La Nouvelle Tribune

Coordonnateur adjoint de la jeunesse unie pour la Nation de l’intergroupe politique G4,G13,Force clé

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Séphise Béo Aguiar«Il y a un régionnalisme grandissant dans les nominations», Séphise Béo Aguiar
Les jeunes des G et F étaient, il y a deux semaines, en assemblée constitutive pour porter sur les fonts baptismaux un creuset dénommé Jeunesse unie pour la Nation. Séphise Béo Aguiar, un des coordonnateurs nationaux de ce regroupement a bien voulu décliner davantage les raisons qui les ont motivés à créer ce forum de jeunes. Leur point de vue sur la gestion actuelle du pays, la campagne précoce ont constitué l’essentiel de l’entretien que votre journal a eu avec le porte-parole.
Vous êtes l’un des porte-parole de la « Jeunesse unie pour la Nation», mouvement connexe à l’intergroupe  G4, G13 et Forces Clé. Voudriez-vous rappeler à nos lecteurs les raisons qui sous-tendent cette convergence des jeunesses des composantes de cet intergroupe ?

Primo, cela fait partie des recommandations des travaux des séminaires d’Abomey et de Bohicon où il a été question de poser des actes pour concrétiser  les décisions qui ont été prises lors de ces assises. La structuration des jeunes était donc indispensable quand on sait qu’ils sont le fer de lance de tout combat politique et qu’ils sont à l’avant-garde du développement. Secundo,  la dynamique unitaire dans laquelle nous nous sommes engagés, nécessite que les jeunes des différents partis de l’intergroupe politique se retrouvent pour mettre leurs forces ensemble afin de mener à bien le combat politique dans lequel ils sont engagés. Ce qui facilite d’ailleurs cette dynamique unitaire est que nous, jeunes de ces formations politiques n’avons pas connu et ne prenons point partie des querelles ou dissensions qui ont marqué nos aînés. Cela constitue donc un avantage pour nous en ce sens qu’il nous est plus facile de nous entendre et de ne pas nous prêter les uns et les autres des intentions autres que la réussite de nos actions soutenue par la dynamique unitaire.

Que comptez-vous alors faire pour apporter un plus à vos formations politiques alors que face au pouvoir en place, elles ont des difficultés à pouvoir réellement entendre ?

D’abord, je voudrais vous dire que nos formations politiques ne peinent pas plus que le pouvoir en place à convaincre. Mieux, l’équipe aux commandes de notre pays se fait découvrir au jour le jour dans sa gestion approximative des affaires du pays. Par contre, n’attendez pas à ce que je vous livre nos arguments. C’est une question de stratégie et bientôt, vous constaterez que nous sommes des jeunes qui fréquentons la bonne école, politiquement parlant.
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A votre congrès, vous aviez peint un tableau très sombre de la gestion actuelle du pays. Vous affirmiez comme beaucoup de vos compagnons, que non seulement il fallait changer de chauffeur, mais il faut le retourner à l’auto-école. Qu’est-ce qui vous permet de tenir un tel langage qui est tout le contraire de celui tenu par les partisans du chef de l’Etat, pour qui, tout est rose sous ce régime ?

Absolument. Il y a tellement de problèmes aujourd’hui dans notre pays que l’observateur le moins averti s’en rend compte aisément et peut se demander l’a où on va avec une telle gestion. D’abord, il faut faire remarquer qu’il y a une navigation à vue doublée d’une inexpérience de la chose politique qui font qu’on ne peut plus se fier à un tel  chauffeur. Sans quoi, nous irons tout droit dans le décor. Ce qui revient tout simplement à se rendre compte que l’avènement de ce chauffeur aux commandes du Bénin a été une erreur. Car, le peuple béninois s’est une fois encore trompé en pensant qu’avec la même logique d’un homme apolitique ou de l’oiseau rare ou encore de l’homme neuf à la tête du pays, tout irait pour le mieux. Il se fait qu’il y a un certain nombre de politiciens qui ne font que ça : incruster dans la cervelle des Béninois que seul l’oiseau rare peut apporter des solutions du développement alors que ceux sont les acteurs réels de la politique sont diabolisés. Qu’il s’agisse de Yara’dua du Nigeria, de John Atta Mills du Ghana ou de Barack Obama et de Nocolas Sarkozy,  ce sont des hommes qui ont été soit gouverneur, plusieurs fois ministres, vice-président  ou qui ont un bagage politique conséquent qui les aguerrit pour la fonction de Chef d’Etat ou d’homme d’Etat. Au Bénin nous faisons tout sauf la politique. Car, on perçoit la politique comme une activité perfide qui ne peut conduire au développement et qu’il faille aller chercher des apolitiques comme si la gestion d’un Etat relève de l’apolitisme. Dernièrement, face aux ambassadeurs, le chef de l’Etat leur disait qu’ils n’étaient pas des politiciens. Autrement, ils devraient ne pas en faire. Si le chef de l’Etat même véhicule cette pensée comme quoi il ne faut pas faire la politique, alors que sa fonction de chef d’Etat est purement politique à plus d’un titre, on se dit qu’il ne comprend peut-être pas là où il est. Les acteurs d’Etat ne sont pas détachables de la chose politique. Ils sont des politiques avant tout. Si non, il n’y aurait pas d’Etat.

