La Nouvelle Tribune

Gbadamassi en 2009: « Dieu a fait du Dr Boni Yayi une chicotte pour frapper les Béninois »

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Alors député membre du G13 et opposant au régime du président Boni Yayi, Rachidi Gbadamassi avait été très acerbe vis-à-vis du régime dans son interview accordée à La Nouvelle Tribune en février 2009.  Il était revenu sur son pugilat manqué à l’hémicycle avec son collègue Djibril Débourou, avait soutenu que le rapport de l’IGE sur les microcrédits aux plus pauvres révélait des détournements de milliards de francs par des ministres de la république. Près de deux ans après, Epiphane Quenum qui pour lui devrait être ramené à la raison pour son flirt avec la mouvance est farouchement opposé au régime, et lui, Rachidi Gbadamassi en est devenu souteneur, mais peine toujours à s’installer dans les cœurs du camp présidentiel. Même si l’Ortb qu’il avait déclaré ne plus regarder est devenu entre temps son microphone personnel. Relecture. (les commentaires de l'époque ont été conservés)


Bonjour Honorable, vous avez failli  en arriver aux mains la dernière fois avec votre collègue Débourou comment en êtes-vous  arrivé là ?
vous savez en tant que légaliste, dans une démocratie plurielle, la sagesse voudrait qu’on respecte même   les adversaires politiques. Même quand vos opinions sont divergentes. Alors, par ce principe sacro-saint, les amis d’en face ont le devoir  de nous respecter même si nous  ne partagerons pas les mêmes opinions publiques. Et  moi en tant que démocrate, je respecterai toujours mes adversaires politiques. Respectez les adversaires politiques,  c’est respecter leur opinion. Et je crois qu’en démocratie, c’est le mot d’ordre. J’ai interpellé le ministre des Finances avec certains collègues par rapport  à la gestion  des fonds générés par l’escorte. En le faisant, c’est pour permettre à l’opinion publique de comprendre. D’abord, je défie quiconque de m’apporter les preuves que moi Rachidi Gbadamassi j’ai bénéficié par le passé des fonds générés par l’escorte. Je n’ai jamais pris un franc de l’escorte. Je suis bien placé et je défie  toute personne d’apporter les preuves que dans le régime de Kérékou, j’ai bénéficié  des fonds de l’escorte. Je suis libre de parler. Ni au temps  de Kérékou ni au temps de Yayi Boni  je n’ai jamais bénéficié des fonds de l’escorte. Contrairement à ce que les gens disent, je ne me retrouve pas dans ce schéma. Il y a une liste des sociétés qui émargeaient.

Donc vous confirmez qu’au temps de Kérékou, les gens se partageaient les sous de l’escorte ?
Il y avait un contrat formel et légal entre des sociétés et l’Etat. Et les fonds de ce contrat sont directement versés au trésor public qui est la caisse principale de l’Etat.  Ce que le gouvernement actuel ne fait pas. Je ne veux pas parler du montant mais où loge-t-on ces fonds et pourquoi ? Le peu  qu’on obtenait au temps de Kérékou où est-ce que ça allait ? Au temps de Yayi où vont les milliards?  Si ce n’est dans des comptes privés qui échappent totalement à tout contrôle. Est-ce que le principe de l’unicité de la caisse de l’Etat est respecté ?

On peut revenir à la question proprement dite ?
j’en viens puisque c’est ce qui n’a pas plus à mon collègue. J’ai posé des questions bien précises. La première était de savoir si le gouvernement peut mettre à la disposition de l’Assemblée nationale le rapport de l’inspection général d’Etat sur les fonds générés par la gestion de l’escorte des véhicules d’occasion. Le ministre des Finances que j’ai interpellé refuse d’aborder ce point et fait du dilatoire. Là je me pose une question : pourquoi le gouvernement ne veut pas mettre ce rapport à la disposition des députés?
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A vous entendre, vous en savez des choses sur ce rapport ? Parlez-nous-en !
Pour le moment, il importe que le gouvernement lève le doute par souci de transparence. Le rapport a conclu que certains ministres ont volé des milliards. Nous voulons  ce rapport. Le fait de gérer pendant deux ans l’escorte d’une manière unilatérale sans budgétiser ses recettes, c’est déjà une infraction, c’est de la mal gouvernance. C’est cela qu’ils ne veulent pas qu’on dise. J’ai également demandé sur quelle base juridique les fonds ont été placés à la Bceao et alloués aux micros fiances ? Qui les a autorisés à en faire cet usage ? A moins que le gouvernement ne se soit substitué au parlement. Et nous refusons que dans un Etat où la séparation des pouvoirs est prônée, l’Exécutif se comporte de cette façon et se substitue au parlement. Le gouvernement ne peut décider unilatéralement d’attribuer ses fonds aux micros finances. Du fait que ces fonds sont logés à la Bceao, c’est un détournement. Parce que l’orientation est détournée, au lieu du trésor public, c’est à la destination Bceao.

