La Nouvelle Tribune

Laurent Mètognon, Syndicaliste et membre du PCB à propos de la gestion au sommet de l’Etat

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L. Mètognon« Notre pays est géré par improvisation et selon l’humeur du chef »
L’invité de cette semaine s’appelle Laurent Mètognon. Il est le secrétaire général du syndicat des travailleurs de l’administration centrale des finances et aussi secrétaire général de la Fédération des syndicats du ministère des finances. En sa qualité de syndicaliste ayant fait ses armes au parti communiste du Bénin, c’est avec un langage « rouge » qu’il a passé au peigne fin la gestion du président Yayi.


Trois ans que le président Boni Yayi est à la tête de l’Etat béninois. Quel  regard portez-vous sur sa gestion surtout au plan social ?
 Pour ce qui concerne le bilan des luttes syndicales, il faut d’abord remonter aux luttes qui nous ont conduit à être contre le pou voir de Kérékou III. Nous avons dénoncé au niveau de notre syndicat, au niveau de la fédération, la mal gouvernance, la corruption érigée en système de gestion, l’insécurité, tous  les problèmes qu’il y avait dans tous les domaines que sont la santé, l’éducation, les finances publiques, l’emploi, la gestion des hommes au niveau de notre administration. Ces problèmes nous avait conduit à plusieurs marches contre l’autorité de ce pays. Nous étions à la pointe des grands changements parce quez c’est le jour où la fédération des syndicats du Ministère des finances a fait sa conférence pour dire qu’il y avait de l’argent pour faire les élections que le sursaut a été beaucoup plus vif.  Ça a permis à toutes les organisations qui avaient des points de vue de ce que les élections ne pouvaient avoir lieu de s’accorder pour dire que le prétexte avancé par le gouvernement de Kérékou pour ne pas  organiser les élections présidentielles était alors une mauvaise information. Mais déjà, moins d’un an à la tête du pays par le gouvernement de Yayi, nous avions sorti un document en son temps. Nous avions dit quand le ministre Koupaki qui était au niveau du Ministère du développement, de l’économie et des finances (Mdef)  avant d’être Ministre d’Etat, que ces messieurs, que ce soit la banque développement où la Bceao étaient des cadres  réfractaires aux critiques, à la limite des cadres qui méprisent tous les autres et qui pensent qu’ils sont au-dessus des autres parce qu’ils pensent que c’est eux seuls qui connaissent. Et là je l’ai dans le message du 8 janvier 2007, au moment où ont recevait le ministre Koupaki pour la présentation des vœux, nous avions démontré  que lui et son gouvernement étaient incapables de tenir des  promesses auxquelles s’attendaient les travailleurs lorsqu’ils disaient qu’ils ne voulaient plus du régime de Kérékou. Et cela se concrétise aujourd’hui comme vous le constatez et peut-être que vous ne pouvez pas avoir le même point de vue que nous, notre pays est géré par improvisation. Et je dirai même que la gestion quotidienne se fait par l’humeur du chef. Pour le chef ce qui préoccupe aujourd’hui, c’est 2011. Du coup, aucun ministère aujourd’hui dans notre pays ne peut dire qu’il est géré par son ministre.
{mosgoogle} Tout d’abord l’on ne retrouve pas des cabinets à bonne place. Le chef de l’Etat se préoccupe de la nomination de certains chefs services et, pour ne pas exagéré, même du planton parce que tout le monde doit être acquis au point de vue du premier chef de ce pays. Et tout ceux qui émettent des idées contraires sont des anti-changements comme en 1972,1973, 1974  où on nous parlait des antirévolutionnaires, des anarcho-gauchistes et nous y sommes retenus aujourd’hui jusqu’à ce stade. Le président de la République veut contrôler toutes les institutions de la République, toutes les communes, les arrondissements même les quartiers comme au temps de la révolution et je dirais qu’il veut contrôler même les foyers. Puisque tout ce qui se dit aujourd’hui,  même dans les foyers, si c’est contraire au point de vue du chef de l’Etat et qu’il se trouve des cauris brillants ou des FCBE ;  c’est un peu comme jadis où même les Corj (Comité révolutionnaire des jeunes) et les Cof (Comité des femmes révolutionnaires) peuvent transmettre ce vous avez émis contre le gouvernement. C’est la situation que nous vivons aujourd’hui qui n’a l’air de rien et qui ressemble du moins étrangement à ce que nous avons vécu pendant la révolution populaire du Bénin où l’on a peur de s’exprimer librement à côté de son épouse ou de son enfant parce que l’on ne sait pas  qui est qui. Je pense que c’est très dangereux pour la gestion d’un pays. Je ne vous apprends rien de nouveau qu’après les élections communales, il y a encore des maires, des chefs quartiers qui ne sont pas encore installés parce que ça ne plaît pas encore au suzerain. Le suzerain n’est pas encore prêt parce que c’est quand  le vent souffle de son côté qu’il peut dire qu’il faut le faire. Mais dès lors que le vent ne souffle pas de son côté ça ne peut pas se faire,  parce que tous ceux qui n’ont pas le même point de vue que lui pour 2011 doivent être liquidés,  même à travers  certaines  méthodologies comme on le faisait au temps jadis où l’on disait, qu’il faut liquider le politique à travers les hommes et même les idéologies qui les portent.

