La Nouvelle Tribune

Le député du Prd Kifouli Kakpo à propos de la situation au parlement

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K. Kakpo « Le président de l’Assemblée nationale est aux ordres …… »
L’honorable Kifouli Kakpo du Parti du renouveau démocratique (Prd) est notre invité de la semaine. Douanier à la retraite, il a été positionné tête de liste de sa formation politique aux dernières élections législatives dans la vingtième circonscription électorale regroupant Dangbo, Adjohoun, Bonou, Avrankou et Akpro-Missérété. Elu député à l’Assemblée nationale, il lutte aux côtés de ses collègues des G4, G13 et Force-clé. Dans cette interview, il a abordé la crise qui secoue le Parlement béninois, depuis près de deux ans, en situant  les responsabilités.


Il a fait comprendre que la situation qui prévaut au Parlement n’est que la résultante de la violation quotidienne des textes érigée en système de direction par le président de l’Assemblée nationale, Mathurin Nago qui, selon ses propos, est aux ordres. Cette attitude, pour Kifouli Kakpo, fait  planer des menaces sur l’Etat de droit au Bénin. Pour lui, il faut rectifier le changement, pour que la démocratie aille mieux pour les uns et les autres. 


L’Assemblée nationale est secouée par une crise qui perdure. Cela se caractérise par le blocage de l’institution parlementaire. De jour en jour, la situation s’aggrave. Comment l’expliquez-vous ?
La crise est là. Est-ce qu’il y a de crise sans solution. ? Elle perdure, parce qu’à l’origine, c’est des problèmes politiques. Vous avez tout compris. Je disais que c’est une crise politique. En politique, il n’y a pas de cadeau. La crise est bien présente entre deux camps : les Fcbe et les G et F.

 Dites-nous réellement ce qui est à l’origine de cette crise ?
Vous avez suivi qu’il y a eu une série de questions qui n’ont pas trouvé de réponses.  Entre autres,  la gestion de l’Assemblée nationale par son président, la question de la transhumance politique qui fait que la majorité peut être dans un camp ou dans l’autre. Quand c’est cela en politique, on assiste à des frustrations. On dirait que le président de l’Assemblée est aux ordres. Quand la majorité est de leur côté, le vote des lois passe sans aucun problème. Mais quand elle se trouve du côté des G et F, c’est un blocage total. Et chaque fois qu’il y a blocage, on a tendance à l’attribuer à l’opposition. Ce qui n’est pas toujours vrai. J’en ai pour preuve que  les dernières désignations à la Haute Cour de justice et dans les Parlements régionaux. Vous avez assisté aux manœuvres qu’il y a eu dans les coulisses d’abord. Après ces tractations, on s’est retrouvé en plénière. Vous avez vu le comportement que le président Mathurin Nago a adopté ce jour-là pour expédier le dossier. Vous vous rappelez que dans un premier temps, nous avions désigné nos membres dans ces institutions. Les Fcbe ont refusé et se sont adressés à la Cour constitutionnelle qui nous a déboutés. Nous sommes aussi dans notre rôle. D’où vient ce concept de minorité et de majorité à l’Assemblée nationale? La majorité est à géométries variables. Quand la Cour ne nous a pas donné raison, il nous restait de tout faire  pour faire entendre raison et prendre le peuple à témoin. Au finish, vous avez vu de quelle manière, le président Nago a expédié ce dossier. Ce n’est pas bon pour la démocratie.

Cela veut-il dire que vous dénoncez une sorte d’instrumentalisation de l’Assemblée nationale ?
Oui, c’est de cela qu’il s’agit. Il y a une vraie instrumentalisation de l’Assemblée nationale. On veut nous prendre tous en otage. Or, les députés ne sont pas des enfants. Il est vrai que nous sommes deux camps. L’autre bord peut accepter d’être aux ordres. Nous sommes aussi dans notre rôle. On parle d’opposition non déclarée. Mais, l’opposition est un comportement. C’est ce que je comprends. Nous avons un comportement qu’ils peuvent interpréter comme ils veulent.

