La Nouvelle Tribune

Patrice Gangnito, à propos du débauchage de Gbadamassi

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P. Gangnito« C’est une erreur politique suicidaire pour Yayi »
Ancien député et questeur de l’Assemblée nationale, quatrième mandature, Patrice Gangnito, membre du Parti social démocrate (Psd), est l’invité de la semaine avec qui l’actualité a été passée au peigne fin.  Le nouveau groupe parlementaire Fcbe en gestation, la gestion du Dr  Boni Yayi, l’état actuel du Psd, les activités du groupe de réflexion politique du Mono qu’il préside et bien d’autres sujets ont constitué le menu de cette interview.
M. le questeur, quelle est votre analyse par rapport à la naissance du groupe parlementaire Fcbe des députés qui étaient jusque-là très attachés et qu’on a vu très impliqués dans l’avènement du changement et qui d’une manière tourne le dos  à leur champion? 

Dans la vie, rien n’est statique. Tout est dynamique et tout ce qui se passe au parlement témoigne de la vitalité  de notre démocratie. Si à un moment donné des gens décident d’être ensemble et après décident du contraire, que peut-on dire ? ils sont libres de ne plus être ensemble avec le grand groupe. C’est ce qui s’est passé. 

Ne pensez-vous pas plutôt que c’est le résultat d’une somme  de frustration pour des promesses non tenues par le président Boni Yayi envers ces députés là?

Je ne peux pas le dire parce qu’il y a une opposition dite non déclarée. Si ceux-là ne sont pas effectivement contents de la gestion du président Yayi Boni, ils n’ont qu’à rentrer dans une opposition non déclarée comme c’est la règle. Vous avez suivi leur déclaration, ils sont encore avec le président Boni Yayi et se réclament des Fcbe. Pourquoi leur prêter  des intentions? En politique on est libre de faire ce qu’on veut, attendons pour voir.

Il ne s’agit pas de prêter d’intention à qui que ce soit. L’acte en soi-même ne s’y prête-t-il pas ?
 Vous savez, je me rappelle de cette histoire de l’Ubf où  on devait avoir un grand groupe parlementaire. Mais on a été obligé de nous saucissonner car, il fallait que chaque parti qui constitue cet ensemble ait son de groupe parlementaire.                    

Mais ici maintenant ce n’est pas le cas?        
Mg: Je n’en sais rien, c’est à eux qu’il faut poser la question. Ils sont là, ils sont au parlement vous pouvez aller chez eux pour avoir plus de précision sur la question.                
Ne pensez-vous pas que les échéances électorales prochaines en sont également une cause ?
En homme politique averti, les échéances électorales constituent toujours une grande épreuve qui met chaque  état-major en ébullition. Chacun se bat pour mieux se positionner. Je n’espérais dons pas mieux que ce qui se passe de leurs côtés. Il est tout à fait normal que chacun se prépare. D’un autre côté, on dit que ce sont les partis qui animent la vie politique du pays, ainsi que les hommes politiques. C’est peut-être leur manière d’animer la vie politique.   

Justement parlant de parti politique, pensez-vous que les partis politiques au Bénin fonctionnent comme cela se doit?
Mais si ça ne fonctionnait pas on ne serait pas à l’étape où l’on est aujourd’hui. Ils fonctionnent bien. Même dans les vieilles  démocraties, que ce soit aux Etats-Unis comme en Grande Bretagne, il y a toujours de ces pratiques. Je me rappelle quand j’étais encore à l’Assemblée avoir reçu une délégation belge en lieu et place du président. Le chef de la délégation belge a plutôt salué notre avancée démocratique et certaines des libertés dont nous jouissons ici.                               

Et aujourd’hui que pensez-vous de cette gestion de la démocratie depuis trois ans?   

Mon point de vue sur cette question est que s’il n’y avait pas eu au lendemain  des indépendances des coups d’Etats, on n’allait pas connaître la révolution. S’il n’y avait la révolution, on n’allait pas connaître le renouveau démocratique. Notre démocratie se construit. Et on ne bâtie pas un pays en dix sept ou quarante ans. Et tous ces dysfonctionnements que nous notons,  permettent de renforcer la démocratie. Je dis encore qu’actuellement, c’est une nouvelle forme de transition que nous faisons. 

