La Nouvelle Tribune

Afrique du Sud : L’ANC cautionne les scandales de Jacob Zuma

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Le parti historique de l’Afrique du Sud, African National Congress, ANC, a prouvé hier mardi 1er mars 2016, qu’il apporte caution aux nombreux dérapages du Président de la République Jacob Zuma.

L’occasion était donnée hier à ce parti dominant à l’Assemblée nationale sud-africaine, de sanctionner le Chef de l’Exécutif qui est accablé depuis des années par plusieurs scandales, à travers le vote de la motion de défiance du gouvernement, synonyme de la destitution du Président de la République. A l’issue celui-ci qui s’est déroulé mardi au parlement, l’ANC qui rassemble presque les  trois quart des députés, a voté entièrement contre la destitution du Président Zuma, soit 225 députés qui ont voté contre et 99 députés de l’opposition qui ont voté pour. Mettant ainsi fin aux ambitions de Mumsi Maimane, Chef du parti Democratic Alliance, DA, qui a introduit ladite motion. Ce dernier espérait à travers le vote de cette motion de déviance, obtenir la destitution du Chef des institutions sud-africaines pour ses multiples boutades dont la plus récente a été, la rénovation de sa villa de Nkandla aux frais du contribuable sud-africain.

Ce soutien indéfectible de l’ANC à Jacob Zuma paraît tout de même curieux. Parce que le parti avait été intransigeant envers Tabo Mbeki en son temps, à qui les faits reprochés, étaient de loin inférieurs aux traditionnelles indélicatesses de Zuma. Les dérives du Président Zuma sont pourtant choquantes non seulement parce qu’elles écornent l’image du pays, mais aussi parce qu’elles impactent sur la vie des citoyens. Entre les rapports sexuels éhontés avec les prostituées séropositives, la polygamie élastomère du Président Zuma, la fusillade des mineurs grévistes et la récente révocation spectaculaire du très respecté ministre des finances Nhlanhla Nene, la coupe semblait pleine pour que les députés de son propre parti, l’ANC retirent au Chef de l’Etat arc-en-ciel, le sauf conduit. En tirant à tous les coups Jacob Zuma de la difficulté, l’ANC donne raison à ceux qui estiment qu’il apporte de façon tacite et même manifeste, son soutien aux maladresses managériales du Chef de l’exécutif.

Il y a à craindre que le parti historique de l’Afrique du Sud qui a combattu pendant plus d’un demi-siècle contre les inégalités raciales et sociales, soit devenu aujourd’hui, celui qui défend des comportements déviants d’un dirigeant hautain et insensible aux critiques de l’opposition et même des récriminations du peuple. C’est sans exagération que l’on peut affirmer que l’ANC à travers son  soutien à Zuma, opère un revirement politique  et idéologique dangereux. C’est sous le règne du Président actuel que l’économie sud-africaine a reculé d’un rang au plan continental, cédant la première place au Nigéria. En ce début d’année 2016, l’économie sud-africaine se porte, selon les statistiques, davantage mal. C’est sous le régime de ce même Président Zuma que les inégalités entre les classes sociales pauvres et riches ont pris encore de l’ampleur. C’est toujours sous son administration que les actes de xénophobie ont atteint un niveau inquiétant. L’insécurité et la pauvreté dans les grandes villes comme dans  les townships ont augmenté en termes de quantité et d’intensité. De nombreux quartiers des grandes villes et de l’arrière-pays ne sont pas encore connectés au réseau électrique.

Certains cadres de l’ANC ont dénoncé maintes fois à visage découvert, la gestion malencontreuse du régime. Qui a fait développer des vices au sein de la classe dirigeante comme : la corruption, le népotisme et l’érection d’une nouvelle classe bourgeoise qui s’enrichit au détriment des populations. L’Afrique du Sud a même aussi perdu sa place d’honneur dans les disciplines sportives dans lesquelles le pays a fait parler de lui au cours des deux dernières décennies : le football et le rugby. Voir donc le parti dominant au parlement refuser de sanctionner un tel Chef d’Etat, traduit la complicité des cadres de ce parti non seulement aux dérapages de ce dirigeant, mais surtout à l’extension de la souffrance du peuple. Ce n’est pas le parti de Nelson Mandela et ses autres compagnons de lutte qui peut cautionner et soutenir une telle gouvernance.  Le faire, c’est oublier les années de sacrifice et de combat des fondateurs du parti qui avaient fait de l’égalité et de la justice, les motivations premières de leurs engagements. C’est en quelques sortes, produire la deuxième mort de Nelson Mandela