La Nouvelle Tribune

«Une rencontre s'impose entre le Chef de l'Etat et syndicalistes» Me Jacques Migan

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Ancien Bâtonnier, Me Jacques Migan fait part à travers cet entretien, de son opinion sur l’actualité au Bénin notamment sur la crise sociale et les réformes routières actuellement en cours.  

Quelle appréciation faites-vous aujourd'hui de la situation sociopolitique du Bénin?

Je crois qu'on peut dire que notre pays traverse une grave crise puisque tout le secteur public est presque bloqué. S'il y a un secteur qui n'est pas  bloqué aujourd'hui, c'est peut-être l'armée, c'est peut-être la police, c'est peut-être les douanes. Et encore. Mais tous les secteurs vitaux à commencer par la troisième institution c'est-à-dire  l'appareil judiciaire, sont complètement  bloqués et je dirai même que la situation s'est encore aggravée suite à la déclaration des responsables de l'Unamab. Est-ce que ce pourrissement favorise le développement de notre pays? Est-ce que cette crise renforce la démocratie ? Est-ce que ce pourrissement permet la recherche de solutions aux problèmes que vivaient les Béninois avant cette crise? Aujourd'hui, les hôpitaux sont paralysés, les écoles sont fermées, les tribunaux ne fonctionnent plus, le trésor public tourne au ralenti.

A qui la faute?

Tout le monde sait que c'est pour attirer l'attention des gouvernants que les syndicalistes et les travailleurs ont marché le 27 décembre 2013. Et c'est parce qu'ils ont été battus, blessés et qu'on a lancé sur eux des gaz lacrymogènes, alors que d'une part la marche était autorisée, et d'autre part, était pacifique, qu'ils ont entamé la grève actuelle. Est-ce qu'il faut laisser la situation continuer à pourrir? Je ne crois pas. C'est pour cela que je demande aux différents acteurs, les responsables syndicaux et le pouvoir public, de revenir à la table de négociation. Mais il n'est pas question pour le pouvoir de désigner tel ou tel médiateur pour le représenter. Je suggère que le Chef de l'Etat lui-même prenne le dossier en main et invite les différents acteurs qui sont aujourd'hui en grève. Je voudrais que le Chef de l'Etat fasse comme son prédécesseur, le général Mathieu Kérékou qui humblement invitait les uns et les autres pour les écouter et trouver avec eux, des solutions de sortie de crise. Une rencontre s'impose entre le Chef de l'Etat et les acteurs qui sont en grève et non entre les ministres et les syndicalistes.

Si vous étiez à la place du Chef de l'Etat, accepteriez-vous de limoger le préfet Azandé et le commissaire central de Cotonou? 

Tant qu'il n'y a pas eu de rencontre, on ne peut encore présumer de ce qui se passerait. Qui est-ce qui peut aujourd'hui limoger le préfet et le commissaire? C'est le président de la République. S'il peut le faire avant la rencontre, tant mieux mais je suis convaincu que de cette rencontre, jailliraient beaucoup de choses qui permettront de régler la situation de crise actuelle. Maintenant si après cette rencontre de vérité, la crise perdure, on pourrait situer les responsabilités. Donc faisons tout aujourd'hui, créons toutes les conditions pour que cette rencontre ait lieu. Pas dans l'intérêt de Boni Yayi, pas dans l'intérêt des syndicalistes mais dans l'intérêt du peuple béninois qui a déjà assez souffert de cette situation.

Comment appréciez-vous les réformes routières actuellement en cours?

Chacun est dans son rôle. Le port de casque ne date pas d'aujourd'hui. Les pistes cyclables ne datent pas d'aujourd'hui non plus. Pourquoi demande-t-on aux cyclistes d'emprunter les pistes cyclables ? C'est une question de sécurité, c'est pour éviter les accidents. Si on peut demander aux motocyclistes d'emprunter des voies qui sont réservées à leur circulation, pourquoi pas ? Ce n'est pas une question d'argent, c'est une question de vie ou de mort.  Et nous savons combien il y a de morts depuis un certain temps. Quant au casque, les gens parlent de cherté de la vie pour ne pas s'en procurer. C'est vrai. Mais est-ce qu'il faut mettre sa vie en danger parce que le casque est cher? Lorsque vous sortez sans casque et que vous êtes  victime d'un traumatisme crânien après, ce que vous dépensez pour les soins est largement plus important que le prix d'un casque. Je n'arrive pas à comprendre qu'on puisse conduire une moto sans son casque. Je n'arrive pas à comprendre qu'on puisse conduire sa voiture sans sa ceinture de sécurité. Je n'arrive pas à comprendre non plus que les voies qui sont réservées aux voitures soient empruntées par les cyclomoteurs. Mais il faut que les autorités fassent l'effort pour doter toutes les voies de pistes cyclables parce que les cyclistes circulant sur les pistes se retrouvent brusquement sur les grandes artères en train de disputer le passage aux voitures. Je crois qu'il y a un effort à faire de ce côté-là. Les pouvoirs publics doivent faire l'effort de doter chaque commune de pistes cyclables afin de limiter véritablement les accidents. Pour le port de casque, le problème ne se pose pas. On peut l'appliquer tout de suite. Ce n'est pas une question d'argent comme les gens semblent le dire mais une question de sécurité et de vie. 

A cet effet, quel appel avez-vous à lancer au peuple béninois ?

Il faut que nous pensions à notre propre vie. Il faut que nous soyons disciplinés. Le port de casque, en cas de chute, en cas d'accident, protège, sauve la vie. Donc je voudrais que tous les motocyclistes portent leur casque avant de se mettre en route. Mais il faut des casques homologués. Et en ce qui concerne les Zém, il faut impérativement qu'ils aient deux casques. Cela s'impose. Un casque pour eux-mêmes et le second pour le passager. Je suis d'avis pour que la police sévisse s'il se confirme que des gens refusent de respecter le code de la route qui exige le port de casque. En ce qui concerne les pistes cyclables, je demande l'indulgence de la police en attendant que les pistes cyclables soient réellement construites. Je demande aux communes de faire aussi des efforts dans ce sens. En ce qui concerne la police, est-ce que la police fait du zèle, est-ce que la police veut gagner de l'argent comme on le dit? Non, le problème ne se pose pas à ce niveau. La sécurité commence par soi-même puisque personne n'a envie d'être victime d'un traumatisme crânien ou de fracture. C'est l'insouciance, l'inconscience et l'indiscipline  qui amènent certains à ne pas vouloir porter de casque. Aussi cher que coûte un casque, il demeure moins cher que les frais de soin en cas de traumatisme crânien.