Que pensez-vous alors de la gestion proprement dite du Dr. Thomas Boni Yayi depuis trois ans ?
Nous savons tous ce qui se passe dans le pays. Les gens ne sont pas satisfaits de la manière dont les choses se passent. On aurait souhaité plus d’équité, de justice. Et surtout plus de travail et d’attention face aux problèmes de nos populations. Mais, hélas !

Des exemples précis
Le Capital humain par exemple doit être géré autrement. C’est très important. S’il pouvait revoir ce point-là, je pense qu’il aura fait un grand pas.  D’un autre côté, si les choses se passaient bien, ceux qui se désolidarisent de lui et l’abandonnent pour se regrouper avec d’autres ne le feraient pas. Il faut aussi faire remarquer que l’alliance qui est qualifiée d’opposition non déclarée était aux côtés du président dès le début. Mais le non respect des accords qui les liaient et la tendance à tout contrôler ont contribué à éloigner ce groupe. Regardez le front social qui bouillonne depuis quelques temps, allez dans les marchés écouter les cris de détresse des bonnes dames pour mévente. Il y a trop de choses qu’on pourrait citer.
Que pensez-vous de la révolution agricole que le président a enclenchée?
C’est une bonne chose. Il reste qu’il soit étendu à  tous les secteurs. Que l’on puisse avoir la révolution artisanale, la révolution industrielle etc. Je me dis que pour que l’Afrique en général et le Bénin en particulier se développe, il faut obligatoirement passer par l’industrialisation. Il faut que les richesses et les investissements soient bien distribués de manière équitable. Il ne faut pas que ça soit localisé dans une région seulement. Les pêcheurs du lac Ahémé veulent aussi avoir des barques motorisées, des filets. Ils veulent que le lac soit dragué. Il ne faut pas qu’on les ignore. De la même manière qu’on pense aux agriculteurs des autres contrées, il faut penser aux pêcheurs de Grand Popo, de Ganvié et de toutes les populations qui s’adonnent à la pêche.

Abordons alors la création du groupe de réflexion politique du Mono. Quels sont les objectifs que vous vise cette initiative qui émane de vous?
Pour moi et tous les autres, il s’agit de conscientiser nos frères et de leur faire voir que nous sommes en retard. Dans le Mono, nous sommes marginalisés et ses servent de nous comme des échelles pour parvenir à leurs fins. Même les esclaves juifs au temps de Pharaon, savaient qu’ils sont des esclaves et ont su trouver un guide en leur sein qui les a sortir d’Egypte. Mais, chez nous, c’est le contraire. Nous recevons une éducation qui nous amène à ne pas considérer les actes que les autres posent pour nous aliéner. Nous pensons que cela devrait s’arrêter et qu’on prenne conscience que nous nous arriérons. Beaucoup de ressortissants de ce département s’adonnent plus à des boulots de subsistance. Car, contrairement aux autres départements, le Mono a été privé des lycées et autres centres de formations de grande envergure. Faites le tour et vous verrez que le Mono ne dispose d’aucun lycée contrairement au Zou qui a le lycée Houffon, l’Ouémé a Béhanzin et Toffa sans oublier les lycées techniques, le Borgou, l’Atacora en ont tous. C’est donc pour sonner le réveil que nous avons pensé qu’il faut créer ce cadre pour mener un certain nombre d’actions sur le terrain.

Ne craignez-vous pas qu’on vous taxe de régionalisme ?
La conférence nationale dit dans ces grandes conclusions qu’il doit exister l’égalité régionale au sein de la Nation. Il n’y a pas plus patriote qu’un régionaliste. Si c’est pour cela qu’on nous traitera de régionaliste tant mieux. Car, nous ne devrons plus oublier que nous venons de quelque part. Nous devrons nous unir pour que le Mono sorte de cette situation qui lui faite depuis les indépendances.

