La Nouvelle Tribune

Moukaram Badarou/Secrétaire général du Prd

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Moukaram Badarou« Monseigneur de Souza se retourne plusieurs fois dans sa tombe face à la gestion actuelle du pays… »
Le secrétaire général du Parti du renouveau démocratique (Prd), Moukaram Badarou, est l’invité de cette semaine du journal « La Nouvelle Tribune ». Il s’est prononcé sur les questions brûlantes de l’actualité politique nationale. La conférence nationale de février 1990, les turbulences au sein de la coalition G4, G13 et Force-clé, les visites de Me Adrien Houngbédji et autres ont été les questions abordées au cours de cette interview. Il en a conclu à la nécessité d’une alternance au sommet de l’Etat en 2011.

Le 28 février prochain, la conférence nationale aura 19 ans. Quel bilan en faites-vous ?
En 19 ans, nous avons adopté une Constitution qui régit le pays, depuis le 11 décembre 1990. On a eu quatre élections présidentielles, cinq législatives, deux communales et municipales, et une locale. Nous avons le pluralisme syndical et politique, une liberté d’expression. Bref, la démocratie a pris son envol dans le pays. Ses acquis méritent d’être préservés pour le bonheur du peuple béninois. La démocratie est la conquête permanente des forces politiques qui doivent au quotidien se battre pour son enracinement. C’est le lieu de rendre un vibrant hommage à tous les acteurs qui ont contribué à la réussite de cette conférence, particulièrement au feu monseigneur Isidore de Souza.

Les G4, G13 et Force-clé à Bohicon parlaient des remises en cause de cette conférence par le régime en place. Qu’est-ce qui explique cette accusation ?
Il faut avoir le courage de dire que depuis le 06 avril 2006, les acquis de la conférence nationale subissent assez de coups. La preuve est le déclassement de la presse béninoise en Afrique et les violations des droits de l’Homme. Par ailleurs, il y a les relations conflictuelles entre les institutions de la République, les difficultés d’accès équitable aux médias du service public et d’autres menaces qui pèsent sur notre démocratie. Tout ceci doit constituer une préoccupation pour les acteurs politiques que nous sommes. Et, chacun devrait jouer sa partition pour le respect de la Constitution et des lois de la République.   
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 Au lendemain du séminaire de Bohicon où vous aviez dénoncé les actes anti-démocratiques du pouvoir en place. Comment se porte aujourd’hui cette coalition ?
Le G4 se porte bien, c’est-à-dire l’alliance Madep, Psd, Prd et Rb. C’est un regroupement de partis politiques pour lutter contre un certain nombre de choses pour faire en sorte que les acquis de la conférence nationale soient préservés, afin que la démocratie s’enracine dans notre pays et lutter pour les libertés publiques, d’expression, individuelles et collectives et surtout contre les menaces qui pèsent sur notre démocratie. Nous voulons faire en sorte que les dérives du pouvoir en place soient corrigées pour que le rayonnement du Bénin, à partir de la conférence nationale, puisse être préservé.  Quand on est allé le 12 mars à Kouhounou pour cette déclaration sur la situation nationale pour attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur un certain nombre de choses concernant notre pays, beaucoup étaient ceux qui pensaient que c’était un regroupement fantaisiste qui n’allait pas durer longtemps. On est à deux semaines de l’anniversaire de ce regroupement. C’est pour dire que ce qui nous unit est plus fort que les détails. C’est pour vous dire que c’est un regroupement qui tient la route. Vous avez constaté quand on est allé à Bohicon, ce n’était pas seulement le G4. Il y a eu un renforcement du groupe face au problème dont j’ai fait état tout à l’heure. Ce qui fait qu’on s’est retrouvé avec le G4, G13 et Force-clé. C’est ce que nous appelons l’inter-groupe G4, G13 et Force-clé qui représente aujourd’hui une majorité à l’Assemblée nationale. Et, comme vous le constatez, ceci joue beaucoup sur le comportement du gouvernement. Nous ne demandons pas mieux. Il faut que le pays soit gouverné de manière orthodoxe.

Au lendemain du séminaire de Bohicon, il y a quand même une certaine crise au sein de la coalition opposée au régime en place, surtout au sein du G4 avec le départ du député Isidore Gnonlonfoun vers la mouvance et la situation à la Renaissance du Bénin. N’est-ce pas des signes pour la cassure prochaine du groupe ?

