sans appel.

N’est-ce pas une pure utopie sa réélection,  à voir les schémas qui se dessinent ?

Que cela soit écrit. Même les beaux temps de la période révolutionnaire n’ont pas fait mieux. Malgré la crise que le monde entier vit, le Bénin reste équilibré. La révolution verte, c’est elle qui va damer le pion à ladite opposition, parce que les jeunes comprennent aujourd’hui que leur sort est pris en compte sans oublier la lutte contre l’analphabétisme. Boni Yayi n’est pas Dieu. Même si Jésus descend pour gouverner le Bénin, il aura des opposants. Le jeu de l’opposition nous séduit. Donc, c’est un stimulant et on s’y plait.

Vous parlez de l’évolution du pays à l’ère du président Boni Yayi. Le port de Cotonou, poumon de l’économie nationale, connaît d’énormes difficultés sans solutions. Qu’est-ce qui a changé alors depuis que le régime Yayi est en place ?

Est-ce qu’il peut avoir un foyer sans histoires ? Le port autonome de Cotonou qui est une structure qui gère les activités portuaires est organisée. Qu’est-ce que vous entendez parler de problèmes de mauvaise gestion au port ? Non. Le passage du directeur Christophe Aguessy a redonné vie au port, n’en déplaise aux opposants. Nous ne leur permettrons pas de menacer la paix sociale. Le port vit bien et vous le sentez à travers le flux des bateaux qui accostent chaque jour, les colonnes de camions qui peinent à aller charger. Vous le vivez à travers les mouvements sur nos routes. Ça veut dire que le port vit à travers la montée des chargements qui arrivent.

{mosgoogle}A l’ère du président Boni Yayi, il y a beaucoup de mouvements qui chantent les louanges du gouvernement. Les jeunes ne sont-ils pas manipulés pour attaquer l’opposition ?

A moins que vous soyez illégitime que votre père vous manipule pour faire votre devoir. Ce n’est pas un Nigérien qui viendrait défendre le Bénin à la place d’un Béhanzin. Je suis descendant d’un héro national qui a le sang patriotique qui circule dans ses veines. Je serai très heureux de mourir pour la cause de mon pays. Que cela soit écrit. Ça ne changera pas.

Propos recueillis par Jules Yaovi Maoussi