La Nouvelle Tribune

Aboubakar Sidiku, à propos de la double profession des nigériens au Bénin

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«Vendeur le jour, gardien la nuit, ce n’est pas facile»

Aboubakar Sidiku alias Bouba est un membre influent la communauté nigérienne vivant à Calavi. Des nigériens, vendeurs ambulant le jour et gardiens la nuit. Dans cet entretien, Bouba explique comment ils organisent alternativement et efficacement le commerce et le gardiennage de nuit.

Dans votre groupe, il y a des gens qui comme vous, sont vendeurs ambulant le jour et gardiens la nuit. Comment vous organisez vous?


Dans leurs activités de la journée, le commerce, ils ont des heures de repos. Entre 12h et 13h, ils vont se reposer. Personne ne peut vendre à longueur de journée sans repos et assurer la garde toute la nuit. Dans les maisons qu’ils gardent, Il y a certains qui dorment un peu dès le coucher du soleil, se réveillent vers minuit ou 2 heures du matin. D’habitude c’est à partir de ces heures qu’ils ‘‘tournent dedans’’ jusqu’aux environs de 5 heures et puis, ils se couchent de nouveau pour une trentaine de minutes environ. Le boulot est bouclé par de petits travaux le matin, comme le balayage de la maison. Après ceci, on quitte cette maison pour la tienne, là où on as loué, on va dormir jusqu’à « x » heure, heure selon les activités de la journée. Par exemple, moi, il y a des jours, je dors jusqu’à 13h. C’est comme çà notre affaire.

Et comment organisez- vous le commerce dans la journée?

Il y a une dame qui m’amène les choses du Nigéria. Dès que je reçois les articles, nous les partageons. On s’arrange pour respecter les délais de payement. C’est comme ça qu’on est parvenu à garderles relations avec cette dame. Dans la journée nous vendons à crédit les ustensiles de cuisine, des tissus, et d’autres articles. Avec les femmes, on est obligé de faire plusieurs tours. Parfois quand on vient, elles disent, «ah ! Baba, aujourd’hui, il n’y a pas l’argent». On revient et elles nous payent une partie de la somme due. Quand la fatigue nous prend après le parcours d’une longue distance à pieds, nous faisons escale quelque part le temps de nous reposer. C’est ceux qui ne sont pas habitués qui trouvent cela difficile.

Est-ce que cette intense activité physique du jour ne réduit pas vos capacités à tenir la garde?

Non ! Nous sommes conscients de la double profession que nous exerçons et nous nous arrangeons pour ne pas être défaillant.

Quel est votre secret ?

La vente ambulante est une habitude pour nous. Je commerçais dans ce pays depuis le temps de Soglo. Il y a des gens qui parcourent tout Calavi sans s’épuiser. Il n’y a vraiment pas de secret.

Que dites-vous de la consommation du «atayi»?

Atayi, est un produit  qu’on prend depuis le Niger à cause de la fatigue. Néanmoins il se prend par plaisir. Atayi ne soule pas. Si quelqu’un dit qu’atayi soule, il aurait  mis quelque chose dedans. Quand t’on est habitué à en prendre, on développe une sorte de dépendance au point où s’en priver en une journée, donne des malaises. Pris sans sucre, il donne les maux de tête. Les Nigériens et les Maliens sont ceux qui prennent habituellement du atayi. Mais il n’est produit ni au Niger ni au Mali. Il provient de la Chine.

Entre Nigériens, vous vous retrouvez toujours nombreux dans une même maison

Il n’y a rien d’extraordinaire. Ceux qui me connaissent en tant que gardien vivant dans ce quartier viennent à moi lorsqu’ils en recherchent et je leur trouve un proche. De la même manière, lorsque j’ai des avis de recherches, je propose mes compatriotes. C’est ainsi qu’on se retrouve ensemble, et le groupe s’élargit tous les jours. Actuellement, on est une douzaine ici.

Comment trouvez-vous, vous-même cette double profession?

S’il y a quelque chose à dire, c’est que ce travail n’est pas facile. Vendre le jour et monter la  garde  nocturne, n’est pas facile.

Réalisation : Olivier Ribouis (Stag)