La Nouvelle Tribune

Les dissonances coupables de l’Union africaine sur le Burundi

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Après le Secrétaire général des Nations Unies, une délégation de l’Union africaine constituée de quatre Chefs d’Etats et d’un Chef de Gouvernement est restée pendant deux jours au Burundi.

Cette délégation a pu rencontrer les différents acteurs de la société politique burundaise : le reste des leaders de l’opposition encore présents dans le pays- les plus en vus étant en exil - les dirigeants des organisations de la société civile  et de défense des droits de l’homme, les autorités religieuses et les dirigeants politiques du pays. A la fin de cette mission, le Chef de cette délégation, le Président Jacob Zuma a produit un rapport qui sanctionne cette visite des Chefs d’Etats et de Gouvernement au Burundi. Dans son rapport, le Chef de la délégation a souligné la disposition des autorités du pays à ouvrir le dialogue avec l’opposition. Il a par ailleurs appelé les différents partenaires financiers du Burundi à lever la suspension de leur collaboration avec le pays. Ce communiqué a presqu’embarrassé les responsables de l’Union africaine, qui l’ont trouvé hâtif et infidèle par rapport à la réalité.

Ces positions dissonantes des Chefs d’Etats et des responsables de l’Union africaine sur le rapport de cette mission, ne peuvent pas étonner tous ceux connaissent bien les atermoiements de cette institution par rapport au dossier burundais. C’est quand-même curieux d’observer que ce soit  le  chef de la délégation qui s’arroge l’initiative de produire le rapport qui sanctionne leur mission au Burundi. En considérant que ladite délégation, qui a effectué cette mission, l’a faite sur initiative du Président en exercice de l’Union africaine, le Président Idriss Déby Itno, l’idéal aurait été que celle-ci rende compte au dirigeant de l’institution et que ce soit lui qui ponde le rapport. Le Chef de la délégation en présence des autres membres, pouvait donner une conférence de presse sommaire, pour échanger avec la presse sur leur visite et annoncer que l’Union africaine produira un rapport détaillé de leur mission  plus tard. Les voix discordantes qui prétendent parler, chacune  au nom de l’organisation panafricaine, mettent simplement à nu, l’incapacité de l’organisation continentale, à harmoniser les points de vue sur la question du Burundi.

D’ailleurs, le contenu du rapport du Président Zuma, démontre bien ses penchants pour le pouvoir de Bujumbura. Pendant que le Président Déby promet de durcir le ton si jamais le régime de Nkurunziza ne consent pas à ouvrir le dialogue avec l’opposition. Lequel peut permettre le retour de la paix dans le pays. On se trouve donc là dans l’allégorie bien connue de : «maison commune, chambres à part», qui exprime un état de fonctionnement dans lequel, les résidants de la maison reconnaissent appartenir à la, la même famille, mais divergent paradoxalement dans leurs approches de solutions à apporter aux problèmes de la famille. Ce n’est donc pas une première que les Chefs d’Etats africains étalent leurs divergences sur le Burundi. C’est le véritable point faible de l’Union africaine. Cette incapacité à taire les divergences pour accorder la priorité à une question d’intérêt supérieur qu’est le retour de la paix au Burundi.

Le problème ne vient donc pas tant du fait qu’il y ait de la divergence, mais celle-ci devrait se faire dans un cadre clos et au terme du vote, que la position de la majorité l’emporte et que le camp minoritaire, accepte la position de la majorité en abandonnant ses positions antérieures. L’autre grand problème de l’Union africaine, est d’ordre fonctionnel. Si l’institution savait tenir des sommets extraordinaires, c’est certainement devant les autres Chefs d’Etats et de Gouvernement, que les membres de cette délégation auraient rendu compte. Et c’est de  ce sommet extraordinaire sur  le Burundi, que serait sorti le rapport de l’Union africaine sur la mission de cette délégation. Un tel rapport aurait eu plus d’impact et  de considération, que ceux qui ont été produits séparément par le Président Zuma et l’Union africaine. Cet énième incident qui trahit la cacophonie fonctionnelle de l’Union africaine devrait être l’occasion pour le nouveau Président en exercice Idriss Déby, d’œuvrer pour améliorer l’image de cette institution qui semble devenir la honte du continent et le désespoir du rêve des africains à l’unité