 {mosgoogle}A l’allure où vont les choses, est-ce que la cinquième législature ne risque-t-elle pas d’être la plus mauvaise de l’histoire du renouveau démocratique ?

A entendre les uns et les autres, c’est ce qui saute à l’œil. Mais en démocratie, je crois que c’est normal. Nous sommes un exemple dans la sous-région. Il faut la sauvegarder. Il ne faut pas que la démocratie s’instrumentalise et qu’on en  fait ce que l’on veut. Notre législature ne sera pas la plus mauvaise. Au contraire, ce à quoi nous assistons est l’expression de la vivacité même de notre démocratie. C’est normal. Cela se passe partout. En France, la dernière fois, les députés ont vidé la salle. On n’en a pas fait un drame. En République démocratique du Congo, ça s’est passé aussi. En quoi, cela nous gêne ? Cela dérange ceux qui ne veulent pas voir qu’il y ait deux classes politiques. Qu’on le veuille ou pas, il faut qu’il y ait des gens qui soient en éveil et éveillent la conscience des autres pour obliger ceux qui sont au pouvoir à mieux faire. C’est la démocratie. On ne peut pas aller faire autre chose.

Le problème est qu’on assiste à des sessions blanches, c’est-à-dire aucun point inscrit à l’ordre du jour n’est étudié. La dernière session extraordinaire de l’Assemblée nationale en est une preuve palpable. N’y a-t-il pas un problème de fond ?
Vous avez raison. C’est ce que nous déplorons dans notre intergroupe G et F. C’est le fait de l’autre camp. Vous avez compris qu’à veille de la dernière session extraordinaire, les Fcbe avaient acquis la majorité. Ils étaient dans la joie. Tout passait. Il a fallu qu’un député les quitte, pour qu’ils perdent la majorité. Alors, ils ont peur d’affronter la réalité du vote. Le blocage de cette dernière session extraordinaire est le fait des députés-Fcbe.

Les G et F ont la majorité aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Ce groupe rencontre certaines difficultés dues à la transhumance de certains de ses membres.  Pensez-vous que l’intre-groupe G et F a une longévité ?
On se met ensemble pour être plus fort. Nous nous sommes retrouvés pour l’avenir. Ceux qui sont les initiateurs de cet ensemble sont de grosses cylindrées. Nous ne sommes pas en train de faire un jeu. On parle des divergences au sein des G et F. C’est le contraire. C’est un groupe fort et soudé. Le temps nous donnera raison.


Face aux G et F, le pouvoir en place ne tarit pas d’imaginations pour apporter la riposte. Tous les week end presque, il y a des marches et meetings de soutiens au chef de l’Etat au cours des quels l’opposition est traitée de tous les noms. Cela ne vous inquiète-t-il pas ?
C’est un drame qui ne date pas d’aujourd’hui. On déplore le fait qu’au sommet de l’Etat, on ne mette pas de l’eau dans son vin. Vous avez un mandat de cinq ans. Travaillez et attendez le verdict des urnes. Disons que depuis avril 2006, les gens sont obsédés par le pouvoir. Ils veulent rempiler coûte que coûte. C’est ça les résultats que nous avons aujourd’hui sur le terrain. Des marches de soutien tous azimuts s’organisent, des mouvements et groupes se forment. Mais, cela ne nous fait peur, parce qu’on en a vu au temps de l’Ubf (Union pour le Bénin du futur). Le résultat des urnes est là pour faire triompher la vérité. La situation peut dégénérer un jour. C’est ce qu’on ne souhaite pas. Ça n’arrive pas qu’autres.  Nous ne souhaitons pas qu’une goutte de sang tombe dans ce pays.
Parlons maintenant de votre formation politique.  Dans l’inter-groupe G et F, se trouve le Parti du renouveau démocratique (Prd) dont vous êtes membre. Certains soutiennent qu’il est aujourd’hui  en baisse de forme dans son fief et particulièrement à Adjohoun.

