La Nouvelle Tribune

Entretien avec Gaston Zossou : «Une centaine d’hommes en arme ont assiégé ma maison à 06h30 sans aucune notification»

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Le 1er Août, alors que le Bénin commémore le 53è anniversaire de son accession à l’indépendance, Gaston Zossou, ancien ministre de la Communication du Président Kérékou passe une mauvaise journée.

Sa maison sise à environ un kilomètre des lieux des manifestations officielles, est assiégée par une horde de militaires. L’état de siège durera près de six heures. Quatre jours après, la raison officielle de cette action digne des régimes totalitaires ne sera pas connue. 

Le 1er Août dernier, vous avez passé une mauvaise journée. Votre maison a été encerclée par des Forces de l’Ordre, Est-ce que vous pouvez nous raconter ce qui s’est passé?

J’étais encore au lit entre 6h30 et 7h, quand ma sœur ainée, qui séjourne en ce moment avec nous, est entrée précipitamment, à demi-nue, et m’a dit que : Voilà, les Forces de l’Ordre sont montées et occupent l’appartement. Le temps pour moi de me vêtir et d’avaler le comprimé que je dois prendre le matin, et de descendre, ils sont descendus, eux-aussi, pour ceinturer la maison, pour constituer leur siège autour de la maison.

Dans mes premiers propos, j’ai parlé d’une quarantaine d’agents, mais en vérité, au plus fort de la crise, au plus fort de l’expédition, car c’est de ça qu’il s’agit, il y avait là, quelques centaines d’hommes en arme. J’ai eu le réflexe dans les moments qui ont suivi, de poster l’alerte sur mon profil Facebook, et d’appeler Me Djogbénou, mon avocat, lequel s’est rendu dans mon domicile avec une demi-douzaine d’autres avocats, d’autres amis d’Alternative Citoyenne, et d’autres amis encore, et encore des amis politiques, des amis tout court, des parents, qui ont pu briser le siège pour se rendre auprès de moi. Il y a à  constater qu’on ne permettait pas à ceux qui venaient de repartir. C’était exactement comme s’il y avait une cage de dressage où on pouvait rentrer, mais d’où on ne pouvait pas sortir. Et quand nous voyons leur nombre croître, parce que le nombre a véritablement cru, comme je l’ai dit, on n’a même pensé que ces personnes allaient donner l’assaut, quand ils faisaient ou refaisaient leur formation. Dans le fond, c’est la souffrance de ma famille, de mes enfants, de mes petits enfants, des personnes de bas-âge, qui ont été victimes de cette attaque sur leur psychologie fragile, et aujourd’hui, des membres de ma famille, mes enfants, sursautent à chaque soleil. Il y en a même qui ont comme des hallucinations de sonnerie, qui disent est-ce qu’on a sonné, est-ce que tu attends quelqu’un ? Et on fait tout ça, on se retire sur la pointe des pieds, après cinq heures d’horloges, sans me donner aucune explication, sans me faire aucune notification, sans m’indiquer la base légale qui a permis d’entrer chez moi.

Donc, c’est une violation de domicile. C’est donc une voie de fait des Forces de l’Ordre de l’Etat. C’est donc l’Etat qui, aujourd’hui, terrorise. Il se constitue en terroriste, en dominateur, en écraseur, en destructeur, ce qui est extrêmement effroyable pour le chemin que nous pensons avoir parcouru en termes de démocratie, en termes d’enracinement du système démocratique, c’est une dégringolade. C’est un recul grave. Nous faisons des enjambées vers l’arrière depuis 2006.

On a ouï dire que vous vous organisiez pour perturber les manifestations du 1er Août qui se déroulaient non loin de là. Est-ce vrai?

Mensonge total. Si j’avais une opération aussi délicate, aussi folle, puisqu’il s’agit d’aller les mains nues, perturber une grande concentration de gens armés, puisqu’on ne va pas me dire qu’ils ne sont pas armés, si j’avais l’intention de faire une chose aussi sensible ou aussi folle, à neuf heures dix heures, je ne serai pas encore en train de dormir dans mon lit, entre six heures trente et sept heures. J’ai été complètement pris de court.

A l’heure où le siège a commencé, y avait-il des membres d’Alternative Citoyenne qui étaient en concertation chez vous?

Mensonge, ça vient de l’Etat, d’un Etat menteur. Mensonge, je dis, j’étais au lit. La personne qui a reçu ceux qui ont assailli ma maison, c’était ma sœur ainée. Il n’y avait pas un seul étranger. Et elle-même, elle a été tirée de la douche où elle était à cette heure-là, par une dame qui nous sert en ce moment. Il n’y avait personne. Trente minutes après l’arrivée de ces gens, j’ai appelé Me Djogbénou, c’est la première et l’unique personne que j’ai appelée. Il n’y avait personne, il n’y avait aucun étranger chez moi. J’étais seul avec mes enfants, mon épouse était à la messe à cette heure-là. Celui qui dit ça ment, c’est faux. Mais, quand j’ai appelé, des membres d’Alternative Citoyenne sont venus  en trente minutes, et pour la plupart ils habitent à Abomey-Calavi. Donc, cette forme de solidarité n’a pas manqué de me toucher profondément.

Est-ce que cet incident vous amène à prendre la décision de combattre ce régime?

Non, on s’était déjà rendu compte, depuis longtemps, que ce maudit jour du 06 avril 2006 était la nakba du Bénin. Aujourd’hui, nous nous rendons compte que, au-delà du discours de discrimination et de leur déclinaison dans l’action, où vraiment dans une région, un enfant sait clairement dans sa tête que, du fait de son nom et de son appartenance à une ethnie, qu’il a trente fois plus de chance que son frère, que sa sœur de l’autre région.

C’est dans mon esprit, ce sentiment d’endettement à retourner en défendant ce pays. On le défendra contre les dictateurs, les malfaiteurs, les despotes, qui s’essayent aujourd’hui à faire plier l’échine à un peuple. Sur la base de quoi, une incompétence légendaire et de fautes politiques innommables.

Interview réalisée par Marcel Zoumènou
Transcription : Camille A. Segnigbindé et Olivier Ribouis