La Nouvelle Tribune

Projet «Névraxe Info Mobile» acquérir au plus tôt un bloc opératoire mobile

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Docteur spécialiste des maladies neurochirurgicales, HugesGandaho, dans un entretien, lève un coin de voile sur le projet «Névraxe Info Mobile», qui est la leçon de dix ans de pratique de la neurochirurgie, dans un contexte de pays très pauvre.

Le Médecin-Commandant, Neurochirurgien fait aussi un point sur la mise en œuvre de ce projet. Du nouveau dans le lexique médical populaire au Bénin depuis peu, ce sont les affections neurochirurgicales dont vous êtes spécialiste. Donnez-nous des éclaircissements sur ces maladies qui ne sont certainement pas nouvelles, mais que les Béninois apprennent à découvrir autrement avec vous?

Découvrir autrement… j’aime bien l’expression, parce qu’en réalité les maladies ont toujours été là, même si les patients n’ont pas souvent eu l’accès facile au dépistage et à la prise en charge ; ceci rend difficile la constitution des statistiques sanitaires. On distingue les affections visibles extériorisées des anomalies internes, mises en évidence par le praticien, aux termes d’un examen clinique minutieux et/ou appuyé par des explorations diagnostiques. Les affections visibles se traduisent par l’existence d’importantes variations anatomiques. Ce sont les enfants dits «génies» ou «sorciers», causes de véritables drames sociaux, et qui justifient encore des fréquentes pratiques d’infanticide, d’abandon d’enfants, de rupture des couples, etc. Citons : les malformations : encéphaloceles et méningoceles (absence de fermeture de la gouttière neuronale, étapes décisives de l’embryogenèse), les craniosténoses (fermeture précoce des fenêtres osseuses du crâne) ; les hydrocéphalies : accumulation d’eau dans le cerveau. D’autres affections ne sont pas visibles et/ou décelables à la simple inspection, et peuvent échapper aux observations des parents eux-mêmes.

Et quels en sont les conséquences?

Mais, dans un cas comme dans l’autre, ces affections affectent la croissance normale et le développement classique du système nerveux, à l’origine des retards dans les acquisitions normales de l’enfant. En clair, lorsque l’enfant est porteur de l’une ou l’autre desdites  affections visibles, ou lorsqu’il présente des anomalies du développement psychomoteur, il y a lieu que les parents s’inquiètent et qu’ils consultent le pédiatre, lequel prendra la décision appropriée de l’adresser en neurologie, pour des investigations complémentaires, ou directement en neurochirurgie pour une sanction chirurgicale adéquate.

Comment et où se passe la prise en charge?

Jusqu’en 2003, la prise en charge hospitalière des affections neurochirurgicales de l’enfant se concevait essentiellement à travers des évacuations à des coûts exorbitants, excluant ainsi  la grande majorité. Signalons toutefois, qu’une certaine activité, dite «de frontière», était assurée par les chirurgiens traumatologues et les chirurgiens pédiatres, et c’est le lieu de leur rendre un hommage bien mérité. De 2003 à 2007, la neurochirurgie s’est structurée à l’Hôpital d’Instruction des Armées (HIA de Cotonou) avec la création d‘un service spécialisé de neurochirurgie, dont j’ai la charge. Pour une meilleure visibilité, mais également pour la vulgarisation de l’activité neurochirurgicale au Benin, j’ai personnellement assuré, avec l’appui de la hiérarchie militaire et du ministère de la Sante, des missions opératoires délocalisées à l’intérieur du pays. Le second pool de neurochirurgiens s’est structuré à Parakou en 2008. Ces deux sites de l’activité de base, ont été renforcés par l’installation progressive au Benin d’autres confrères neurochirurgiens, successivement en 2010, 2011 et 2012. A ce jour, nous comptons six (06) neurochirurgiens Béninois actifs, c’est-à-dire moins d’un spécialiste pour 1.500.000 habitants. C’est pourquoi nous devons imaginer le meilleur pour nos populations, et surtout innover dans la recherche de solutions immédiatement exploitables ! Telles sont les motivations profondes à l’origine du projet Névraxe Info Mobile.

Projet Névraxe Info Mobile, qu’est-ce que c’est Docteur?

