La Nouvelle Tribune

Niger : Issoufou Mahamadou, le tumultueux second quinquennat

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Avec le blanc dont il s’est entièrement vêtu  à sa prestation de serment ce samedi au palais des sports de Niamey, on serait tenté de croire que Issoufou Mahamadou le Président du Niger arbore son second  mandat pour la paix, la réconciliation, l’unité nationale  dans le pays.

Mais hélas ! Tout sémiologue qui  ce serait basé sur la couleur blanche de la tenue du Président Issoufou Mahamadou ce serait royalement trompé dans la lecture du tableau politique qui se dessine pour les cinq prochaines années au Niger. Le blanc du Président nigérien couvre une grave crise politique qui pourrait être fatale à la paix déjà menacée par les incursions meurtrières de l’impitoyable groupe djihadiste Boko Haram dans le pays. Ce second mandat faut-il le rappeler, Issoufou Mahamadou l’a obtenu en terrorisant les opposants à son régime.

De bout en bout du processus qui a conduit à sa réélection, l’opposition est restée aux abois. Hama Amadou, le principal opposant et challenger du Président Issoufou au second tour a subi le calvaire. Jeté en prison depuis novembre 2015 pour son rôle présumé dans une affaire sombre de trafic de bébés, il y restera jusqu’à la veille du second tour avec son état-major accusé d’une fictive tentative de coup d’Etat.  C’est donc, en réalité seul qu’il a passé le second tour avec les 92% sans compter avec une bonne partie des électeurs ayant boycotté les urnes.

Un pouvoir paranoïaque

La turbulence des cinq prochaines années au Niger sera en effet perceptible sur trois à quatre fronts. Il y a l’incandescente crise politique avec l’opposition, la guerre de succession, les revendications sociales et l’éternelle menace de l’insécurité avec la secte djihadiste Boko Haram. En fait, le régime comme a pu le constater un diplomate européen cité dans la presse, au Niger est dans « un train fou conduit par un pouvoir paranoïaque ». Dans un tel contexte, difficile d’imaginer que les cinq prochaines années seront politiquement paisibles. L’opposition ne semble pas être prête à fumer le calumet de la paix avec un pouvoir qui lui a mené la vie difficile.

Elle en a annoncé les couleurs en boycottant la cérémonie de prestation de serment qui a eu lieu sous haute protection. Et puisque le Président n’est plus éligible en 2021, le régime en son sein sera ébranlé par la guerre de succession. Avec les coups-bas qui rythment souvent ces guerres en Afrique, Issoufou passera le temps à gérer les crises internes et la pression de l’opposition qui voudra prendre sa revanche.  A ne pas négliger, les corollaires de la pauvreté endémique au Niger. Et cela pourrait bien servir davantage la cause de l’extrémisme menaçant. Boko Haram ne demande pas plus pour passer au recrutement dans le rang des jeunes désespérés. Face à tous ces problèmes, Zaki, le lion comme l’appellent ses partisans devra user de tact pour éviter la catastrophe au Niger.