La Nouvelle Tribune

Denis Oba Chabi/député Fcbe

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Denis Oba Chab« Il ne faut pas crier au loup, alors qu’il n’est pas dans la bergerie »
Le député Denis Oba Chabi est notre invité de cette semaine. Dans l’interview qu’il nous a accordée, il a abordé les brûlantes questions de l’actualité politique nationale. Dans ses propos, il s’est montré pacifiste et a appelé les uns et les autres à la compréhension.

La commission ad’hoc pour la relecture de la Constitution a déposé son rapport  avec certaines propositions sur les institutions de la République. Il s’agit notamment de la Cena, du médiateur de la République, la Cour des comptes. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Je n’ai pas encore lu le travail que ce comité de sages a fait sur la révision. Mais, j’ai quelques bribes d’informations là-dessus. Par rapport à ce qui est fait, je pense qu’il faut déjà les féliciter pour n’avoir pas touché les grands points sensibles de cette loi, c’est-à-dire les points qui peuvent amener les problèmes capables de nous conduire dans le décor. Pour cela, je leur tire chapeau. Secundo, vous parlez de la création de nouvelles institutions. J’estime que c’est peut-être trop tôt. Ils sont en train d’officialiser les institutions qui existaient. Prenez la Cena. Elle est une institution qu’on utilisait depuis l’avènement du Renouveau démocratique dans notre pays. Elle a fait son petit bonhomme de chemin. Aujourd’hui, il faudrait qu’on aille au-delà de ce qu’elle fait, c’est-à-dire la formaliser pour qu’elle soit permanente comme dans d’autres pays. Ça va dans l’intérêt de tout le monde et pour le bien de notre démocratie aussi. Concernant le médiateur de la République, je pense que la loi fondamentale ne l’avait pas du tout prévu. Aujourd’hui, on se rend compte que c’est une institution qu’il faut nécessairement créer, parce que ce qu’elle fait dans les autres pays où elle existe est louable et par rapport à cela, je pense que c’est une bonne chose. Le troisième point, c’est la Cour des comptes. Qu’on le veuille ou non, il le faut dans notre pays. Je dis que pour ces trois institutions, c’est très bon.

*Le comité de relecture de la Constitution a prévu également la composition de la Cena, selon la configuration politique de l’Assemblée nationale, c’est-à-dire qu’il y ait minorité et majorité. Vous adhérez à ce concept ?

-Je pense qu’en ce qui concerne la composition de la Cena, l’essentiel est d’avoir accepté que la chose existe et le reste ne serait qu’entre  nous les politiciens, pas eux seulement, c’est-à-dire l’ensemble de ceux qui animent la vie politique. Nous allons nous asseoir autour d’une table. L’exécutif, le législatif, la société civile, nous allons nous mettre ensemble pour faire ce qui est dans l’intérêt de nous tous. C’est de cela qu’il est question. Il ne sert à rien d’imposer un quota à l’Assemblée nationale. Je ne pense pas que cela puisse être juste. Je ne suis pas certain que cela soit respecté. Comme je le dis, l’essentiel est d’accepter l’existence de la chose. Le reste, nous allons le gérer entre nous après.
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*Quel mode d’adoption voulez-vous ?  Par référendum ?
-L’idéal serait que ce soit la population elle-même qui décide. Mais, elle ne fait rien sans nous. Nous sommes son émanation. Pour des raisons économiques, nous pouvons utiliser le canal de l’Assemblée nationale, parce que je ne vois pas ce député de la cinquième législature qui dira non au travail qui a été fait.

*Vous pensez qu’avec l’ambiance qui prévaut aujourd’hui à l’Assemblée nationale, il y ait unanimité autour de la révision ?
-Je ne saurais qualifier l’ambiance qu’il y a à l’Assemblée nationale. Elle n’est pas conviviale. Mais ce que certains pensent de cette institution n’est pas exactement cela, de mon point de vue.

*Qu’en est-il réellement ?
Ce qui en est, c’est les jeux d’intérêts. Les gens ne sont pas d’accord, parce que leurs intérêts ne sont pas encore satisfaits. Essayons de les satisfaire, c’est tout. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Je ne vois pas aujourd’hui au sein de l’Assemblée ce groupe qui veuille remettre en cause l’élection du président de la République. Je ne vois pas ce député qui ne veut pas que le chef de l’Etat avance sérieusement dans le domaine économique. Le reste, je crois que c’est la gestion des hommes. Il faudrait que cette fois-ci nous mettions tous la main à la pâte, pour que nous poussions les pions, afin que chacun puisse être satisfait et avoir la peau qu’il vaut. Si le travail est fait tel que je le dis, je pense que tout va se calmer pratiquement. L’animosité, je ne suis pas certain qu’il en est question. Cette crise devrait être évacuée depuis la fin de l’année dernière. Le vote du budget a été plus spectaculaire. L’exécutif ne s’y attendait pas. Alors, est-ce qu’il ne faudrait pas tirer un coup de chapeau aux honorables députés ?