Il s’agit d’une initiative atypique. Avant tout, c’est le fruit d’une expérience, la leçon de dix ans de pratique de la neurochirurgie, dans notre contexte de pays très pauvre, où plus de 80% des populations vivent dans la précarité. Pourtant c’est à ces populations que le système se trouve contraint de demander de payer entre 250.000 et 500.000 FCFA, pour des soins courants de neurochirurgie. Le fonds des indigents, que le gouvernement du Dr Boni Yayi a instauré dans notre pays, constitue, à maints égards, une véritable aubaine pour nombre de patients que nous avons eu à opérer. Sans cette prise en charge, leur sort était scellé. Le Ramu ou Régime d’Assurance Maladie Universelle, qui vient d’entrer en vigueur dans notre pays, va améliorer encore les choses, nous l’espérons vivement. Vous savez, nous autres praticiens, ne pouvons que saluer ces mesures sociales que nous voyons ailleurs, et qui facilitent sérieusement la prise en charge du patient. On ne s’habitue jamais à voir des malades abandonner les soins, faute de moyens. Nous disposons de statistiques qui montrent, hélas, que sur quatre enfants demandeurs de soins neurochirurgicaux, un seul en bénéficie réellement. Et nous ne parlons pas de tous ceux qui n’ont pas fait le déplacement vers les centres de référence hospitaliers, où sont prodigués ces soins de pointe, faute de moyens, ou parce leurs parents sont convaincus qu’ils sont des «enfants maudits», donc à sacrifier. Il ne fait aucun doute que l’Etat ne pourra pas de si tôt multiplier les plateaux techniques de prise en charge, et le personnel qualifié dans tout le pays pour ces soins de neurochirurgie. Les familles de 75 enfants sur 100, décident donc de laisser mourir certainement leur progéniture, quand elles ne précipitent pas elles-mêmes ce départ, dans le secret. L’Etat ne peut pas tout faire ! Voilà pourquoi le projet Névraxe Info Mobile est avant tout une réponse du cœur, mais qui ne s’arrête pas seulement à la compassion.

De manière pratique, en quoi va consister ce projet?

Il s’agit de pouvoir être immédiatement opérationnel, face à des cas d’extrême détresse. Il s’agit donc d’acquérir au plus tôt un bloc opératoire mobile, qui va effectuer des missions foraines bien codifiées, géographiquement bien définies, sur la base des informations sanitaires recensées à travers le pays, avec l’appui des structures sanitaires et autorités locales, et mises en réseau avec le siège dudit programme. La priorité sera donnée aux zones enclavées et aux populations sans ressources. Les dites missions seront couplées avec un renforcement des capacités pour le personnel médical et soignant, ainsi qu’une politique d’information et de communication avec les populations sur ces affections biologiques. Notre pays est pauvre et si l’on regarde de près, les quelques-uns qui ont l’air de s’en être sortis - comme on le dit habituellement - ne doivent pas l’être depuis plusieurs générations. Nous devons donc nous donner la main, nous soutenir les uns les autres, tous sans exception. Les plus forts portant les plus faibles, les «providers» renonçant de temps en temps à leurs intérêts personnels. Les personnes humbles doivent elles-mêmes s’aimer d’abord, et porter dans leur cœur aussi ceux qu’on croit à l’abri des problèmes, mais qui ont besoin d’amour ; l’amour qui adoucit les cœurs et égaie nos vies. Le Pape François ne dit-il pas : le vrai pouvoir c’est l’exercice dans l’amour ?

Alors où en êtes-vous docteur, avec la mise en œuvre de votre beau projet?

Une petite analogie. Un enfant est-il la propriété de son père ? Il s’agit certes d’une production intellectuelle du Dr Gandaho Hugues, Neurochirurgien, conçue vers les années 2001- 2002, dans le cadre de la mise en place de cette activité de pointe dans notre pays. Cette inspiration de cet instant ‘’t’’, me donne l’obligation morale de m’y investir suffisamment, et de façon durable,  pour sa réussite. Mais, je ne saurais jamais réussir seul, et c’est le lieu de saluer le rôle déterminant des collègues médecins militaires, qui m’ont appuyé à travers la première enquête CAP, conduite en 2004 sur les affections neurochirurgicales, la hiérarchie militaire et toutes les institutions qui ont facilité ou offert des équipements chirurgicaux pour l’organisation de missions foraines, avec des moyens de bord. Je salue aussi les associations, telles que l’Association pour le Développement de la Neurochirurgie en Afrique (ADNA), les mobilisations des étudiants et autres personnes ressources, pour le développement de la Neurochirurgie au Benin, et bien entendu le collectif des autres médecins collaborant quotidiennement pour une prise en charge intégrée desdites pathologies. Je voudrais particulièrement remercier les partenaires impliqués dans la mise en œuvre actuelle, et singulièrement la mobilisation de l’Association Cœur de Femmes, et les efforts louables de la présidente, Mme Anne Cica ADJAI. Ces femmes ont donné du cœur, pour la réussite de la soirée de lancement de la collecte de dons, le samedi 22 juin 2013, qui a rassemblé 200 invités au Benin Marina Hôtel, sous le haut parrainage et l’engagement personnel de la 1ere Dame, Mme Chantal YAYI, en faveur de cette humble cause.