Qu’en dites-vous ?
Tout le monde sait que le Prd se porte très bien, malgré les assauts répétés du pouvoir. Vous verrez que dans quelques temps, les choses iraient de mieux en mieux. Aujourd’hui, il y a le pouvoir de l’argent. Partout où vous passez dans la vallée, on parle de micro-finances ; 30000f et 60000f là-bas. Des gens en ont fait leur chou gras. Il y a des quartiers qui ne respirent que Fcbe, parce qu’on y déverse des billets de banque. Nous sommes natifs d’Adjohoun. On verra.

Malgré toutes les critiques, le président Boni Yayi dirige à sa manière le pays depuis trois ans. Quel est votre regard sur la gestion des affaires publiques par le régime du changement depuis avril 2006 ?
Chacun fait ses analyses. Nous avons vu et entendu un peu de tout. Sur le plan des réalisations, on peut dire que ça va, encore que des passages à niveau construits à Cotonou étaient déjà programmés par le régime défunt. C’est la lenteur administrative que nous connaissons dans notre pays qui fait que c’est ce régime qui a eu la chance de les réaliser concrètement sur le terrain. Les dossiers sont là. Les plus anciens le disent. Comme l’administration est une continuité, c’est normal qu’on construise des passages à niveau et des voies aujourd’hui. Ils sont élus pour le faire. Politiquement, c’est rien. Je dirai que c’est moins que zéro. On a assisté aux sauts d’humeur du prince. On a vu des lois votées non appliquées. Depuis les dernières élections communales, on s’est refusé d’installer les conseils communaux jusqu’à ce jour. Dans quel pays avez-vous vu cela ? Quand la loi arrange le pouvoir, il l’impose. Mais, on ne peut pas continuer ainsi. Nous ne sommes pas dans une République banannière où l’on se lève pour faire ce qu’on veut. C’est pour cela que nous disons que le changement doit changer autrement.

Le changement doit changer. Comment cela se fera ?
Le changement n’est pas un concept de ce régime. Au Prd, on parlait de changement depuis. Le président Boni Yayi n’est politiquement pas plus ancien que Me Adrien Houngbédji. Dans ses différentes campagnes, le Prd avait toujours prôné le changement. Cela veut dire que ce n’est pas le changement auquel nous aspirons au Prd. C’est pour cela que nous disons que le changement doit changer autrement.

Quel est alors le changement du Prd ?
Tout le monde le sait. Le Prd se bat depuis des lustres pour la bonne gouvernance, la justice, l’égalité des sexes, le respect de l’Etat de droit. En un mot, le développement sous  toutes ses formes est au cœur de notre politique. Le combat que nous menons dans l’inter-groupe G et F s’inscrit résolument dans cette logique politique.

{mosgoogle}Vous disiez tantôt qu’il n’y a pas de crise sans solution. Quel appel vous lancez à tous les acteurs politiques pour pouvoir ramener la balle à terre ?
Je demande aux hommes politiques d’être dignes de notre pays. Il ne faut pas qu’on soit aux ordres d’un prince. Nous devons faire en sorte que la démocratie soit le socle même de notre développement, parce que si  nous devons reculer et changer de voie, c’est fini pour ce pays. On a connu des expériences ici où vous ne pouvez même pas lever le petit doigt. Aujourd’hui, chacun peut dire ce qu’il pense, même si cette liberté d’expression n’est pas encore totale. Mais, c’est mieux que par le passé. Je veux parler des années de révolution. En faisant un retour sur les dernières années du président  Mathieu Kérékou, je dirai que cette période était meilleure politiquement. On  respectait au moins la loi. Je dirais aux hommes politiques d’avoir la tête froide pour mener à bon port cette démocratie. Il n’y a pas mieux que ce concept pour développer un pays. Nous devons comprendre que tout ce que nous faisons à l’Assemblée nous éveille. Ce n’est pas une guerre entre députés. C’est Plutôt l’éveil constant. Il nous évite d’aller à la dérive. 
           
Propos recueillis par Jules Yaovi Maoussi