Il n’y a pas d’inquiétudes majeures au sein du G4. Le cas Rb, vous le savez très bien, le président Nicéphore Soglo a réaffirmé son soutien au G4 et madame Rosine Soglo a donné une conférence de presse pour réaffirmer l’appartenance de la Rb au G4. Le premier adjoint au maire de Cotonou, Léhady Soglo, a aussi réaffirmé cela. A partir de ces déclarations éminemment fortes de la direction de la Rb, il ne revient pas aux autres partis de dire autre chose que ce que déclare officiellement la Rb. On s’en tient à ces faits officiels. Il y a parfois de petits détails au niveau des formations politiques qu’on s’arrange à gérer et que les autres aident aussi à gérer. Il n’y a pas de grandes familles sans de petites difficultés. Comme je l’ai dit tantôt, le plus important, c’est le Bénin. Face à la République, tout intérêt personnel devient secondaire. Ce qui est à défendre, c’est l’intérêt de la nation. C’est cela qui a d’ailleurs conduit au regroupement de G4, G13 et Force-clé, car le caractère partisan a beaucoup pris le dessus sur  la gestion du pays. C’est ce que nous appelons désormais l’Etat-Fcbe qui est contraire à la Constitution et aux décisions de la conférence nationale de février 1990. Je crois que Monseigneur Isidore de Souza se retourne plusieurs fois dans sa tombe face à la gestion actuelle du pays. Face à cela, les partis politiques qui ont contribué à tout ce que nous appelons l’enracinement de la démocratie, les libertés syndicales, au pluralisme politique, ne doivent pas rester Les bras croisés face aux dérives de ce pouvoir. C’est cela qui explique la mise en commun de nos forces pour permettre à ce que le tir soit corrigé pour favoriser l’amélioration des conditions de vie de nos populations. Bref, il faut faire en sorte que le Bénin soit ce qu’il a été dans la sous-région et sur le continent africain.
Pour le cas de Gnonlonfoun, comme le dit l’autre, on ne peut rien contre la volonté d’un homme. Il a été élu sous la bannière du Parti du renouveau démocratique dans la quinzième circonscription sur la base d’un accord entre le Prd et le Prs (Parti pour la rénovation sociale), à partir du soutien qu’il a apporté à Me Adrien Houngbédji en 2006. Bien que beaucoup de militants aient pas été d’accord avec son positionnement sur la liste Prd, le président Houngbédji a jugé utile de tenir parole. C’est ainsi que Gnonlonfoun a été positionné.  Il a cru devoir avec le temps rompre les amassis et tricher avec les militants qui l’ont élu. Nous en prenons acte. Cela pose le problème d’une conscience citoyenne, un certain respect des valeurs morales, politiques et étiques. Je dirai néanmoins que le départ de Gnonlonfoun n’ébranle nullement les bases du Prd. Notre parti est encore bien enraciné dans la quinzième circonscription. Les joutes électorales à venir nous le démontrerons.

Depuis quelques jours, le président du Prd a démarré une tourné chez ses alliés politiques. Il était chez Séfou Fagbohoun du Madep, Rosine Soglo de la Rb, et Lazare Sèhouéto de Force-clé. La semaine dernière, c’est Léhady Soglo qui a déjeuné avec chez lui à Porto-Novo. Cela ne veut-il pas dire que la cohésion du groupe souffre de certaines difficultés ?
Vous savez que le Prd est un parti institutionnel qui a sa place dans le concert politique du pays. Il a des ambitions nobles. Cela démontre de la convivialité qu’il y a entre ces différents groupes à travers ces visites. Cela montre qu’entre les responsables  de ces différents groupes, il faut maintenir le contact face à la situation qui prévaut dans notre pays où la morosité se perpétue, la démocratie et les libertés individuelles sont quasiment menacées. Quand on est dans une telle situation, les leaders politiques n’ont pas autre choix de prendre leurs responsabilités dans une confrontation permanente pour pouvoir trouver des solutions à ces différents points. Donc, le sens de ces visites est lié aux concertations permanentes qu’il y a entre ces responsables politiques. C’est dire qu’ils sont à l’écoute de leur peuple.

Le Prd a enregistré le départ du maire de Sèmè-Podji, Mathias Gbèdan, vers les cauris qui lui ont permis de conserver son poste. N’est-ce pas encore un coup dur pour votre parti ?