Parlons à présent de la politique de l’emploi. Ne pensez-vous pas que le gouvernement a fait des efforts dans ce domaine ?
Je ne vois pas la politique de l’emploi du gouvernement de Yayi aujourd’hui et moi j’ai peur. J’ai peur parce que c’est la fonction publique comme hier qui absorbe  tous les diplômés sans emplois et bientôt l’on doit reverser plus de vingts cinq mille fonctionnaires, qu’ils soient agents permanents de l’Etat ou agents contractuels et qui doivent émarger au budget national.

Mais des fonds tels que le FNPEJ et autres sont créés pour promouvoir l’auto-emploi !
Mais ces fonds créés, dès lors que ce n’est pas encore la création des industries, des sociétés qui doivent absorber tout ce monde et que c’est le budget national qui doit  encore supporter tout ça, mais nous allons revenir à la situation de départ où il fallait dégraisser la fonction publique en mettant les  gens à la retraite forcée. Puisque la masse salariale, que l’on veuille ou pas, doit augmenter. Il est vrai aujourd’hui que cahin -cahan, la douane port peut rentrer jusqu’à nouvel ordre plus d’un milliard par jour. Mais pendant combien de temps peut-on encore supporter cette masse salariale, avec la kyrielle de primes que Yayi distribue à tour de bras. Et là, je soutiens les travailleurs qui réclament ces primes parce que c’est lui-même dans son clientélisme, dans la recherche permanente de son populisme pour 2011 qui fait ça. Mais lorsqu’il est braqué sur 2011, il ne gère pas et il ne peut pas gérer parce que ce n’est que 2011 qu’il voit.

Les grands travaux qu’il a entrepris lui donne quand même le droit d’espérer se faire réélire sans trop de campagne.
Mais les grands travaux, pour ce que je vois et ce que je constate  pour avoir fait les marchés publics, sont des marchés passés de gré à gré. Et qui dit gré à gré, dit absence de transparence et dit nécessairement la corruption. Or on nous a dit qu’il fallait lutter contre la corruption.

