La Nouvelle Tribune

Le report des élections en Rca et les nouveaux défis de l’Ane

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Elle était attendue la nouvelle date de tenue du second tour des élections présidentielles et de la reprise des élections législatives annulées sur l’ensemble du territoire par la Cour constitutionnelle. Ce sera donc le 14 févier 2016 qu’auront lieu simultanément ces deux catégories d’élection. L’adoption de cette date induit un report de deux semaines pour le second tour des présidentielles qui devrait avoir  lieu le 31 janvier 2016.

Cette date laisse deux semaines aux candidats aux législatives pour remobiliser les troupes et convaincre les électeurs.  Mais le grand défi de l’Ane, l’Autorité nationale des élections sera de réussir un double pari : celui d’organiser le second tour des présidentielles dans la transparence et la régularité. Et en même temps que réorganiser les élections législatives en s’assurant de juguler toutes les difficultés qui ont été à l’origine de l’annulation de ces élections par la Cour constitutionnelle.

La première chose qui frappe dans cette nouvelle programmation de ces élections en République centrafricaine, se rapporte à la date ou plus précisément au couplage de celles-ci. Lorsqu’on se rappelle que les deux élections avaient été couplées le 30 décembre 2015, et ont produit les appréciations de la Cour constitutionnelle citées supra, on ne comprend pas comment le groupe de travail qui a réfléchi sur la nouvelle programmation, a encore opté pour des élections couplées. Si l’on part du postulat que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, on peut logiquement trouver que le jumelage des deux élections risquerait de produire encore les mêmes résultats. C’est-à-dire des manquements et des irrégularités de la part de l’Autorité nationale des élections. Organiser une seule catégorie d’élection exige de réunir des moyens humains, matériels et financiers conséquents. Ces besoins sont accrus lorsque les élections sont couplées.

On comprend peut être que l’organisation des élections étant très coûteuse, l’Autorité nationale des élections a voulu diminuer les coûts en couplant ces deux élections. Mais cette option peut être préjudiciable au bon déroulement des élections. Puisque le jumelage des élections appelle à une plus grande attention des scrutateurs, des observateurs, des responsables de bureaux de votes qui doivent gérer sans confusion le matériel et les documents de chaque type d’élection. C’est pour cela qu’il aurait été  plus sage pour l’Ane, de tenir séparément ces deux élections. L’Ane gagnerait à convaincre le pouvoir de transition et la communauté internationale à investir plus d’argent dans ces deux élections. Plutôt que de faire des économies et produire des conséquences fâcheuses susceptibles de plonger le pays dans la violence. L’Ane aurait pu opter de conduire jusqu’au bout, les élections présidentielles, qui semblaient déjà bien parties, pour programmer par la suite les élections législatives. Une telle programmation éviterait de mêler les contestations, celles des présidentielles et celles des législatives.

En considérant les choses en l’état, deux voies semblent tracées : celle d’une nouvelle reprogrammation des élections. En conservant le second tour au 14 février 2016 et les législatives pour le 28 février 2016 par exemple. L’autre option est de conserver les deux élections à la date indiquée, mais en mettant sur pied pour réduire voire se prémunir de toute fausse note.  Notamment des problèmes logistiques liés à la production, l’achat et à l’acheminement à temps de l’ensemble du matériel électoral. Il faudra que l’Ane relève le défi d’avoir dans tous les bureaux de vote un personnel diligent, capable de contrôler, sécuriser et d’acheminer tous les bulletins et procès verbaux sans incident ni manipulation. C’est sur ces manquements et irrégularités que s’est fondée la Cour constitutionnelle, pour annuler les dernières élections  législatives. C’est sur ces mêmes irrégularités que les six candidats à la présidentielles, se sont appuyés, pour appeler à l’annulation des résultats du premier tour des élections présidentielles. Alors la balle est dans le camp de l’autorité nationale des élections, d’opter pour la voie qui causera moins de dégâts.