Comme je l’ai dit à vos confrères, Sèmè-Podji reste un bastion du Parti du renouveau démocratique pour la simple raison que Gbèdan a été élu sous les couleurs du Prd. Le nombre d’électeurs qu’il lui faut pour être élu conseiller communal lui a été donné par le Prd. Donc, c’est un élu-Prd. Il a cru rompre les amas avec le Prd. On prend acte. Mais cela ne déverse pas tous ceux qui l’ont élu dans le camp d’en face. C’est pareil pour le chef d’arrondissement d’Agblangandan, Roger Hounsou. Si l’on prend ces deux conseillers ajoutés aux autres, le Prd a la majorité du conseil communal de Sèmè-Podji. La tricherie politique en cours dans notre pays encouragée par le pouvoir en place à coup d’argent et de menaces a amené à ce que vous avez à la tête et dans les arrondissements de Sèmè-Podji une autre couleur. Mais, les populations de la localité dans leur majorité se sont bien prononcé pour le Prd. Aux prochaines joutes électorales, nous aviserons. Ce qui est certain, le Prd fera ce qui est de son devoir pour ne pas se faire embarquer dans l’illégalité.

On a constaté que le pouvoir en place multiple des assauts dans le fief du Prd. Le chef de l’Etat était dans les écoles à Sèmè-Podji. Il y a eu une marche de soutien au gouvernement suivie de meeting à Porto-Novo. Il se fait que votre parti est resté inactif. Qu’est-ce qui explique cette attitude des « Tchoco-tchoco » ?

Quand quelque chose fait de bruits, sachez qu’il n’y a rien à l’intérieur. Comme le dit l’autre, ce sont les tonneaux vides qui font du bruit. Que le chef de l’Etat soit venu à Sèmè-Podji, la République est une. Il peut aller où il veut dans le pays. C’est lui qui n’accepte pas que les autres viennent dans les endroits où il pense en avoir le contrôle. L’esprit démocratique et patriotique que nous avons est tel que nous pensons que nos pires adversaires peuvent aller dans les endroits qui sont nos fiefs. Mais, cela ne leur donne pas le titre foncier de la zone. Cela dit, nous ne restons pas actifs sur le terrain. C’est ce qui explique les résultats électoraux qui sont les nôtres. Concernant les marches, si le chef de l’Etat n’a pas pu en tirer les conséquences, c’est son affaire. A la veille des élections communales et municipales, il y a eu des marches partout. Mais au bout du rouleau, vous avez vu les résultats. Donc, ce ne sont pas des marches de soutien qui constituent l’ancrage de l’animation de la vie politique. Il faut que vous sachiez que l’éducation et l’information des militants sont importantes. Le Prd a ses canaux propres pour informer les siens. Quand vous les prenez, vous allez découvrir qu’ils ont une formation militante digne de nom. Leur comportement républicain et patriotique montre à suffisance qu’il y a une certaine discipline au niveau du groupe. Le jour où les cauris étaient à Porto-Novo, j’étais à la même heure en séance de travail avec l’ensemble des structures horizontales au siège du parti à Porto-Novo.

Est- que cela veut dire que la classe politique travaille plus dans les coulisses pour 2011?
Ce qui compte, c’est les résultats. Le moment venu, vous aurez les résultats comme nous l’avions affirmé à Bohicon au cours de notre séminaire. Nous changerons de chauffeur en 2011.

Etes-vous sûr qu’il y aura l’alternance en 2011 ?
Nous travaillons pour une alternance crédible en 2011. Tout le travail se fait au niveau des différents partis politiques qui constituent l’inter-groupe G4, G13 et Force-clé qui ont la responsabilité d’arrêter l’hémorragie dont est victime notre démocratie par rapport à la liberté de presse, à la morosité économique, à la dégradation du tissu social, bref à la dérive inconstitutionnelle qui prévaut dans notre pays. Rendez-vous est donné pour 2011. Nous changerons de chauffeur.
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Quel message avez-vous à lancer à la classe politique ?
Nous nous battrons pour que la liberté d’expression soit ce que la Constitution lui confère dans notre pays. Nous nous battrons pour le pluralisme politique et syndical. Nous ferons ce qui est de notre pouvoir pour que règnent la paix, le respect des lois et la stabilité au Bénin. Au niveau du Prd et de l’inter-groupe G4, G13 et Force-clé, chaque jour que Dieu fait, nous travaillons pour la préservation des acquis de la conférence nationale de février 1990.

Réalisation : Jules Maoussi