La Nouvelle Tribune

Le plasticien Richard A. Korblah à propos de son exposition «Sculpture Peulh»

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 «Ce qui m’a motivé, c’est la marginalisation faite aux amis Peulhs» : Né en Côte d’Ivoire et originaire du Bénin (commune de Grand-Popo), Richard Afanou Korblah alias Rak, est un jeune plasticien béninois plus inspiré par les réalités cultuelles et culturelles des Peulhs au Nord-Bénin et dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest.

 Une dizaine de ses géantes sculptures sont en exposition depuis le 14 juin denier à l’espace Joseph Kpobly de l’Institut français du Bénin (Ifb) à Cotonou. Et ce, jusqu’en septembre prochain. Dans cet entretien, l’artiste nous amène à la compréhension de ces œuvres autour de la cérémonie initiatique dénommée “Goodja” (flagellation en langue Foulani) chez les Peulhs.

Qu’abordez-vous comme thématique dans vos œuvres ici à l’Ifb?
Je travaille sur la flagellation peulh qui est une cérémonie initiatique de passage des jeunes hommes dans la classe des adultes. Parfois, ce sont les grandes personnes même qui se flagellent pour montrer qu’elles sont “mûres” et peuvent prendre une femme.

Qu’est-ce qui vous a poussé à travailler sur cette pratique?
J’étais à Dassa où j’ai fait la rencontre des Peulhs. Ce qui m’a motivé, c’est la marginalisation dont étaient victimes des amis peulhs dans la zone où je vivais. Du coup, je me suis approché d’eux, cherchant à connaître leur façon de vivre, leurs cultures, etc. C’était pour moi, une occasion de parler d’eux pour que les gens commencent à s’intéresser plus à leur culture et les acceptent.

Quel était l’objet de votre séjour à Dassa?
Ce sont les amis qui m’ont fait venir à Dassa dans le but de promouvoir la culture Idatcha. Au-delà des conseils des amis pour la création d’association dans cette zone, j’avais un rêve : booster et aller loin dans la culture.

Avez-vous assisté à des cérémonies ou est-ce à base de récits que vous réalisez les œuvres ?
Je ne me suis pas basé sur les histoires. J’ai vécu avec eux. J’assistais aussi à leurs cérémonies sur invitation d’amis peulhs. J’ai été voir à Tchètin, à Djougou, à Savè, à Dassa, etc.

Quelle est votre position par rapport à la pratique?
C’est une pratique que j’aime. Contrairement à ce que pensent ou disent certaines personnes, je ne trouve pas cette pratique barbare. Je la trouve plutôt vraiment intéressante. C’est dans le vieux temps que les gens se battaient à mort. Mais maintenant, ce n’est plus le cas. Après les cérémonies, ils se retrouvent à-l’aise, en formes et  dans la convivialité.

Vos sculptures sont-elles des personnages qui vous ont marqué lors de ces cérémonies?
Ce ne sont pas des gens qui m’ont marqué, ce ne sont pas des personnes. Ce sont plusieurs éléments qui reflètent l’image des peulhs. Il y a des peulhs qui viennent du Nigéria. Ils s’habillent de manière à accrocher tout le monde. J’ai intégré cette partie dans les œuvres. Seulement, j’ai exagéré un peu pour la beauté artistique.  

Est-ce pour la première fois que vous présentez une telle exposition sur la flagellation?
Non. J’avais déjà présenté une exposition de photo-peinture sur cette pratique. Il y avait un ami photographe qui a photographié la flagellation peulh. Il m’a remis les photos. Je les ai détruites. De la façon dont les peulh souffrent en se faisant flageller, c’est en référence à cela que j’ai aussi fait souffrir les photos. Je détruis la photo et lui donne une autre beauté en réalisant des toiles avec.

De façon générale, est-ce votre première exposition, celle de l’Ifb à Cotonou?
J’ai commencé, il y a longtemps mais ma première rencontre artistique, c’est en 2010 avec Boulev’art. J’ai fait la première, la deuxième et la troisième édition à Abomey. Après, j’ai fait une exposition à l’Institut français du Bénin à Parakou, alors Centre culturel français de Parakou. J’ai présenté mes œuvres aussi au Centre culturel américain et ailleurs.  Je peux dire que c’est ma première grande exposition ici.

Biographie de l’artiste

Richard Afanou Korblah, né en 1978 en Côte d’Ivoire, est revenu dans son pays d’origine, le Bénin, où il travaille désormais. Dès son plus jeune âge, il commence à dessiner sur du sable, puis, enfant, obtient de petits prix en participant à des compétitions de dessin dans son quartier.

Autodidacte, il travaille successivement la sérigraphie, la calligraphie, et les arts décoratifs.

Rapidement, Richard A. Korblah, Rak de son nom d’artiste ou appelé le dinosaure, s’essaye à la peinture et la sculpture. Son dinosaure, réalisé dans l’église Ste Thérèse de l’enfant jésus de Godomey, lui vaut un franc succès lors de l’édition 2000 des rencontres Boulev’art.

Depuis 1997, il expose au Bénin, mais voyage aussi en Europe, travaillant par exemple dans la résidence d’artistes à la Ciotat, près de Marseille, dans le cadre du festival Nuits Métis.

Artiste engagé, il a également fait partie pour un temps, de l’association Okuta dont le but était la promotion de l’art au Bénin, et s’est impliqué contre la pollution à Cotonou par ses participations à plusieurs éditions de la manifestation Boulev’art.

Richard A. Korblah aime animer des ateliers, ce qu’il a pu faire en 2001 à la médiathèque de Cotonou, ou en 2007 à la radio Lèma de Dassa. En 2011, il a été le favori du jury de la 3e édition d’un concours organisé par l’association Le Rêve Africain.

Son travail présenté ici est tourné vers le peuple Peulh, marginalisé au Bénin comme dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest ; l’artiste s’intéresse plus particulièrement à une de leur coutume : une cérémonie  à la fois ludique et initiatique dénommée Goodja en langue Foulani ; ce qui signifie flagellation, rite de passage parmi dans le rang des adultes pour les jeunes hommes. La flagellation illustre la transcendance de la douleur physique pour la quête d’un idéal. Ses sculptures expriment la souffrance et la joie, la force et la brutalité de ces cérémonies. De par son œuvre, Richard A. Korblah cherche à promouvoir et faire partager la tolérance et l’acceptation de l’autre, le dialogue des cultures et la culture de la paix.

• Exposition Personnelles

2008 : Exposition à Miami (Usa) dans le cadre de « Blank Canvas Concepts »

2007 : Exposition personnelle Centre culturel français de Parakou (Bénin)

• Exposition Collectives

2008 : Participation au symposium granite à Dassa (Bénin)

2007 : Exposition collective Centre culturel américain  (Bénin)

2003 : Rencontre Boulev’art  à Cotonou (Bénin)

2001 : Rencontre Boulev’art à Cotonou (Bénin)

             Rencontre Boulev’art  à la Ciotat (France)

2000 : Rencontre Boulev’art à Cotonou et Abomey (Bénin)

1997 : Exposition collective à l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin)