La Nouvelle Tribune

Efficacités de l’aide au développement en Afrique : « Il faut une politique de gestion participative de toutes les couches sociales»

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L’aide au développement dont bénéficient les pays en voie de développement, notamment, ceux africains n’est toujours pas la réponse à leurs diverses difficultés. Et ceci, parce que l’efficacité de cette aide est entravée par plusieurs maux.

D’ailleurs, les pays africains peuvent, même, s’en passer si les dirigeants africains prenaient conscience de l’enjeu et associaient les couches sociales à la prise de décisions. C’est ce que pense Aurélien  Atidégla, Président de la plate forme des organisations de la société civile du Bénin (Pascib). Il est également Président de la Dynamique des Organisations de la société civile de l’Afrique francophone (Oscaf), une organisation qui a pour  buts la défense des  droits économiques en Afrique ainsi que la lutte pour l’efficacité de l’aide au développement. Voici l’intégralité de son interview.

Que pouvons-nous entendre par l’aide au développement?

L’aide au développement est l’expression de la  solidarité internationale que les pays développés qui ont un peu plus de moyens font à travers des ressources financières qu’ils mettent à la disposition des efforts dans la réduction de la pauvreté en faveur des pays pauvres. Mais cela respecte des mécanismes, des procédures dont nous ne parlerons pas maintenant. Mais ce qui est important à retenir, la déclaration de Paris a été adoptée en 2005 pour améliorer l’efficacité de cette aide au développement.  Et on s’est aperçu,  que  cette déclaration de Paris à l’évaluation, n’a pas permis d’obtenir les résultats souhaités. Des efforts ont été faits. Mais on s’est tous rendu compte que l’aide n’est qu’un moyen pour parvenir au résultat de développement. Ce qui nous intéresse, c’est évidement, le développement. Donc, à partir de Accra, en 2008, où nous avons tenu la troisième réunion de haut niveau sur l’efficacité de l’aide au développement, nous avons, en tant que société civile, plaidé en faveur d’un changement de paradigme. Depuis 2008, dans la  déclaration du programme d’action d’Accra, on a senti un changement de paradigme qui a invité tous les acteurs à passer de l’efficacité de l’aide au développement à l’efficacité du développement. On parle, aujourd’hui, réellement de l’efficacité du développement et non de l’efficacité de l’aide. Cela a été, mondialement reconnu le 29 novembre dernier  à l’occasion de la rencontre de Buxton. Ce quatrième forum de haut niveau qui s’est déroulé en Corée du sud a été sanctionné par l’accord de partenariat de Buxton qui a reconnu clairement la nécessité de changer ce paradigme pour parler d’efficacité du développement. La différence est fondamentale. Donc, à travers ce partenariat, nous visons l’efficacité du développement compris comme  l’impact positif qu’on peut observer dans la vie des populations, leur bien-être, la prise en compte du respect  des droits humains, l’équité genre, la durabilité. Ce sont tous ces maux qui sont au cœur de la problématique de l’aide au développement et qui marquent une avancée considérable  qui concerne le débat classique lié à l’efficacité de l’aide au développement.

Dites-nous les obstacles à l’efficacité de cette aide au développement…

Premièrement, si je m’en tiens  aux cinq règles de la déclaration de Paris à savoir : l’appropriation, l’alignement, l’harmonisation,  la gestion  assez  sur les résultats, la responsabilité mutuelle, ce sont les cinq principes,  la mise en œuvre de ces principes n’a pas été  effective. D’abord, si on prend l’appropriation, on a remarqué que les politiques de développement dans nos pays ne sont pas toujours les résultats du dialogue national  élargi à tous les acteurs sociaux. Quelques fois, il y a une forte emprise des orientations et choix stratégiques  des partenaires au développement dans nos politiques. Donc, cela fait partie des obstacles, et les changements connus au niveau du partenariat de Buxton est qu’on est parti de l’appropriation nationale simple qui s’apprécie par rapport à l’engagement du gouvernement à une appropriation démocratique. C’est très important. On a, aussi, constaté que l’efficacité de l’aide au développement s’intéresse à l’acheminement de l’aide à la gouvernance de l’aide n’est pas assez pour les impacts produits par cette aide. Hors, c’est de cela qu’il s’agit. Les impacts produits par l’aide, ce sont les changements qualitatifs en matière de bien- être qui sont observés au niveau des individus qui bénéficient de l’aide. Cela a été, aussi, une insuffisance majeure. Et nous avons dit qu’il faut mettre l’emphase sur cette dimension qui finalement s’apprécie à travers l’exercice du respect  des droits de l’Homme et quand on dit droit de l’Homme, c’est au sens large du mot. Il y a les droits économiques, sociaux, culturels, dont le respect scrupuleux par nos dirigeants, nous permet d’aspirer à un mieux- être, à une meilleure santé, à l’éducation, à l’accès à l’eau, le droit à l’alimentation …Toutes ces questions sont abordées comme des droits et non des besoins dont la satisfaction peut ne pas être une obligation au niveau des gouvernements.

A quelles conditions les pays africains peuvent –ils mettre fin à l’aide au développement?

A oui, c’est possible de mettre fin à l’aide au développement. Les études de l’Ocde ont montré que les transferts de fonds qui quittent les pays moins avancés pour les pays avancés sont plus importants que les flux de l’aide. Cela veut dire que, si on gère bien les ressources dans nos pays, on n’aura pas forcément besoin de l’aide. Il y a des pays dont l’aide au développement  ne représente qu’à peine  6 % de leur  budget.  6% d’un budget, on peut s’en passer si on agit sur les agrégats macroéconomiques et si on est rigoureux dans la gestion des ressources naturelles et minières qui font aujourd’hui, la fierté de l’Afrique. Donc dans nos pays, cette propension de se départir de cette aide au développement existe et il n’y a qu’à faire des efforts et surtout accorder une place de choix aux initiatives promues par les organisations de la société civile et qui les amènent à demander davantage de compte à leurs dirigeants en matière de rééditons de compte mais aussi en matière de participation décisionnelle. Surtout quand ces décisions émanent de  la contribution de tous les acteurs, il y a de forte chance que ces décisions entraînent des modalités de gestions nouvelles qui sécurisent la gestion de l’aide dans nos pays.          

Réalisation : Camille A. Segnigbindé