La Nouvelle Tribune

L’Ouganda sur les traces du Burundi

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L’Ouganda est sur la voie de sombrer dans le climat de violence qui sévit  au Burundi  voisin depuis plus de dix mois maintenant. Et comme cela a été le cas chez le voisin, c’est la contestation  électorale qui est à l’origine des rapports délétères entre le régime et les leaders des partis de l’opposition.

La tension remonte à la période de la campagne électorale de  la présidentielle du 18 février dernier. Ce fut une campagne difficile pour les candidats de l’opposition qui n’ont pas pu sillonner l’ensemble du territoire national sans rencontrer sur leur chemin des policiers zélés qui perturbaient leurs manifestations. Le candidat qui a subi le plus ces affres de la police, était le principal adversaire au Président sortant Yoweri Museveni : Kizza Bessigyé du Fdu, Forum pour le changement démocratique. Durant la période de la campagne électorale, il a été plusieurs fois arrêté, conduit à des postes de police pour interrogatoire puis libéré. Des tracasseries qui ne lui ont pas permis de mener avec sérénité et lucidité sa campagne électorale.

Il a même aussi été arrêté le jour du scrutin, détenu presque toute la journée avant d’être libéré de nouveau. Kizza Besigyé est régulièrement  mis aux arrêts depuis la proclamation cavalière des résultats, puis assigné à résidence surveillée. Ses sorties sont réduites et même arrêtées de commun accord avec le police de Kampala. Dimanche dernier, lorsqu’il lui a été permis de se rendre au culte, il a voulu prendre un autre itinéraire que celui que lui avait imposé la police. Il a été une fois de plus interpellé, conduit à un poste de police,  puis libéré et reconduit chez lui sous forte escorte policière. Entre temps, toutes les personnalités politiques qui tentent de lui rendre visite, sont elles aussi arrêtées et conduites à la police avant d’être remises en liberté. Cette situation crée un climat de tension latente qui ne se manifeste pas encore certes, mais qui peut produire un effet magmatique incontrôlable. L’assignation  de ce principal opposant et de certains de ses compagnons de lutte en résidence surveillée, vise à réduire leur marge de manœuvre.

 

C’est -à-dire les rendre incapables d’une part, de mener des actes de contestations devant la justice des résultats des élections présidentielles du 18 février 2016, qui ont consacré Yoweri Museveni vainqueur  et d’autre part, trouver par là,  le moyen de les empêcher d’appeler et de mobiliser les foules à la contestation de ces résultats. Une situation qui alimente peu à peu les tensions dans le pays, qui en attendant d’être concrétisées, se confine encore dans les déclarations : celles des leaders de l’opposition et de leurs militants qui dénoncent à gorge déployée ces méthodes d’intimidations de la police. Si rien n’est fait, il risquerait d’arriver un moment où les personnes opprimées finiront par exprimer leur ras-le-bol et passeront à une étape de soulèvements populaires qui connaissent inévitablement des conséquences malheureuses. Il est donc temps que l’Union africaine, championne de la diplomatie du «trop tard », interpelle le Chef de l’Etat ougandais pour qu’à défaut de reprendre les élections, qu’au moins les libertés fondamentales de citoyens soient garanties. Notamment celles d’aller et venir sans rencontrer des obstacles ni restrictions.

Tout comme la possibilité de contester ne fut ce que devant la justice, les résultats des élections si les initiateurs ne les jugent pas crédibles. Faut-il cependant rejeter ou prendre en considération, les arguments avancés par certaines pontes du régime qui soutiennent que les agitations de la classe politique observées depuis peu, sont le produit de la manipulation d’une main invisible. Ceux-ci avancent que les commanditaires de l’incitation de ces opposants à la contestation, entendent créer des incidents qui doivent servir de prétexte aux ennemis de l’ombre pour intervenir en Ouganda et chasser du pouvoir, le Président Yoweri Museveni dont les positions contre l’homosexualité sont connues comme étant celle du rejet catégorique de cette pratique dans le pays. Il est donc question, démontrent-ils, de faire arriver au pouvoir, un dirigeant favorable à l’adoption de cette pratique. Quels que soient les mobiles qui président aux agissements de l’une ou de l’autre partie, il serait raisonnable de comprendre que, rien ne doit amener  qui que ce soit à conduire l’Ouganda dans la situation du Burundi