A travers la commission d’enquête que vous venez de mettre sur pied, vous pourrez  enfin comprendre la gestion qui est faite de ces fonds ?
Oui, nous venons de mettre sur pied une commission qui nous permettra de vérifier tout cela. Mais, ce n’est pas le seul problème qu’il y a avec le gouvernement. Ils ont créé une société appelée Bsat qui prélève des taxes sur les véhicules d’occasion. Et le ministre des Finances dit ne pas la reconnaître. Il nie qu’il existe un contrat entre l’Etat et cette société. Il se trouve que cette société perçoit trois cents à quatre cents millions de francs Cfa par moi. Car, elle prélève 2.900 f comme taxe sur chaque véhicule. La société a établi une quittance qui est obligatoire. Or, pour prélever des taxes, il faut une loi des finances qui donne l’autorisation. Voilà qu’il ne reconnaît pas cette société. Sur quelle base juridique elle perçoit alors ces taxes ? Qui l’a autorisée ? Ce qui est grave ! Comment le ministre peut-il dire ne pas connaître une pareille société ?

Tout en vous rappelant que la première question n’a toujours pas de réponse, dites-nous sur quoi vous fondez-vous pour affirmer que le ministre devrait connaître la société Bsat ?
Il y a un arrêté interministériel et j’ai déjà tous les documents sur cette société-là. Et l’arrêté interministériel a été paraphé par un conseiller technique du chef de l’Etat. Depuis quand un conseiller technique du chef de l’Etat paraphe un arrêté ministériel ? Normalement, c’est le ministre ou son directeur de cabinet qui a qualité pour. C’est pourquoi je dis que ce qui se passe aujourd’hui au Bénin est grave.
Je reviens  à mon collègue Débourou que je respecte beaucoup. Il est un grand professeur d’université qui a un rôle d’éducateur. Supposons que j’avais tort la dernière fois. Ce n’est pas pour la première fois que l’honorable Débourou provoque et cherche  à transformer l’Hémicycle en ring. Premièrement, il a essayé d’agresser le député Issa Salifou, ensuite Epiphane Quenum. Il a également agressé le député Saca Fikara ainsi que Désiré Vodonon. Aujourd’hui, c’est à moi qu’il s’en prend. J’ai commencé par m’adresser au ministre et mon temps de parole est fini. Dans ces conditions, seul le président de séance  est fondé pour rappeler à l’ordre. Ce n’est pas à un député de m’interpeller. Cela viole notre règlement intérieur. Donc, quand il a commencé par m’insulter, je lui ai dit carrément, monsieur, trop c’est trop. Je ne suis pas Fikara ou ceux-là que tu as l’habitude d’agresser. Et vous avez entendu tout ce qu’il a raconté sur moi. Ce n’est pas digne d’un professeur d’université qui éduque. Quel enseignement il donne à ses étudiants ? Moi je lui dis humblement que malgré tout je garde le respect que j’ai pour lui. Mais, je lui demande aussi d’apprendre à respecter ses adversaires politiques. N’attendez pas que je réponde à tout ce que mon collègue Débourou a dit.

Vous ne voulez pas répondre et pourtant vous l’avez traité de voleur ?
En fait, c’est lui qui a commencé. Il m’a dit que j’étais  un délinquant. Et moi je lui ai dit non que je n’étais pas un délinquant mais que lui était un voleur. 

Qu’est-ce qui vous amène à le traiter de voleur alors que son nom n’est cité dans aucune affaire sombre ?
Ce sur quoi je me base, vous le saurai dans les jours à venir. Je vais amener les preuves et démontrer aux Béninois le bien-fondé de mes allégations. Que lui aussi s’apprête à apporter les preuves que je suis un bandit. Je demanderai en son temps un débat contradictoire devant les journalistes pour que chacun justifie  ses dires. Tout ce que les gens font pour ternir mon image me conforte bien au contraire auprès des Parakois. Beaucoup m’ont appelé et regrette que je ne lui ai pas porté la main dessus. Je leur ai répondu qu’en tant que responsable, je ne pouvais aller jusqu’à une telle extrême. Mais je ne regrette pas de l’avoir insulté voleur. Et si demain j’ai encore l’occasion, je le dirai. Parce que j’ai les preuves.

Parlez-nous à présent du G13. Etes-vous toujours treize ?
Comme je le disais à l’Assemblée, les fonds générés par  l’escorte sont destinés à créer les félons de la République. Si vous voyez les centaines de millions que le pouvoir du changement met en œuvre pour débaucher les députés et leur faire renier leurs convictions politiques, vous comprendrez que ce n’est pas facile de résister. A un moment donné, certains de nos collègues nous ont abandonnés. Mais un autre est venu. Aujourd’hui nous sommes toujours treize.