A part la navigation à vue et l’inexpérience, que reprochez-vous d’autres au régime en place
A propos de l’inexpérience, permettez-moi de préciser que ce n’est pas un péché en soi. Normalement, celui qui veut bien faire et qui se rend compte de son inexpérience devrait tout humblement se rapprocher de ses aînés et demander des conseils. Je prends encore l’exemple de la France.  On a vu tout récemment,  Edouard Balladur conduit des travaux sur le découpage territorial et administratif sur demande de Nicolas Sarkozy.  Ce dernier consulte régulièrement  ces prédécesseurs. Ici, la consultation des anciens chefs d’Etat est carrément du folklore. L’actuel président ne les écoute guère ! Car, s’il les écoutait, la situation politique serait tout autre. Je me rappelle l’une de ses visites chez Mme Rosine Vieyra Soglo. Cette dernière a déclaré à la fin de leur entretien que « … le chef de l’Etat m’a fait des promesses et j’espère qu’il va les tenir ». Mais, deux jours plus tard, il a pris des ordonnances contrairement  à ce qu’il avait promis. D’autres tares qui caractérisent l’équipe actuellement au pouvoir, sont la malhonnêteté politique, l’escroquerie politique qui se manifeste par le fait de faire des activités politiques de la manière la plus machiavélique qui soit, pendant qu’on se fait passer pour l’apolitique.  Rendez-vous compte vous-même. L’administration publique, les marchés, les hôpitaux et même les églises servent à des activités politiques. De même quand on ne respecte pas ses engagements, sa signature vis-à-vis de ses interlocuteurs politiques, c’est de la malhonnêteté. J’ai connu les accords que l’actuel chef de l’Etat a signés avec les groupes politiques auxquels nous appartenons. Il ne les a pas respectés. Si, en tant que première autorité d’un pays, vous ne respectez pas vos engagements, votre signature, il y a un problème de crédibilité de toute la Nation ! Cependant, je crois que dans tout accord, lorsqu’on rencontre des difficultés dans la mise en application, il faut se rapprocher de l’autre partie afin de trouver un autre modus operandi. Ne pas le faire, c’est faire preuve d’irresponsabilité et cela n’inspire pas les jeunes.

Pensez-vous que ces reproches suffisent pour remplacer le chauffeur ?
Une preuve de la gestion non prospective du gouvernement actuel est cette sortie de l’Organe consultatif de la jeunesse le même jour que nous constituons notre mouvement. D’après certaines informations qui nous sont parvenues, c’était juste pour atténuer l’effet de notre sortie que l’Ocj constitué uniquement des membres Fcbe, alors qu’on le proclame au nom de tous les jeunes Béninois, est allé à la rencontre de plusieurs ministres du gouvernement. D’ailleurs l’Ocj qui devrait au préalable regrouper les jeunes de tous horizons est aujourd’hui confié à des jeunes à qui on a offert des prébendes et des facilités avilissantes parce qu’ils ont faim pour mieux les manipuler. Autre chose, c’est le régionalisme grandissant  qui caractérise les nominations dans l’administration publique et les sociétés d’Etat. A part la Sbee et le Cncb, toutes les autres sociétés sont coiffées par des gens provenant d’une même région du pays. Quand il s’agit de sanctionner, se sont surtout les ministres de la région méridionale du bénin qui le sont dans la plupart des cas. Ce qui est grave. Car, ce sont des actes qui finissent par diviser les filles et fils d’une même Nation. Auparavant, on n’a jamais assisté à de pareilles choses. Le projet de construction d’un aéroport à Parakou n’avait d’autre but que de monter les populations de cette ville contre ceux qui devraient et ont trouvé cela bancal. Car, ce dont les populations ont besoin aujourd’hui, n’est pas un aéroport. Le népotisme est aujourd’hui la chose la plus en vogue. La fronde sociale a repris de plus belle. Voyez comment on gère les revendications des agents de l’unique hôpital de référence qu’on a au Bénin. On a pris des engagements depuis plusieurs mois et plus rien. On a l’impression qu’il y a un mépris de cette frange de Béninois qui en fait, ne font que réclamer légitimement leurs droits. Au sein des enseignants, tel un volcan ça s’apprête à se mettre en ébullition. Déjà certains ministères connaissent des sit-in. Tout cela montre l’incapacité de l’équipe actuelle à apporter des solutions idoines aux problèmes des Béninois. S’il y a aujourd’hui, un domaine dans lequel l’Etat s’illustre négativement, c’est sa gestion de la presse surtout celle publique. En effet, aujourd’hui l’Ortb est devenue un outil aux mains de la coalition Fcbe de sorte qu’on est en tenté de l’appeler « Ortbe ». Nous espérons cependant que les professionnels de cette maison finiront pas lever le ton et faire changer les choses.

