La Nouvelle Tribune

Bernard Hounouvi, ancien footballeur international et Prsd du Moref à propos de la gestion du foot

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Bernard Hounouvi« L’heure de la vérité a sonné »
Le football béninois est aujourd’hui à la croisée des chemins. De plus en plus de voix se lèvent pour appeler à une révolution dans la gestion du sport roi au Bénin. C’est dans cette optique que Bernard Hounouvi, ancien international béninois et président du Mouvement pour le renouveau du football (Moref) et certaines anciennes gloires du football béninois ont donné une conférence de presse pour dénoncer la gestion approximative qui est faite par les responsables actuels.  Pour en savoir davantage, votre journal s’est rapproché de l’intéressé qui n’a pas fait la langue de bois face à nos questions.


Pour rappel, Bernard Hounouvi est aujourd’hui administrateur économiste et est inspecteur des services et emplois au ministère du travail et de la fonction publique.

Vous aviez dénoncé à travers une conférence de presse la semaine écoulée, certains maux qui caractérisent la gestion du sport roi au Bénin. Pourquoi avoir attendu si longtemps quand on sait que ce que vous dénoncez est une vérité de la palisse ?
 Je vous remercie. Je pense que c’est l’heure de la vérité qui a sonné. Nous nous sommes dit qu’il fallait laisser le temps  à l’équipe dirigeante de se corriger à travers les différents reproches et les critiques que chacun leur faisait. Mais apparemment, ce fut une peine perdue. Systématiquement, on vous prenait en aversion. Aujourd’hui, le compte à rebours a commencé. Bientôt la fin du mandat du Comité Exécutif de la FBF. Déjà, entre eux-mêmes, les membres se battent pour rempiler. Nous taire davantage, serait une caution plus que tacite à la mauvaise gestion qui est faite de notre football. Ces huit dernières années, l’Etat  a fait montre d’une volonté politique sincère en investissant beaucoup d’argent dans le domaine. Il ne faut donc pas que ces efforts et surtout la volonté des jeunes de porter haut l’étendard du football béninois soient toujours annihilés par quelques individus guidés par leurs propres intérêts.

Ces acteurs dont vous parlez, brandissent fièrement les résultats comme la qualification du Bénin pour les phases finales de la Can Tunisie 2004, de la Coupe du Monde Junior Pays-Bas 2005 et de la Can Ghana 2008 comme la preuve que le football béninois est en de bonnes mains.

Ne vous y trompez pas. Ce n’est que l’arbre qui cache la forêt. Le football béninois est malade et bien malade de ses dirigeants qui ne font rien pour le promouvoir sinon que pour assouvir leurs besoins, intérêts égoïstes et personnels. Il est très mal géré, sans aucune orthodoxie financière, sans aucune transparence et sans boussole. C’est une navigation à vue. Une gestion en vase clos entourée de copinage et de clientélisme. A titre d’exemple, les organes de contre pouvoir prévus par les statuts tels que la Commission de discipline, la Commission d’appel et le Commissariat aux comptes n’ont jamais été installés. Pourquoi ne les ont-ils pas installés si ce n’est pour être à la fois juge et partie afin de tout contrôler et de favoriser leurs amis. Aujourd’hui, le Secrétaire Général de la fédération béninoise de football est à la fois Président de la Commission Centrale des arbitres (Cca), Président de la Commission Centrale des Commissaires aux matchs et Président de la Commission Centrale des Règlements, Pénalités et Sanctions (CCRPS). Un cumul de fonctions qui ne permet pas du tout d’avoir des résultats concrets mais surtout sert à terroriser les clubs et les joueurs avec la caution de certains autres membres du Comité Exécutif.
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Avez-vous des cas précis ?
Vous savez, l’arbitrage fait partie également des plaies dont souffre le football béninois. Pour y parer un temps soit peu, par décision n°292/2005/FBF/CE/PT en date du 14 décembre 2005 portant création de la commission des inspecteurs des arbitres, il a été créé une commission des inspecteurs des arbitres composée essentiellement des arbitres pour superviser les matchs et rendre le sifflet béninois performant et crédible. Or, très tôt cette commission a été étouffée par le Secrétaire général suite à un match de l’UNB. Un des membres de la commission a été convoqué et écouté par le Comité exécutif. On lui reprochait sa présence dans les tribunes ce jour-là. Car, cela n’a pas permis à l’arbitre du match de sifflet un penalty en faveur de l’Unb. Or, tout le monde connaît les responsables de la fédération qui chapeautent cette équipe de l’Unb.