Vous n’oubliez pas volontairement la déclaration de soutien de l’Honorable Cyriaque Domingo ?
Parmi tous les députés  à l’Assemblée nationale, je peux parler au nom de Domingo. Il ne peut jamais trahir le G13 sans que moi je ne sois complice parce qu’il est un frère, un ami. Je donne ma tête à couper que Domingo ne peut jamais rejoindre Yayi sans moi. Le jour où cela arrivera, sachez que ce sera avec moi. Domingo a été piégé par les journalistes à travers son intervention. Voici un Monsieur, ancien maire de Houéyogbé, ancien vice-président de l’association des communes du Mono et député de la région. Le gouvernement a décidé d’organiser la fête de l’indépendance à Lokossa, en tant que député de la région a voulu bénéficié d’une audience auprès du chef de l’Etat  où il a amené le maire. Puisque le gouvernement a décidé d’investir des milliards dans la zone, naturellement le député ne peut que dire qu’il soutient ce gouvernement. Il a dit que c’est en tant que Domingo qu’il soutient la décision du chef de l’Etat de fêter le 1er Août à Lokossa. Mais des gens ont déformé sa pensée. La preuve, il continue de voter et d’agir avec nous à l’Assemblée. Il n’a jamais voté pour la mouvance présidentielle. Ce qui traduit clairement sa pensée.

On dit également que certains d’entre vous qui sont opérateurs économiques, ont bénéficié  de certaines exonérations afin de fléchir leur position vis-à-vis du gouvernement. Vous-en dites quoi ?

Nous avons en face des amis qui sont prêts à utiliser tous les moyens pour faire croire à l’opinion publique ce qu’ils veulent en jetant sur nous de l’opprobre. Donc je ne suis pas surpris.

Au cas où le président Yayi vous inviterait une nouvelle fois à participer à son gouvernement ?
il faut être irresponsable pour refuser de travailler pour son pays. Mais est-ce que les conditions techniques et politiques sont réunies ? Dès qu’elles le seront, je ne vois pas pourquoi le G13 n’irait pas au gouvernement Ces conditions sont le respect  des institutions de contre-pouvoir, de la constitution, une gestion transparente, la liberté de presse et la dépénalisation des délits de presse pour que plus jamais un journaliste ne soit emprisonné.

Que pensez-vous du comportement de la Rb et de Epiphane Quenum ?
je ne veux pas accuser Epiphane Quenum. Il a été très important pour les G et F. Aujourd’hui qu’il réagit de la sorte, qu’est-ce que les coordonnateurs des G et F ont fait pour le comprendre ? Les responsables au plus haut niveau des G et F ont failli. Je crois qu’au lieu de le critiquer, il faudrait que les G et F se réunissent pour l’écouter et le ramener à l’ordre. Je ne le soutiens pas mais je pense qu’il faut essayer de le ramener à la raison.

Vous avez un dernier mot ?
nous sommes en politique et le combat que nous menons contre le pouvoir Etat-Fcbe est sacré. C’est un combat pour la liberté et la démocratie. Dieu a fait du Dr Boni Yayi une chicotte pour frapper les Béninois. Parce que certains Béninois ne savent pas que pour être chef ou président de la République, il ne faut pas provenir de loin, d’ailleurs. Aujourd’hui, ils se rendent compte qu’ils ont voté pour un inconnu politique, l’intrus qui ne connaît pas la maison. C’est cela qui fait qu’aujourd’hui il y a les problèmes de l’impréparation, de la navigation à vue. Moi je ne regarde même plus la télévision béninoise car pendant des heures, on ne vous montre que les mêmes images de marches de soutien, de déclaration etc.  Le peuple béninois doit conclure que l’avènement du Dr Boni Yayi est une erreur historique qu’il faudra corriger en 2011.
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Parce que les principes démocratiques ne sont plus respectés, la violation des droits de l’homme, de la Constitution est fréquente. Le cas Andoche Amègnissè est là, l’arrestation des journalistes prouve que la démocratie béninoise a régressé. J’ai bénéficié de trois décisions de la Cour constitutionnelle qui n’ont jamais été appliquées. Il y a trop de violations sous ce régime que je ne peux supporter. Si on pense qu’avec l’argent et la force on peut tout faire, le pouvoir n’est pas éternel. Les hommes s’en vont mais le Bénin reste. Et nos actes aussi restent dans l’histoire. Alors il importe que l’unité nationale chèrement acquise soit sauvegardée. Les présidents Kérékou et Soglo ont laissé en héritage la paix et l’unité. Je demande donc au président Boni Yayi de tout faire pour que le Bénin ne bascule pas dans la violence.

Réalisation : Benoît Mètonou