La Nouvelle Tribune

Armand Paulin Houngbo/ président du Mjed

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P. Houngbo« Les réels acteurs du changement ne sont pas aux affaires … »
Le président du Mouvement pour la Justice, l’étique et le développement (Mjed), Paulin Armand Houngbo, est l’invité de la semaine. Il est le frère direct de l’ancien ministre du Budget, Albert Houngbo. L’interviewé est un homme politique centriste. Connu dans les milieux politiques, il n’hésite pas à dire ses quatre vérités sur les sujets d’actualité politique, quand bien même il ne fait pas beaucoup de tapages autour de sa personne. Il a fait partie de ceux qui ont suscité et soutenu la candidature de Zoul Kifl Salami à la dernière élection présidentielle. Dans cet entretien, il s’est prononcé sur les questions brûlantes d’actualité politique nationale.

 Vous êtes le président du Mouvement pour la Justice, l’étique et le développement (Mjed). Pourquoi ce mouvement?
Nous ne faisons pas partie des derniers nés. Nous avons parcouru un long chemin en matière politique de notre pays. Nous ne pouvons pas dire que nous n’avons pas notre place sur l’échiquier politique national. Le Mjed que nous dirigeons depuis 2011 a toujours son mot à dire dans le débat politique au Bénin en ce sens que nous intervenons chaque fois qu’il est nécessaire de nous prononcer sur les questions concernant notre pays. Au vu de ceci, nous avons chaque fois essayé de faire lecture de l’actualité politique béninoise. Aujourd’hui, c’est vrai, nous parlons du changement. Mais comment nous le vivons ? C’est la question que nous devons nous poser les uns et les autres

Concrètement quel est l’objectif du Mjed ?
L’objectif de notre mouvement comme c’est défini dans le sigle est que nous luttons pour la justice, l’étique et le développement. Ce qui incarne heureusement le changement auquel aspire notre peuple. Il est pour nous aujourd’hui de défendre ses causes pour notre pays.

Vous dites que vous défendez la justice, l’étique et le développement. On est, dit-on, à l’ère du changement. Avec tout ce qui passe aujourd’hui au Bénin, ne pensez-vous pas que votre idéal a du plomb dans l’aile ?
Vous savez si vous devez aboutir à un processus, il n’y a que les hommes pour mener le combat. Le changement auquel le peuple béninois aspire connaît bien de pesanteurs qui ne sont autre chose que l’aspect politique de notre pays. Il n’y a que la politique qui freine le développement au Bénin. Le changement a été bien amorcé. Mais ce sont ceux qui se disent acteurs de notre politique qui le freinent jusqu’à ce jour par leurs comportements, leurs intérêts égoïstes. Yayi Boni, c’est vrai, tout le monde dit qu’il est venu de nulle part. Il faut constater que ce sont des gens qui l’ont amené au pouvoir et qui ne s’entendent pas avec lui aujourd’hui. C’est pourquoi nous disons que le changement a des pesanteurs qui constituent une barrière pour son aboutissement.

Quand vous dites que le changement a des pesanteurs. Vous parlez des ténors des G4, G13 et Force-clé ou carrément des intrus au sein du changement ? Vous parlez qui réellement ?
Nous parlons des hommes politiques en général. Comment imaginez-vous que ceux qui étaient révisionnistes jusqu’à la veille des élections se retrouvent dans le changement ? Ils tournent aujourd’hui autour du président Boni Yayi. Vous pensez qu’il pourra réussir facilement ? Il a des entraves. Ce sont ces entraves qui l’empêchent aujourd’hui de connaître un meilleur changement. Qu’est-ce que ceux-là connaissaient des valeurs intrinsèques du changement ? Non. Il y avait des jeunes qui avaient mené le combat pour amorcer le changement auquel aspire notre pays. Ce sont les révisionnistes d’hier qui sont devenus les véritables acteurs du changement. Je crois que c’est ce qui freine le changement. Les réels acteurs du changement ne sont pas aux affaires pour pouvoir gérer réellement le changement.