C’est son dossier favori ?
Oui, l’intention dans la pratique judicieuse, s’il doit être honnête  avec le peuple, puisque c’est lui-même qui distribue les sous de porte à porte pour 2011, c’est lui-même qui achète où fait pression sur des députés, il doit dire que cette lutte a échoué.  Et je ne prends pour exemple que le dernier cas en date, parce que qu’est-ce que c’est pour un pays lorsqu’un député change d’avis où d’opinion qu’on le poursuive jusque dans son dernier retranchement? Mais il y a à se demander pourquoi cet acharnement, pourquoi ne pas accepter que les gens aient des opinions contraires aux vôtres? Mais du coup,  lorsque les gens ne peuvent plus avoir des idées des opinions contraires aux vôtres, c’est de la dictature que vous êtes en train de cultiver et nous, nous avons lutté contre la dictature de Kérékou et autres dans ce pays et je ne pense que lui, même si Eyadéma doit être son mentor, je ne pense pas qu’il puisse instaurer en tout cas, la politique de celui-là au Bénin puisque nous l’avons à l’œil. Les tueurs à gage ou ceux qui pourchassent et qui doivent suivre les gens, dès que le peuple béninois le sait, je pense qu’il est  aguerrit et qu’il saura trouver les mots poignants en son temps pour pouvoir vaincre cette situation. Je pense que la chasse à l’homme, c’est encore qui revient,  où on poursuit l’homme jusque dans son dernier retranchement. Ce n’est pas seulement les hommes politiques mais aussi les syndicalistes. Il suffit que vous ayez des points de vue contraires à ceux du  gouvernement,  on tente d’abord de vous acheter par l’argent  et quand vous résistez alors on engage des gens pour vous suivre dans toutes vos manœuvres. Voilà ce qui se passe dans le pays  aujourd’hui. Absence de démocratie dans la mesure où nous ne sommes  plus libre de penser, de dire ce que nous faisons. On dira que non parce qu’il laisse les marches se faire, les grèves s’organiser. C’est qu’aujourd’hui, il ne peut pas éteindre tous les feux partout où il les a allumés parce que c’est lui-même qui les a allumés.

Vous voulez parler de quel feu, les revendications suite à ses promesse ?
En effet. Aujourd’hui, elles sont d’ordres économique et financier. Mais, si ça continue ainsi, elles vont se cristalliser et se transformer en revendications politiques. Parce que lorsque les libertés vont commencer par être   davantage menacées, je compte sur les travailleurs de ce pays pour lui dire non. Ceux qui pensent que les portes de 2011 sont déjà ouvertes et ne s’occupent plus des affaires courantes, vont déchanter. Aller dans les ministères et vous constaterez que le pays tourne au ralenti. Dans la nomination des chefs services, je ne parle pas de direction, le chef de l’Etat doit intervenir parce qu’on lui aurait dit que tel ou tel a fait campagne avec nous, si c’est cela les critères de performances dans l’administration, je crois qu’il va enterrer davantage l’administration béninoise.

Revenons à la situation sociale. Vous avez accordé au président Boni Yayi une trêve à son arrivée au pouvoir. Que s’est-il passé après ?
Je crois qu’il n’y avait pas eu de trêve. Cela s’explique par le fait que toutes les couches sociales ont œuvré à l’avènement du changement. C’est donc logiquement que tout le monde attendait d’obtenir des réponses par rapports à des revendications qui dataient du temps de Kérékou.  La preuve, cinq mois après, son plan a été découvert et était basé sur des promesses pour mieux endormir les masses laborieuses. Il a beaucoup parlé de grands travaux qui ne sont en fait que le programme d’actions des autres. Allez lire le PAG2 du président Mathieu Kérékou, c’est la continuité au niveau de ce programme. Il est impossible à un président en deux ans de mobiliser le financement de grands projets et que cela  démarre en même temps. Il y a plein de projets dont le financement était bouclé sous Kérékou et qu’il est en train de réaliser. Qu’on ne nous bluffe pas.