Changeons à présent de sujet. La gestion des fonds de l’escorte défraie la chronique depuis quelques temps. Entre déclarations et contre-déclarations, les Béninois ne savent plus où se trouve la vérité. Vous, en tant que jeune, quel regard portez-vous sur  ce débat ?
Je voudrais tout simplement rappeler que notre pays a fait l’option d’une économie libérale depuis la conférence nationale de février 1990. Ce qui veut dire qu’au temps qu’il est possible, l’Etat cède une partie de son pouvoir économique aux privés organisés et non ceux de l’informel. L’escorte à un moment donné, sous l’ancien régime a été donc confiée à des privés qui versaient des taxes et impôts à l’Etat. On ne peut donc comprendre le langage du régime actuel qui estime  qu’on avait donné cette activité à des individus qui pillaient l’économie du pays. Ce n’est pas responsable. L’Etat est une continuité dit-on. Or, c’est bien l’Etat qui avait confié cette activité à des privés nationaux contre des redevances. La question est de savoir est-ce que ces sociétés privées payaient leurs impôts ? Est-ce que ses fonds allaient au trésor public ou dans une autre banque ? Aujourd’hui qu’on estime que cela doit revenir dans le giron de l’Etat, il ne faudrait pour des querelles politiciennes, dénigrer et vilipender des gens avec qui, on a dans un passé encore récent composé. Mieux, on continue de courtiser ceux-là pour qu’ils reviennent dans la majorité. Mais dans le même temps, on ne rate aucune occasion pour les diaboliser. L’autre conséquence de cette campagne de dénigrement est que ces derniers, même s’ils sont des hommes politiques, n’en demeurent pas moins des hommes d’affaires qui cherchent à s’imposer à l’extérieur. Contrairement à ce qui passe dans les autres pays,  la tendance est aujourd’hui à l’affaiblissement des opérateurs économiques nationaux au profit des étrangers. Ce n’est qu’à la condition que vous souteniez les marches vertes, les séances de prières dans les églises et mosquées en l’honneur du prince que vous  connaissez la prospérité. Les fonds de l’escorte, on nous a dit qu’ils servaient à financer les micros crédits. Aujourd’hui, ces mêmes messieurs affirment qu’il n’y a aucun lien direct entre les deux fonds. Finalement pour qui nous prend-on dans le pays ? Je souhaite tout simplement que les deux parties, dans un débat contradictoire, apporte leurs versions afin que le peuple soit, une fois pour toutes, édifié.
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Certaines organisations de la société civile et même des partis politiques dénoncent une certaine campagne précoce à deux ans de la présidentielle de 2011. Etes-vous de leur avis ?

Malheureusement Oui. Et c’est le développement qui est ainsi relégué eu second rang. Quand on voit cette campagne de manipulation des esprits, de l’opinion en vidant l’administration et en utilisant les moyens de l’Etat, il faut comprendre que cela n’apporte rien au peuple dans sa quête de développement. Le président Boni Yayi a été élu parce que  les politiciens avaient été mal jugés par les populations. Mais, il croit que c’est parce qu’il y avait un déficit d’hommes d’Etat au Bénin. La preuve, il oublie de faire ce pour quoi il a été élu et imite très mal les politiciens.  Il a lancé une campagne précoce, c’est tant mieux pour ses potentiels challengers qui ne vont pas manquer de lui donner la mesure de son activisme.

La Lépi cela vous inspire quoi ?
C’est vrai que tout le monde parle de la réalisation de liste électorale permanente informatisée(Lépi). Mais, moi j’estime que si on a la Lépi ou pas,  on fera les élections. Puisqu’on en a toujours fait. Je pense qu’autant il a été possible de sauver nos élections sans Lépi par le passé, autant on le pourra encore si on n’arrivait pas à réaliser la Lépi. Et nos élections, nous les avons toujours réussies grâce à l’esprit de tolérance, de consensus qui a toujours caractérisé nos hommes politiques. C’est moins ces outils-là. Malheureusement, les acteurs que nous avons en face aujourd’hui ne nous rassurent pas que nous aurons des issues aussi apaisées que par le passé. Les communales nous en ont donné la preuve. Quand le président dit qu’on ne peut faire les élections sans la Lépi, il se trompe. Il faut la Lépi mais consensuelle qui permette à tout le monde de voir clair dans tout le processus.

Réalisation : Benoît Mètonou