{mosgoogle}Vous accusez apparemment l’entourage du chef de l’Etat dans le blocage de l’effectivité du changement. Il y a la non installation de certains conseils communaux jusqu’à ce jour, la caporalisation des institutions de la République, l’échec dans la lutte contre la corruption, le clientélisme et autres. Ne pensez-vous pas que le président Boni Yayi en est pour quelque chose dans tout ce qui se passe à l’heure actuelle ?
C’est sur. Mais, pensez-vous que c’est sans la participation de ceux qui l’entourent ? Je crois qu’ils en ont pour quelque chose. Le président Boni Yayi a voulu frapper. Mais quand ils se sont rassemblés pour lui dire qu’il ne pourra pas aller loin, il était obligé de fléchir.


Mais si le chef de l’Etat voulait vraiment le changement, il allait continuer le combat ?
Il ne peut rien sans les anciens hommes politiques.

Mais est-ce qu’il y a un texte qui le dit ?
Aucun texte ne le dit. On dit pour la cohésion nationale et la paix qu’il cesse de poursuivre. Lui-même sait très bien qu’il n’y a que des corrompus autour de lui. C’est ce qui freine aujourd’hui le changement. Je vais donner un exemple. Imaginez-vous un instant que le président Yayi avait continué à frapper dans le sens de la lutte contre la corruption. Vous avez vu les déballages lorsqu’il avait voulu frapper telle ou telle personne, sous prétexte que cela menacerait la paix dans notre pays. Lorsqu’il a fléchi, ce sont ces mêmes personnes qui sabotent le changement qu’il a engagé. Il ne peut rien faire sans ceux-là, parce que c’est eux qui l’ont fait. Aujourd’hui, il est obligé de baisser les bras pour voir comment ils pourront faire de ce pays une nation émergente.

Quand on parle du changement, on fait allusion à certaines valeurs. Sous le régime Yayi, on note la caporalisation des institutions de la République. La volonté de tout mettre à sa botte n’est-elle pas également à la base de la crise politique que nous connaissons au Bénin ?
Du tout pas. Qui sont ceux-là qui lui ont appris cela ? C’est toujours les mêmes anciens. Il est devenu rusé plus qu’eux. C’est tout. C’est ce qui est fait mal. La chance qu’il a, est qu’il a le peuple avec lui, quoiqu’en soit ce que disent ces anciens. Il a une expérience qu’il peut valoriser à tout moment, qu’il soit mauvais chauffeur ou pas. Il fait peur aujourd’hui à ceux qui l’entourent.

La crise politique au Bénin est plus centrée à l’Assemblée nationale. Elle se caractérise par des débauchages à coups de millions, même à coups de milliards. En tant que président du Mjed, ne voyez-vous pas que le changement est dépouillé de toute étique ?
Bien sur. Ceux que nous avons comme représentants ne cherchent que le gain facile. Ils ne pensent pas au peuple. Si le président Yayi doit asseoir une cohésion autour de lui, c’est normal que les choses se passent ainsi. Des débauchages à coups de milliards, je n’ai jamais entendu cela. Il a fallu cette Assemblée nationale pour que les députés puissent être débauchés à coups de milliards. Il n’y a plus d’étique et de justice à l’Assemblée, avant de penser au développement de ce pays.

Cette législature est déjà à mi-mandat. Vous dénoncez l’absence totale d’étique à l’Assemblée nationale. Pensez-vous comme beaucoup de Béninois que cette législature est en train d’être la plus mauvaise de l’histoire du renouveau démocratique ?

Tout le monde le dit. C’est la lecture que tout le monde en fait. Il va falloir que les représentants du peuple se ressaisissent pour pouvoir donner à cette Assemblée nationale sa noblesse, parce qu’ils représentent tout le peuple béninois. Ils doivent savoir les raisons pour lesquelles ils sont au palais des gouverneurs. Nous n’avons jamais vu un tel Parlement. Je demande à tous les députés de se mettre ensemble pour pouvoir construire ce Bénin cher à nous tous. Ça y va de l’intérêt de nous tous. Il ne sait à rien qu’ils se déchirent au palais des gouverneurs. S’ils le font, c’est comme si c’est le peuple qui se déchire. Je ne souhaite pas qu’on aille au pire.
 
