La Nouvelle Tribune

Aménagement de Cotonou : les grands axes selon Dr Hervé Combiéni

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Inondation, embouteillage, insalubrité… Cotonou ploie a de grands maux qui nécessitent des réponses idoines. Rencontré, le spécialiste des questions urbaines et de population, Dr Hervé Combiéni, géographe, socio-démographe, et enseignant-chercheur à l’université d’Abomey-Calavi indique les défis qui s’imposent en termes d’aménagement du territoire pour sortir Cotonou de cet état déplorable.

Dr Combiéni, vous êtes géographe, spécialiste des questions urbaines et de population de même que de l’aménagement du territoire. Expliquez-nous le concept aménagement du territoire.

Le terme aménagement du territoire est utilisé depuis les années 1950. Et en ce moment c’est un terme qui n’avait que synonyme de planification spatiale et économique. C’est un terme qui aussi a été utilisé en lien au développement économique, au mode de transport, à l’habitat et à la communication.

D’où est venue l’idée de l’aménagement des territoires ?

C’est parti du fait que, les relations qui unissent les sociétés, leurs économies, leurs espaces d’implantation étaient de plus en plus complexes. A un moment donné, les politiques et un certain nombre de géographes se sont dits qu’il faut forcement commencer par réorganiser l’espace de sorte que les populations puissent s’installer de façon harmonieuse sur leurs espaces de telle sorte qu’il n’y ait pas de contraintes liées à une forme d’aménagement. Donc, il s’agit des formes volontaristes d’intervention de l’Etat et d’un certain nombre d’acteurs pour le bien-être des populations dans leurs milieux de vie.

Quand on s’intéresse à Cotonou dans tous ses états, quel aménagement faudrait-il appliquer à cette ville, capitale économique du Bénin?

Il faut noter que les acteurs en charge de la gestion ou du développement de la ville de Cotonou ont certainement mis du temps à définir les différents programmes de développement qu’il faut. Ce qui fait que les populations ont été les toutes premières à prendre le pas sur les autorités dans leur installation spontanée sur le territoire. Ce qui crée aujourd’hui ce que nous appelons une situation d’installation anarchique sur le territoire. Et cette installation a pris en compte les lieux où les populations ne devraient pas s’installer. Par conséquent, les exutoires par lesquelles les eaux de pluie devraient prendre sont occupés par les populations et l’eau est une ressource dont on ne bloque pas le sens de circulation. Lorsqu’on bloque le passage de l’eau à un endroit A, l’eau cherchera toujours à passer par un endroit B. L’eau fonctionne comme l’air. C’est pourquoi quand vous avez de l’eau dans un vase percé, elle va s’échapper par cet endroit-là. Alors, qu’est-ce qu’on a remarqué ? En période de pluie, l’eau qui doit aller quelque part n’arrive pas et s’installe là où elle ne devrait pas être. Résultat, les populations commencent par crier.

On ne peut pas faire un aménagement de territoire de façon claire et résoudre les questions d’inondation à Cotonou sans déloger réellement les populations qui sont sur le passage de l’eau. Cela est impossible. Vous voyez, toute la zone de Fifadji, jusqu’à Saint Cécile, c’est des endroits inhabitables. C’est totalement inhabitable et c’est connu. Cette zone-là, est au niveau inférieur au niveau zéro de la mer. Le niveau de la mer est le niveau zéro partout. A Abomey-Calavi nous sommes déjà sur le Plateau qui est un niveau supérieur au niveau de la mer. Cotonou est sur la plaine qui est toute la zone où vous avez le sable de la mer et ça s’arrête de l’autre côté vers Djlègbé (à l’Est).

En dehors des saisons pluvieuses, comment expliquez-vous le problème de l’embouteillage qui est récurrent à Cotonou ?

Pour ce qui concerne la circulation elle-même, il faut comprendre que les embouteillages que nous notons, sont à plusieurs carrefours, les carrefours les plus importants en terme d’embouteillage c’est d’abord le carrefour Iita en quittant Calavi, nous avons le carrefour du Stade de l’amitié. Le carrefour qui connaît les monstrueux embouteillages, c’est le carrefour Vêdoko qu’on appelle aussi Carrefour Toyota. Nous avons aussi le carrefour de Pk3 où il y a aussi souvent d’embouteillage. Qu’est-ce qu’on remarque ? C’est que les populations qui circulent, vont dans tous les sens. Il y en a qui quittent la zone d’Akpakpa et viennent jusqu’à Abomey-Calavi, Ouidah. Vice versa. S’il n’y avait pas un grand nombre de personnes qui quittent Cotonou pour aller vers Abomey-Calavi et environs, on ne remarquerait pas l’embouteillage du carrefour Vêdoko. Si vous le remarquez très bien, les matins cette situation est souvent très dure à gérer. Les soirs, c’est aussi dure mais dans le sens contraire. De 10 heures à 16 heures, il n’y a plus pratiquement d’embouteillage et la circulation est bien fluide. Nous avons aussi l’insertion de certaines personnes dans la circulation qui explique le ralentissement. J’ai appelé ça un système d’accordéon. C’est-à-dire on va, on ralentit au point où on voit l’embouteillage mais on ne voit jamais ce qui en est à l’origine. Un autre élément, c’est la panne d’un véhicule obligeant tous les véhicules arrivés à son niveau à vouloir contourner, provoquant du coup un ralentissement de la ligne. Les accidents de circulation peuvent aussi être à l’origine du ralentissement de la circulation.