Que reprochez-vous d’autres à la Fbf ?
Il y a également certaines décisions surtout en ce qui concerne la Ccprs qui laissent à désirer. Parfois, on prend des sanctions selon la tête du client. Les homologations  tardives et fantaisistes des matchs ont été une source permanente de  contestations. Et comme ils sont les seuls maîtres à bord, ceux-là qui ont en charge le football ne daignent donner de suite à ces dossiers. L’autre mal qui gangrène aujourd’hui notre football est la délivrance à tout vent des licences à des joueurs non qualifiés et à des équipes non affiliées à la Fédération Béninoise de Football en violation des textes qui la régissent.

En dehors de tout cela, quel bilan trouvez-vous à l’actif de la Fbf ?
Vous savez, sûrement qu’ils trouveront des choses à mettre à leur propre actif, mais quant à ceux qui aiment réellement le football, on ne peut que constater le gâchis qui a été fait pendant toutes ces années. Alors que tout le monde s’accorde à dire qu’il faut retourner le foot et le sport en général à la base, du côté de la Fbf, on ne note aucune politique de formation des jeunes, de détection de nouveaux talents à part les randonnées du sélectionneur national. On ne se gêne surtout pas pour instaurer les championnats des catégories cadet, junior et même féminin.  Celui des séniors n’est pas moins chaotique. Il est organisé dans un  anachronisme et dans des conditions minables. Il n’y a pas de périodes de l’année exclusivement consacrée à telle ou telle compétition.  Or,  dans les grandes nations de football, la saison  sportive se divise généralement en quatre (04) périodes dont celle dite de transition, celle dite préparatoire  qui dure au moins 6 à 8 semaines, celle de la compétition proprement dite et enfin la trêve qui permet aux joueurs de se reposer. Mais chez nous, on lance les saisons au gré des humeurs. On choisit des formules de championnats sans études préalables pour voir ce qui serait moins coûteux et mieux adaptées aux réalités béninoises. Pire, les fins de championnats depuis quelques années prêtent toujours à polémique. Souvent, après moult tripatouillages, la Fbf désigne le club de son choix comme champion de la saison alors que tous les férus du football attendent que ce soit l’équipe qu’ils ont tous vu tenir la dragée haute aux autres pendant la saison qui soit proclamée comme telle.

Vous demandiez d’ailleurs que la saison 2007-2008 soit invalidée. Pour quelles raisons ?
Oui, en effet. La saison écoulée a été émaillée par beaucoup d’irrégularités  en raison de son caractère dit de transition. Car, il fallait qu’un certain nombre de clubs rejoignent la division inférieure pour que l’on obtienne les 14 clubs qui doivent compétire  pour la nouvelle formule. Comme un grand nombre des membres de la Fbf sont dirigeants de clubs, il n’était pas question pour eux de voir leur club descendre. Ainsi la machine a été mise en branle. D’abord, contre les prescriptions des textes de la Fbf, des clubs qui n’ont pas d’existence légale ont participé aux championnats, des étrangers détenteurs de licence et par surcroît naturalisés sans aucun bordereau de naturalisation n’a été produit. A tout cela, il faut ajouter que les homologations des matchs d’après les textes doivent se faire dans les 72 heures qui suivent le dépôt des feuilles de match par les commissaires aux matchs. Mais, force est de constater que ceci se fait bien des mois plus tard après la fin de la compétition. En violation de l’article 69 du règlement intérieur de la Fbf, les différentes structures doivent tenir leurs assises dans les locaux de la fédération. Ce qui n’est pas le cas avec les responsables que nous avons. La Commission des règlements et pénalités par exemple tient parfois ses assises dans des buvettes, hôtels ou restaurants. Pensez-vous que dans ces conditions, on peut réellement avoir la tête sur les épaules, l’air lucide pour faire un travail sérieux ?

 Bernard Hounouvi, vous demandiez également des comptes à propos du siège de la Fbf sis à Kouhounou ainsi que celui construit à Porto-Novo ainsi que des 100.000.000 de Dollars de subvention.
Vous savez, le siège de la fédération de Kouhounou a coûté la bagatelle somme de 183.000.000 de francs Cfa y compris son équipement. Il a été délaissé au profit d’un autre construit sur financement de la Fifa. Aujourd’hui, l’immeuble est là et ne sert à rien. On voudrait bien savoir, le sort réservé à cet immeuble qui est abandonné aux chauves-souris. En ce qui concerne les subventions qu’elles soient de l’Etat, de la Fifa ou des sponsors, cela se gère dans une opacité totale avec la complicité du ministère en charge des sports. Qu’on puisse nous justifier l’utilisation faite de ces fonds lors des différentes campagnes africaines de nos équipes nationales (juniors et séniors).  Il y a beaucoup de point d’ombre à clarifier par ceux qui dirigent le football depuis huit ans maintenant.