Vous êtes le président du mouvement pour la justice, l’étique et le développement. Depuis que le président Yayi, qu’est-ce qui a changé par rapport à votre vision ?
Comme je le disais tantôt, le changement a des valeurs intrinsèques. Elles n’ont pas été mises en exergue pour pouvoir bien mener le changement. Pour moi, rien n’a changé. C’est un processus, le changement que nous ne réussissons pas. Nous ne sommes pas en train de le réussir. Le changement n’est pas seulement la lutte contre la corruption. Le changement n’est pas seulement le développement pour lequel le président Yayi court si tant. Nous ne pouvons pas parler du changement, s’il y a à la base des aspects qui le détruisent. Je n’ai pas vécu le changement en tant que tel. Lorsque Yayi faisait deux ans, j’avais encore espoir. Aujourd’hui, le changement est à terre, parce qu’il y a comme pesanteur la politique. Il faut le reconnaître. Nous devons y remédier. Que le président Yayi prenne ses responsabilités et que les choses soient remises en ordre. Ce n’est pas normal que ce que nous avons critiqué hier continue d’être fait.

Le président Yayi va prendre ses responsabilités. En quoi faisant concrètement ?
Il est question de relancer le changement. Ce n’est pas encore tard bien qu’il lui reste deux ans. Il faut qu’il remette certaines choses en cause par le laisser-aller. Il doit revenir sur les valeurs intrinsèques du changement. Je ne peux pas dire qu’on est en train de lutter pour le changement, alors que le projet de loi contre l’enrichissement illicite déposé sur la table des députés depuis la quatrième législature n’est pas voté. Je m’attendais à ce qu’il soit voté. Il faut voter cette loi pour qu’on sache là où nous allons. Les gens vont s’enrichir sur le dos de l’Etat. Et si c’est les mêmes qui continuent, nous n’aurons jamais le développement.

Revenons à l’Assemblée nationale. Après le revirement spectaculaire de Rachidi Gbadamassi, ce sont les Soglo qui oscillent entre l’opposition et la mouvance. Que pensez-vous de tout cela ?
Les revirements à l’Assemblée ne m’étonnent guère. On ne peut pas demander à quelqu’un qui est intelligent de défendre les intérêts du peuple  en passant 10 ans ou 15 ans dans l’opposition. Qu’est-ce qu’il deviendra ?

Ne peut-on pas défendre le peuple dans l’opposition ?
Opposant, il n’y a en pas au Bénin. Je n’en ai jamais vu de crédible, que ce soit les chauffeurs à venir qui pensent qu’ils peuvent conduire plus que Boni Yayi. Quel opposant crédible vous pouvez me doigter ? Ceux qui ont des partis sans vision ? Ils n’ont rien à apprendre aux Béninois. Je crois que 2011 en dira beaucoup.

Parlant de 2011, pensez-vous qu’il aura alternance au sommet de l’Etat, surtout que la candidature de Bio Tchané se précise ?

Parlant d’alternance au pouvoir, je crois que nous avons une expérience. Allons-nous continuer de changer pour changer ? Un nouveau chauffeur chaque fois ? Je crois que non. Nous devons mûrir nos réflexions et savoir où nous allons. Changer de chauffeur ne veut pas dire que nous conduisons le Bénin à un développement radieux.
 
Et si le chauffeur actuel est mauvais ?
Changer actuellement de chauffeur, vous voyez ce que ça peut causer. Un chauffeur expérimenté vaut mieux qu’un autre qui ne l’est pas. Ça veut dire beaucoup de choses. Yayi fait ses preuves. Que feront ceux qui n’ont jamais dirigé ?

On ne vous situe pas. Le Mjed est-il de la mouvance ou de l’opposition ?
{mosgoogle}Nous avons été toujours centristes. Nous ne sommes ni de l’opposition, ni de la mouvance. Ce qui nous importe, c’est le bien-être du peuple : lutter pour la justice, l’étique et le développement de notre pays. Nous sommes encore très loin du développement, si nous devons laisser de coté la justice et l’étique, parce que ce sont les mêmes qui continuent de tirer la ficelle pour tromper le peuple. Relançons le débat du changement pour que nous puissions connaître un développement.

Quel appel lancez-vous à vos militants, à la classe politique et à tout le peuple béninois ?
L’appel que nous lançons à nos membres à divers niveaux, c’est d’être sereins et de continuer de travailler dans le sens de réussir ce changement, parce que sans le changement, le Bénin ne peut jamais connaître le développement. Faire croire que le changement se limite à la lutte contre la corruption est de l’utopie. Il y a des valeurs intrinsèques auxquelles il faut recourir.

Propos recueillis par Jules Yaovi Maoussi