*Au-delà de ce coup de chapeau, qu’est-ce qui cloche finalement pour que la bonne ambiance revienne à l’Assemblée, puisque vous savez que les députés Rachidi Gbadamassi et Djibril Débourou étaient près arrivés aux mains ?
-Par rapport à ça, c’est ce qui arrive partout. A partir du moment où nous avons accepté le système démocratique. La génération qui connaît le régime révolutionnaire sait qu’il y a eu une assemblée pendant cette période. On n’a jamais eu les situations que nous connaissons aujourd’hui, parce que c’est différent de ce que nous faisons aujourd’hui.  Alors, la démocratie a ses avantages et ses inconvénients. Ce que nous voyons à l’Assemblée est relatif aux inconvénients de la démocratie. Quand vous prenez même les pays qui sont en avance sur nous en démocratie, ce n’est pas rare de voir ce que nous voyons aujourd’hui au Parlement. Je vais plus loin. La dernière fois, certains disaient que les députés sont devenus de grands batteurs. Mais, une ou deux semaines après, j’ai vu quelque chose de similaire à l’Assemblée nationale française. Ce sont les problèmes liés à la démocratie. Maintenant entre Débourou et Gbadamassi, ce sont des amis. C’est des gens qui sont même liés par l’histoire. Gbadamassi est un Tchabè et Débourou est Bariba. Ils ne peuvent pas en venir aux mains. C’est impossible.

* On a constaté la fougue avec laquelle certaines populations se sont soulevées contre le nouveau découpage territorial?
Je souhaite  que l’on fasse la part des choses, sinon, nous allons conduire notre pays là où l’on ne veut pas. Et tout ce que nous faisons aujourd’hui est peut-être pour nous mêmes d’abord, mais aussi et surtout pour les futures générations. Si nous ne faisons pas comme tel, nous allons échouer lamentablement pour avoir failli à notre devoir. A partir de ce niveau, regardez vous-même, nous n’avons que six départements aujourd’hui. Ce qui n’est pas normal. Dites-moi dans la sous-région quel pays a encore six départements ? Le Togo, à côté, qui n’a pas la population et le budget du Bénin, a plus de trente départements. C’est connu de tout le monde. Pourquoi au Bénin, nous voulons nous singulariser ? Rapprocher l’administration de l’administré, en quoi ça gène ? J’estime que ce n’est pas mal. On peut même en créer davantage. Je ne suis pas contre que l’Atacora soit divisé en deux. Si effectivement le Mono et le Couffo peuvent être divisés, en quoi ça gène ? Cela permet la présence de l’Etat partout. Maintenant les autres, je ne vois pas pourquoi ils peuvent se plaindre. Si vous prenez les Collines aujourd’hui, il y a combien d’ethnies ? Il y a les Nago, les Mahi. Vous les voyez partout dans les Collines. On ne peut pas séparer le département des Nago de celui des Mahi. A partir de cet instant, c’est un triplé. C’est le problème des Collines. Quand vous avez ces trois enfants, il faut les respecter tous. Savè, Dassa et Savalou, il faut les prendre comme des triplés. A partir de cet instant, on peut pas habiller l’un et laisser l’autre.
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Certains pensent qu’il s’agit d’un problème de financement, parce que ce n’était pas prévu dans le budget exercice 2009. Cela empêche davantage les communes d’entrer dans leurs prérogatives.
Il ne faut pas que les gens fassent de l’amalgame. Je disais que le Togo qui est à côté n’est pas plus peuplé que le Bénin et n’a pas notre budget. Dire que les problèmes de financement se poseront n’est pas vrai. Et si c’était le cas, nous sommes mal placés pour en parler. Ce sont les cadres du ministère des Finances qui peuvent en répondre. S’ils disent qu’il n’y a pas les moyens, on continuera avec les six départements. Et, on sera en train de souffrir politiquement et administrativement. Comment imaginer que pour régler des problèmes mineurs, il faut parcourir des kilomètres ? Pour régler des problèmes administratifs, nous devons parcourir au plus 50 kilomètres.

*Venons-en à votre famille politique, la Fcbe. Comment se porte-elle aujourd’hui ?
La Fcbe est la structure politique la mieux portante aujourd’hui, quoi qu’on dise. Depuis qu’elle est née, nous n’enregistrons que des entrées. Les sorties sont rares. Nous pratiquons la politique des additions et des multiplications. Même les quelques sorties qu’il y a eu ces derniers temps, c’était pour marquer leur opposition par rapport à la manière de gérer les hommes. Cela n’a rien à voir avec le président de la République et la réalité de ce que nous vivons. Je suis certain que ceux-là vont revenir au bercail.

*Parlons d’une de vos dernières recrues, Mathias Gbèdan, maire de Sèmè-Podji. Est-ce que cela ne pose pas un problème d’éthique ?
-Je ne veux pas trop en parler. Mais, nous sommes en politique. La politique est un jeu d’intérêts. Gbèdan est un cadre du Prd. Il a pratiqué ce parti pendant un moment. Il sait ce qu’est la politique. S’il a été amené à changer de position, cela veut dire que politiquement, il y a quelque chose qui ne va pas qu’il veut corriger. Je ne pense pas qu’il soit une mauvaise chose. Je pense que c’est pour cela qu’il est avec nous. C’est ce que le Prd fait que nous faisons et c’est ce que la Rb fait aussi. On ne se cache rien.

*Parlons alors de la Rb. Qu’est-ce que cela vous dit aujourd’hui ?
Par rapport à la Rb, elle est restée sur sa ligne. Rien qu’à écouter les déclarations, elle dit qu’elle est toujours G4. Dans ce groupe, il y a des dysfonctionnements, des malaises. Il faut en parler pour corriger. Le fait qu’Epiphane Quenum ait parlé, beaucoup de choses vont s’arranger. Bref, je crois que tout se passe bien. Il ne faut pas crier au loup, alors qu’il n’est pas dans la bergerie.q

Propos recueillis par Jules Yaovi Maoussi et Benoît Mètonou