On note alors une forte mobilisation autour du projet?

Il est désormais constitué une véritable chaine de solidarité entre tous les acteurs impliqués. Cette image sublime rappelle celle de l’Archevêque, de vénérée mémoire, Isidore de SOUZA, connu alors pour son engagement résolu en faveur des pauvres. L’homme de Dieu, en son temps, a lancé le premier téléthon en faveur de la prise en charge d’une pauvre enfant de ce pays, qui avait été vitriolée. N’eut été cette main tendue providentielle, soutenue par celle généreusement donnée par la ministre de la Santé d’alors, le Professeur Marina MASSOUGBODJI, notre Maitre,  cette personne aurait vécue toute sa vie, complètement défigurée, avec une sensation de brulure permanente. Donc, il ne s’agit pas seulement du «projet du Docteur GANDAHO Hugues», mais d’un aboutissement et en même temps le point de départ pour une solidarité agissante qui sauve des vies : c’est à cette solidarité que nous convions tous les Béninois, quelles que soient leurs conditions.

En quoi faisant?

Qu’il nous souvienne, notre Seigneur Jésus a été admiratif devant «l’unique pièce que la pauvre veuve a donnée comme quête.»  En fait, ayant pris sur son indigence, cette femme avait donné le plus : c’est le symbole de tout donner pour la vie! C’est pourquoi, nous demandons à chaque Béninois de participer à cette chaine, en donnant une contribution minimale de 300 FCFA. Ceux qui le peuvent naturellement, pourront donner 1 million, voire beaucoup plus. D’autres acteurs plus habilités indiquent déjà, et plus encore dans les jours à venir, comment mobiliser ces fonds. Cela permettra de sécuriser la présente collecte, et de mettre en garde contre toute sorte de manipulation : que la douleur et les souffrances des uns, ne soient pas l’occasion d’indélicatesses pour d’autres. La fabrication du Bloc opératoire mobile a déjà commencé, et le fabricant prend toutes les dispositions pour le livrer courant septembre-octobre, dès que les comptes seront soldés. Tout dépend donc de notre générosité. Nous saluons particulièrement notre hiérarchie, pour l’appui à l’essor de la neurochirurgie en République du Benin.

Un mot à l’endroit de ceux qui vous ont soutenu jusque-là.

Nous n’exprimerons jamais assez notre gratitude à nos chers maitres des Facultés de Médecine de Cotonou, de Dakar, de Lyon, de Ulm, ainsi que les partenaires de Pittsburg et St Louis (Mo), et bien d’autres qui ont formé le praticien que nous sommes devenus. Toute notre gratitude va à l’endroit de la ministre de la Santé, le Professeur KINDE GAZARD,  qui nous a déjà témoigné son attachement à la vulgarisation de la pratique neurochirurgicale dans notre beau pays, et qui soutient la présente initiative. On ne saurait passer sous silence l’appui décisif des partenaires étrangers, à qui nos pauvres enfants seront éternellement reconnaissants, pour tout ce qu’ils leur apportent. Nous n’oublions pas les medias qui nous permettent de toucher les populations, et nous faisons un clin d’œil à ces nombreux soutiens de l’ombre, qui œuvrent aussi avec efficacité et détermination, pour la réussite de ce projet qui, nous l’espérons, va «redonner un nouvel espoir de vivre», pour citer le Médiateur de la République, le Professeur Albert TEVOEDJRE, le désormais Frère Melchior, grâce à qui on peut dire que ce projet a «mis le pied à l’étrier». Que Dieu bénisse le Benin et les enfants de ce pays.