Certains vous reprochent de n’avoir pas fait votre bilan alors que vous faisiez partie du comité ayant présidé au championnat des junior en 2005.
D’abord, ceux qui en parlent ne savent pas de quoi ils parlent. J’ai été secrétaire général au sein du Cocan. Ce n’était à moi de présenter le bilan mais de le rédiger. En son temps, j’ai demandé à ceux qui étaient responsables de commissions de me faire parvenir le point de tout ce qui a été acheté, (ordinateurs, télévisions etc.) avec les pièces justificatives afin que je puisse intégrer tout cela dans le rapport. Amis ce fut sans succès. J’ai rendu compte au ministre et les preuves existent. Ce n’est pas moi qui est géré les fonds. Qu’on aille plutôt poser la question à ceux qui ont géré les commissions logistiques et matériels, et toutes les autres qui avaient à leur tête des responsables de fédérations. Donc, je me sens à l’aise et je suis prêt à affronter qui que ce soit sur la question. Je pense qu’au lieu qu’on aille chercher la petite bête là où il n’y en a pas, occupons-nous des vrais problèmes du football que nous avons dénoncés lors de notre conférence. Tous les Béninois savent que ces problèmes existent et il est temps qu’on en discute et que ça change réellement.

Votre passage à l’Ogesa (Office de gestion du stade de l’amitié) est également agité.
A ce niveau, je voudrais rappeler que c’est moi-même qui ai demandé une commission d’enquête alors que le ministre Alahassa me limogeait de mon poste. Je lui ai dit que si c’est après mon départ qu’une commission venait à faire à son travail que je ne répondrais plus de rien. Je lui ai écrit pour le lui notifier. Pendant qu’il a été envoyé au ministère de l’éducation, je le lui avais également demandé. Finalement, c’est par l’intermédiaire de Mme Célestine Zanou que j’ai pu faire parvenir une fiche au général Mathieu Kérékou qui a commis son conseil technique au sport qui a mené les investigations. Rien de tout ce qui m’était reproché par le ministre Alahassa n’était vérifié. Le dossier a alors été transmis pour que les motifs cités dans le décret qui me limogeait soit corrigé parce qu’on avait constaté que c’était juste pour installer un proche que le coup avait été monté. Mieux, le ministre Alahassa avait fait une communication en Conseil des ministres où il précisait que c’est mon appartenance à la Renaissance du Bénin (Rb) un parti rival qui était à l’origine de son acte. Or, je ne suis pas politicien. Mais là encore les choses ont traîné. Des amis m’ont conseillé de saisir la chambre administrative de la Cour Suprême mais je me suis dit cela ne valait plus la peine. Là encore je ne me vois pas dans ce qui peut être dit sur ce dossier. Quiconque veut, je suis prêt à mener le débat, les preuves sont là.
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Vous avez beaucoup dénoncé mais dites-nous que préconisez-vous comme solutions pour les maux qui minent le football béninois ?
Ecoutez, comme solutions concrètes, je pense qu’il faut appliquer les nouveaux textes et changer les hommes qui sont chargés de les mettre en application. Plusieurs résolutions ont été prises lors des différentes assises et forum sur le football. Il s’agira de les mettre en application. Il s’agit également de revoir le mode d’élection de sorte que le président soit réellement responsable et répondre des actes que posent son équipe.

Vos impressions sur le match Ghana-Bénin du dimanche dernier.
je pense que nos joueurs n’ont pas démérité mais ils peuvent mieux faire. Vous avez entendu qu’avant de partir pour Kumasi, il y a eu encore un problème de primes impayées. Voilà des situations qu’il faut éviter si l’on veut que les joueurs obtiennent de bons résultats. Car, indubitablement, cela agit sur leur mental. Malheureusement, on constate que la même situation se répète chaque fois et les dirigeants ne sont pas prêts à changer alors que l’argent pour payer les joueurs ne sorte pas de leurs poches. Maintenant, je crois que notre équipe doit se ressaisir afin de vite quitter sa dernière place et réussir à obtenir le plus grand nombre possible de points lors des matchs à venir.

Réalisation: Benoît Mètonou