Venons à présent à votre parti politique, le Psd. Comment se porte-t-il aujourd’hui ?
Notre parti se porte à merveille. Nous n’avons aucun problème, aucune contradiction interne et nous œuvrons pour asseoir notre hégémonie sur toute l’étendue du territoire national.

Comment préparez-vous les échéances des 2011 ? 
Nous y travaillons ardemment. Nous sommes dans une alliance, le G4 composé de la Rb, du Prd, du Madep et puis les Forces clé et le G 13. Nous poursuivons les réflexions. Nous nous retrouvons régulièrement pour analyser la situation politique du pays et peaufinons les stratégies pour 2011..

Pensez-vous que vous parviendrer à choisir un candidat unique pou 2011. ?
Je pense que oui. Depuis 1991, cette alliance, ce regroupement était voulu par nos leaders respectifs. Et cette fois je crois que nous avons emprunté le chemin du non retour.

Sur qui va porter le choix ?
Je ne sais pas encore. Ça peut être un candidat du Prd, de la Rb, du Madep ou du Psd. Comme cela peut parvenir de nos alliés des Forces clé et G13. Nous y travaillons.
Plusieurs noms circulent déjà, dont celui de Houngbédji, de Léhady, de Golou ou de Idji. Dites-nous qui d’entre ces quatre a la faveur des pronostics.
Rien n’est encore fait. Nous continuons par travailler à consolider notre groupe et  celui qui sera désigné sera le candidat de tout le monde. Il sera présenté à la presse en temps voulu.

On a vu un membre de votre alliance rejoindre le camp présidentiel dernièrement. Il s’agit de l’honorable Rachdi Gbadamassi. Comment appréciez-vous son ralliement ?
Pour moi, cela s’apparente encore à un conte de fée. Je pense que le président Boni Yayi ne va commettre cette erreur politique et prendre Gbadamassi avec lui. Gbadamassi est comme un chef de tribu, il aurait mieux valu que le président prenne des gens de son entourage que lui-même. Comme le dit souvent ma mère,  « ce n’est pas pendant la bagarre qu’on se réconcilie, mais bien après ».  C’est comme l’histoire de la princesse Ahluikponoua qui s’est mariée au roi de Ouidah pour pouvoir l’anéantir afin que son frère, roi d’Abomey puisse l’annexer facilement. Le président court donc directement à sa perte en acceptant Gbadamassi à ses côtés. C’est une erreur politique suicidaire pour le président Boni Yayi.  
  
Un mot sur la Lépi 
{mosgoogle}Le dossier est en étude. On verra comment ça va se passer. C’est l’homme qui fait et défait. Il faudrait d’abord que nous prenions conscience de notre situation. Que nous-mêmes nous soyons conscients de ce que nous voulons faire. Si non, on va faire de bons textes et passer à côté. La Lépi contribuera certainement à rendre plus crédible les élections. Mais, les hommes sont-ils prêts à renoncer aux protestations inutiles et sources de tensions ? On a vu avec les élections communales comment le gouvernement a géré les résultats surtout dans les endroits où sa liste n’a pas gagné. Donc essayons aussi la Lépi pour voir.

Que suggérer vous pour le Président Boni Yayi pour les deux ans à venir ?
Ce que j’ai à dire au président pour les deux ans à venir, il faut qu’il respecte ses engagements. Cela est extrêmement important.  Et surtout, qu’il n’oublie pas qu’il est le président de tous les Béninois. Il doit par contre oublier qu’il est le président d’un parti où seuls les gens provenant de ce parti doivent bénéficier des avantages. Je reviens encore sur les communales. On ne saurait vouloir avantager un seul camp. Il faut que le président laisse libre la compétition et qu’il accepte quand son camp perd. Le président Boni Yayi ne doit pas oublier que nous venons de loin et que la Conférence nationale nous a donné une chance de pouvoir construire ce pays dans la paix et l’unité. 

Réalisation : Benoît Mètonou