La Nouvelle Tribune

Bénin : le Roi du Zinli à propos de son 34ème album audio dédié à sa mère

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Un 34ème album audio signé du Roi Alèkpéhanhou, sans compter ses 10 Cd Vidéos. Kpokini kpokini, est déjà sur le marché discographique. Une œuvre de 100 minutes environ, que l’artiste dédie à Adignondé, sa défunte mère, décédée le 30 juin 2013, et dont l’enterrement a lieu le 14 décembre prochain à Abomey. Le Roi du Zinli nous dit ici les raisons. Interview.

Vous venez de mettre sur le marché du disque un nouvel album titré “Kpokini kpokini’’. De quoi s’agit-il?

Un album de 09 titres. C’est exclusivement du Zinli, sauf un morceau qui est du rythme Hanyé. “Kpokini kpokini’’, c’est un jeu d’enfant chez les Fons. Après le repas du soir, dans l’ancien temps, les enfants se rassemblaient, s’asseyaient et allongeaient leurs jambes. Le meneur du jeu chante ce “kpokini kpokini’’, qui est en réalité une chanson. (Il chante). C’est un jeu qui rassemble les enfants, qui cultive chez les enfants l’esprit associatif, l’esprit de groupe. J’ai chanté ce “kpokini kpokini ’’ à ma façon.

Pourquoi ce titre de réjouissance à une œuvre dédiée à une défunte?

Ma défunte mère à qui j’ai dédié toute l’œuvre, est quelqu’un qui, de son vivant, n’aimait pas les histoires. Elle aimait les réjouissances, elle aimait que les gens soient ensemble. J’aurais pu donner comme titre, “E non vè loo !’’, le 2ème titre de l’album. Cette mère qui ne nous a pas quittés prématurément, n’aimerait pas que je donne un titre de tristesse à son œuvre, puisqu’elle, de son vivant, aimait les réjouissances et aimait se distraire. La preuve en est que, après 80 ans de vie, elle avait déjà commencé à penser à la mort, en indiquant déjà à tout son entourage que l’heure va sonner et que, à sa mort, c’est de telle ou telle façon qu’il faut procéder. Où elle sera enterrée, dans la maison de mon père, c’est-à-dire chez son mari. Elle l’a clamé haut et fort dans sa famille paternelle et maternelle. Et, à ce sujet, elle a même composé une petite chanson : «Mi na yi, mi na yi», que j’ai reprise à ma manière. Selon la volonté de ma mère, c’est cette chanson qui sera exécutée sur tout le parcours du cortège, à chaque escale, jusque chez son mari à Abomey. Son enterrement sera une occasion de réjouissances, de gaieté, de ripaille, le 14 décembre prochain à Abomey. C’est une créature que la mort n’a pas surprise. Elle s’y est apprêtée. Je le répète, cette vieille n’aurait pas aimé que je donne un titre de tritesse à son œuvre.

Toutefois, sur cet album, vous avez exprimé votre amertume pour son décès, dans le titre “E non vè loo !’’.

“E non vè loo !’’ (Ça fait vraiment mal). C’est l’expression de l’amertume que j’ai sentie ce dimanche 30 juin 2013, au Chd de Goho, lorsque ma maman a rendu le souffle. Voilà le morceau qui la concerne en particulier. Je ne peux, malgré la volonté de ma maman, être dans la joie. Je ne peux me départir de l’amertume que j’ai sentie. Je ne peux pas ne pas l’exprimer. Ça fait vraiment mal. Ce jour-là, ça m’a fait mal, jusqu’à ce que je me suis surpris à couler les larmes. Je me prénomme “Djanta’’, je me prénomme panthère. Je demande aux gens, vous pensez un jour que le félin ne pourrait pas pleurer ? J’ai coulé les larmes malgré moi. Il peut arriver que le Roi de la forêt soit confronté, un jour ou l’autre, à une épreuve inoubliable de sa vie. L’homme nait d’un père et d’une mère. J’ai perdu mon père à très bas âge. En ce moment-là, la douleur que j’ai sentie n’était  pas comparable à celle que je sens aujourd’hui.

Parce que votre mère vous est plus chère que le père?

Non ! Ce n’est pas que le père m’est moins cher, mais quand on est enfant, une douleur est plus supportable que quand on est adulte. “Ada é non gbo u a na pon do’’ (Je donne l’exemple de la circoncision). Lorsque vous êtres enfant et qu’on vous circoncit, c’est supportable, mais si vous dépassez cette étape et que vous devenez grand, passer cette épreuve vous sera atrocement douloureux.

Les 9 neuf titres sont répartis sur deux disques, dans une même jaquette. Est-ce une nouvelle politique?

J’ai gratifié mon public d’un bonus cette année. Au lieu de condenser les neuf titres sur un seul disque, il y a deux. Vous achetez le tout au même prix (200 F Cfa) comme si c’était un seul Cd.

Pourquoi ce bonus?

C’est ma chère maman qui m’a quitté. Toute l’inspiration du moment que j’ai eue, je n’ai pas voulu faire économie. J’ai voulu en partager avec mon public. Vu ce que j’ai dépensé pour dupliquer deux Cd dans la même jaquette, j’aurais voulu vendre l’album à double-prix. Mais non. Les deux font près de 100 minutes de chanson, que je donne de cette manière à mon public, pour exprimer ma fidélité, mon attachement à mes fans. Je passe par votre canal pour leur dire que l’enterrement de ma mère, c’est pour le 14 décembre. Je n’ai pas d’autres invités qu’eux. Je leur demande de ne pas attendre nécessairement les faireparts avant d’effectuer le déplacement d’Abomey. Je vous remercie.