La Nouvelle Tribune

Fitheb : Le Ca a fini son travail, au ministre de nommer le nouveau Directeur

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Le processus de désignation du nouveau Directeur du Festival International de Théâtre du Bénin (Fitheb), est visiblement arrivé aujourd’hui à une étape d’impasse qui risque de faire voler en éclats la biennale. Justin Ekpélikpézé, le Président du Conseil d’administration (Ca) du Fitheb, nous décrit ici la situation et fait part aussi du souhait du Ca. Interview.

Depuis le 24 juillet, vous avez élu un nouveau Directeur du Fitheb. Jusqu’à présent c’est le statut quo. Il n’est pas nommé et nous nous approchons de l’échéance de l’organisation de la biennale. Dites-nous exactement ce qui se passe?

Depuis le 24 juillet, nous avons procédé à l’élection du nouveau Directeur du Fitheb. Il est élu. Eric Hector Hounkpè. Depuis, nous - membres du Conseil d’administration (Ca) - avons envoyé le rapport, au ministre de tutelle. Il a envoyé une correspondance au Ca le 20 août dernier, comme quoi il désapprouve le travail fait par le Ca. Le Ca  a répondu. Le ministre a encore adressé une nouvelle réponse à la réponse du Ca. C’était le 30 août. Lorsque nous avons analysé les deux correspondances du ministre,  nous avons vu que l’autorité de tutelle attend que les nouveaux  textes que le Ca a étudiés, le 30 juillet dernier, viennent parachever le travail. Ce qui est illégal. Ce serait de l’arbitraire pure et simple, dans la mesure où, même si aujourd’hui ces textes sont votés, ils n’auraient pas d’effet rétroactif sur le travail fait par le Ca. Cela ne répond à aucune norme juridique. Encore que, dans les nouveaux textes que nous avons étudiés tout récemment, il n’y a pas une disposition qui soit consacrée à la rétroactivité. Nous évoluons inexorablement vers un vide juridique. A qui cela va profiter? Je ne saurais le dire. De toute façon, le temps presse.

Selon les dispositions des textes en vigueur, il est dit que le Comité d’organisation du Fitheb devrait être installé et commencer à fonctionner, 6 mois avant la biennale. Et voilà jusqu’aujourd’hui, il n’y a pas encore un acte qui nomme le nouveau Directeur. Ne courrons-nous pas vers un pourrissement du Fitheb?

Evidemment! Conformément à l’article 36 du Règlement intérieur, le Comité d’organisation du Fitheb devrait être installé 6 mois avant  le démarrage des  activités. Encore que là, il faut que le Directeur élu soit installé avant ses 6 mois. Parce que c’est lui qui doit mettre en place son équipe. Avec la collaboration du ministre de tutelle, actuellement. Et le Ca va aviser. Le temps nous rattrape. On est en train de courir vers le pourrissement. Le ministre lui-même, tout récemment, disait dans le mois de mai, que nous n’allons pas dépasser le 31 juillet. En juillet, il faut que le nouveau Directeur soit connu. C’est ce que le Ca a fait. Le Ca a pris ses responsabilités, parce que, en son temps, si ça pourrissait, le ministre peut se dérober pour dire que le Ca n’a pas pris ses responsabilités. Nous savons comment ça se passe. En ce moment les artistes, les acteurs culturels, ne verraient plus le ministre, mais le Ca.

Selon vous, qui est donc responsable de la situation. On a l’impression que vous accusez directement le ministre d’un éventuel pourrissement du Fitheb.

S’il y a pourrissement, le Ca ne saurait vraiment endosser cette responsabilité. Tout simplement parce que ça fait un bon moment que le Ca a fini son travail. Depuis le 24 juillet. Le Ca a déjà envoyé le rapport au ministre. Il revient à l’autorité de nommer le nouveau Directeur en Conseil des ministres. Le faire nommer n’arrêterait pas le processus. Le Ca, à un moment donné, a étudié les nouvelles dispositions.

De l’autre côté on vous reproche d’affronter l’autorité de tutelle. Etant donné qu’il s’est opposé à la poursuite du processus, il vous a écrit, mais vous avez forcé les choses.

Non. Nous n’avons pas forcé les choses. Ce n’est pas de la défiance vis-à-vis de l’autorité. Le ministre nous a dit à plusieurs reprises, “nous n’allons jamais dépasser le mois de juillet“ ; on va désigner le nouveau Directeur“. Si jusqu’ici, les nouveaux textes ne sont pas adoptés, on laisse les choses en l’état ? Jusqu’à quand va-t-on procéder au dépouillement ? A tous ceux qui pensent que nous avons outrepassé les décisions du Ministre, je dis non. Nous avons respecté les textes. Il faut le respect des textes en vigueur. Ils sont toujours fonctionnels. Ce sont ces textes qui nous donnent l’autorisation.

M. le Président du Ca, dites-nous, concrètement, qu’est-ce que vous voulez aujourd’hui?

Ce n’est pas un bras de fer. Nous demandons à l’autorité de reconnaître la légitimité du travail fait par le Ca, de prendre les dispositions pour faire nommer le nouveau Directeur. Cela ne ferme pas la voie au dialogue. C’est tout un processus. Le Ca n’a pas refusé d’adopter les nouveaux textes. Même si aujourd’hui ces nouveaux textes venaient, parce que c’est ce que le ministre dit, ils ne pourront rien par rapport au travail qui est fait. Là, ça va nous engager dans une bataille juridique. C’est là où il y aura de bras de fer juridique. Ce qui sera déplorable.

Puisqu’un de ses membres a démissionné, le Ca ne se trouve-t-il pas en difficulté en ce moment?

L’administrateur qui a donné sa démission a dit que c’est pour des convictions personnelles. C’est lui seul qui sait ce qui l’a amené à donner sa démission. Si quelqu’un démissionne, le Ca écrit à sa structure de base de le faire remplacer. Nul n’est indispensable. Je ne veux pas trop opiner sur cette démission.

Un message aux professionnels de la culture et aux autorités politico-administratives.

Le Fitheb, c’est pour le Bénin, c’est pour nous tous. Son rayonnement profiterait à tout le monde. Que les uns et les autres sachent que tout ce qui nous reste à apporter à la mondialisation, notre part du monde au monde, c’est la culture. Que les gens prennent ceci au sérieux, pour que les choses ne pourrissent pas.

Réalisation : Blaise Ahouansè