Mais les secrétaires généraux ont dit  être contents des discussions qu’ils ont eue il y a quelques jours avec le chef de l’Etat. Pourquoi ça bouillonne encore et qu’ils sont revenus sur leurs propos ?
Je ne crois pas que les responsables syndicaux ont tenu un autre langage. Ce sont les journalistes, pas tous, et je rends hommage à ceux comme vous qui sont restés dignes, non alimentaires. C’est donc la presse à la solde du gouvernement  qui a dit que les SG étaient satisfaits. Ce que je sais, c’est que quand vous êtes reçu par un président qui a changé de langage contrairement à ce qu’il avait naguère, comme déclarer la guerre, c’est ce que les responsables ont apprécié. Mais dans le fond, les SG savaient qu’ils n’ont rien obtenu. La preuve, ils sont revenus quelques jours plus tard dire publiquement leur position. Par exemple, les 5%, on devrait les avoir à partir du 1er juillet 2008. Or, son application, commence à partir du 1er janvier 2009. La gestion des hommes dans nos ministères, c’est pire que tous les gouvernements que nous avons connus. Du temps de la révolution, le militantisme et la compétence rimaient avec les nominations. Aujourd’hui, il suffit de dire qu’on est Fcbe, qu’on peut mobiliser dix personnes dans un quartier et vous êtes promus. Donc, Yayi régionaliste, Yayi corrompu ou corrupteur, les faits sont là et lui-même ne peut pas nous dire le contraire.

Vous faites-là des affirmations graves M. Mètognon
D’accord. Prenez trois ministères au hasard. Commencez par les directeurs de cabinet et laissez peut-être les personnes attachées aux ministres, encore qu’ils ne sont pas libres de former leurs cabinets, jusqu’aux chefs services, avant d’être nommés, s’ils ne sont pas des Fcbe, ils doivent être de la même région, ou encore un ami ou ancien camarade du président Yayi, ou carrément d’une église évangélique. Ce n’est que dans ces sphères que des gens sont promus aujourd’hui. Et lorsque la religion se mêle à la politique, je crois que c’est la catastrophe. La crainte que j’ai est qu’on ne retombe pas dans les  mêmes situations que dans les années 83, 84, 85 où les travailleurs s’alignent devant la BCB pour aller chercher leurs salaires et qu’on dise à d’autres que l’argent est fini. Parce que tel que l’argent se distribue et se thésaurise pour constituer un trésor de guerre pour 2011, ça inquiète. Les journalistes devraient en parler davantage surtout avec la campagne qui est engagée depuis 2006.

Que feraient alors les partis politiques si les journalistes devraient s’accaparer de leur combat ?
Est-ce qu’il y a d’abord la démocratie dans les partis politiques ? Cependant, il y a un parti dont on ne parle pas mais qui fait beaucoup et dont personne ne fait l’écho.

De quel parti s’agit-il ?
Le Parti communiste du Bénin.

Dites-nous d’ailleurs comment se porte ce parti et pourquoi ne l’entend-on pas ?
Le Pcb se porte très bien. Il porte également son analyse et sa vision des choses au peuple. On ne l’entend pas parce que les gens ne veulent pas relayer ce qu’il fait pour ne pas être davantage dans le collimateur du gouvernement en place. Puisque qui dit une vérité aujourd’hui, est dans le collimateur de Yayi. Le Pcb avait déjà dit en Mai 2006, que ces messieurs n’étaient pas venus pour le bonheur de notre peuple. Parce qu’ils sont réfractaires à la critique.
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Comment envisagez-vous 2011 ?
S’il continue par être aux trousses de tous les hommes politiques, des simples citoyens pour ce qu’ils pensent, il n’a qu’à alors beaucoup prier pour être d’abord candidat avant de se faire élire.

Un mot sur un sujet de votre choix
Merci, ce sera le pétrole. Le gouvernement doit pouvoir mettre à la disposition du peuple béninois les contrats qui le lient aux sociétés qui exploitent ce pétrole. Parce que tout ce qui est richesses du sous-sol appartient au peuple béninois. Si le gouvernement ne cache rien, qu’il mette sur la place publique les différentes clauses qui sont mentionnées dans ces contrats. Qu’on ne fasse pas comme au temps de Kérékou I où le pétrole de Sèmè a été extrait sans qu’on ne sache réellement ce à quoi cela a servi. Ce n’est pas pour des individus, c’est pour tout un peuple et qu’on fasse toute la lumière autour. Il faudrait qu’on sache combien les sociétés paient, combien le peuple gagne.

Réalisation : Benoît Mètonou