La Nouvelle Tribune

Entretien avec Jules Koukpodé, Directeur de la Médiathèque des Diasporas

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«La Médiathèque n’est pas cédée ; nous sommes en collaboration avec l’Etat-major des Fab» 

Une aile de la Médiathèque des diasporas à Cotonou présente depuis peu, une préfiguration du musée militaire qui sera construit bientôt au Bénin. Rencontré ce mardi 24 juillet 2012, Jules Koukpodé, Directeur des lieux, nous parle de ce partenariat existant entre l’Etat-major des Forces armées béninoises (Fab) et la Médiathèque avec l’implication de la Direction du patrimoine culturelle (Dpc) et de l’Ecole du patrimoine africain (Epa). Le Directeur en profite pour nous faire part également des activités de la Médiathèque qui, se poursuivent sans incidence aucune. Interview.

Mr le Directeur de la Médiathèque. Nous remarquons que l’espace est cédé aux Forces armées béninoises (Fab) pour la construction d’un musée de l’armée.
Je rectifie pour dire que la médiathèque n’est pas cédée. La médiathèque n’est pas un bien pour être cédée. C’est une institution culturelle. Et on ne peut pas céder une institution culturelle.

Qu’en est-il exactement alors ?
Avant d’expliquer ce qu’il en est, je rends hommage au Général Soumanou Oké et au Général Mathieu Boni, tous ex Chefs d’Etat-major des Forces armées béninoises (Fab). C’est ce duo qui a piloté le projet dont il est question. C’est des hommes de vision; des hommes qui ont voulu moderniser notre armée. En ce qui concerne la Médiathèque, l’Etat-major nous a tendu la main et on lui a aussi tendu la main.

C’est quoi cette main tendue?
C’est un partenariat entre les civils et l’armée. Un partenariat basé sur la culture. Il est vrai que tout l’espace était occupé par la Médiathèque des diasporas qui y déroulait ses activités. Mais puisque l’armée a une vision de créer un musée, le musée de l’armée (ce qui se voit dans certains pays), on a beaucoup encouragé l’initiative. C’est une très bonne chose que l’armée se décide à avoir un musée et qu’elle commence déjà des expositions. A la Médiathèque, nous faisons également des expositions. Cette initiative de l’armée béninoise s’accorde avec nos objectifs. C’est pour cela qu’on a entamé ce partenariat entre l’armée et les civils. Le fruit de ce partenariat, c’est l’occupation ou la mise à disposition d’une aile de la Médiathèque des diasporas pour abriter une préfiguration du musée.

Est-ce à dire que ce n’est pas encore le musée de l’armée qui est en train d’être installé sur cette partie de la Médiathèque des diasporas?
Ce n’est pas encore le musée. Le musée ne peut pas rester là. Le lieu n’est pas adapté pour abriter un musée d’une telle envergure. Ce n’est qu’une préfiguration du musée qui sera construit incessamment.

C’est dire donc qu’au fil du temps ce qui est en train d’être fait ici sera encore déplacé?
Au fil du temps, le musée même sera construit. C’est l’ambition de l’Etat-major des armées. La vision du ministère de la défense, c’est de doter l’armée d’un musée digne de ce nom. On ne peut pas ériger un tel musée sur cet espace. Cela diminue notre armée. Le musée est en train d’être créé. Ce sera plus grand que ça. Les militaires sont mieux placés pour donner plus de précision. Pour ma part, je sais que le musée sera construit incessamment.

Le fait de mettre une partie de la Médiathèque à la disposition de l’armée pour l’instant n’affecte-t-il pas le déroulement de vos activités?
Pas du tout ! C’est une très bonne collaboration avec l’Etat-major. Cela n’affecte aucune de nos activités. Et pour preuve ! Actuellement il y a une grande exposition ici, «Epa». Une exposition sur la diversité de la création artistique au Bénin et dans d’autres pays qui nous entourent. Mais cette année, on en a fait exclusivement une exposition collective des artistes béninois. C’est pour les préparer à la biennale “Bénin“ qui aura lieu du 08 novembre 2012 au 13 janvier 2013. C’est pour qu’ils puissent y présenter des œuvres de valeur. C’est un test pour leur permettre de se remettre en cause pour mieux travailler. A la biennale, il y aura une exposition internationale qui sera animée par de grands plasticiens connus dans le monde. Et il ne faudrait pas que nos artistes béninois fassent piètre figure.

A voir les œuvres exposées dans le cadre de ce test, quelle est votre appréciation du niveau de ces artistes par rapport à l’enjeu de la biennale?
C’est des œuvres de jeunes plasticiens. Il n’y a pas d’anciens ou d’aînés. C’est la jeunesse. Mais il y a des œuvres de bonne qualité là. On sent qu’il y a une évolution de l’art plastique dans notre pays. Il y a une diversité de création. On sent que ça promet. C’est certain qu’on aura de très belles œuvres pour la biennale.

Parlez-nous d’autres activités prévues pour la saison artistique en cours.
Actuellement on est en vacance. On est en train de faire les ateliers vacances pour les enfants et pour les jeunes de 4 à 18 ans. Il y a plusieurs ateliers : ateliers de peinture, de dessin, de mosaïque, de danse traditionnelle et contemporaine, de théâtre et des ateliers d’écriture également. On a commencé au début des vacances scolaires. La fin est pour deux semaines. Elle sera marquée par une grande exposition pour présenter les œuvres réalisées lors de ces ateliers.

Quel est l’objectif de ces ateliers?
C’est de préparer la relève en plastique, de susciter et de former également le consommateur d’art et de la culture au Bénin. Il n’y a que par les enfants qu’on puisse former la relève tant au niveau des artistes qu’au niveau des consommateurs. Les pays qui sont cités en exemple aujourd’hui dans l’art sont passés par là ; c’est-à-dire par l’éducation. C’est dommage qu’il n’y pas l’éducation à l’art et à la culture dans tous les établissements scolaires au Bénin. Il y en a surtout dans certaines écoles confessionnelles et privées. J’ai été surpris la dernière fois de constater que dans un collège public, il y a un professeur d’art qui donne des cours. Je voudrais inviter les autorités à faire quelque chose dans ce sens. Ce n’est pas pour former nécessairement des artistes mais pour donner le goût de consommation des activités culturelles et l’amour du bien culturel à notre population.

Réalisation :  Blaise Ahouansè