La Nouvelle Tribune

Sommet de l’Union africaine, le cas du Burundi

Espace membre

Le 16è sommet de l’Union africaine s’est ouvert ce jour à Addis Abeba en Ethiopie, Avec pour thème : «les droits de l’homme». Ce sommet a surtout comme plat de résistance, la situation sociopolitique au Burundi.

C’est une patate chaude qui sera ainsi servie aux cinquante et quatre Chefs d’Etats et de gouvernements. Ce d’autant plus que le Burundi est presque devenu le sujet de conversation qui fâche. Tant par l’attitude du pouvoir de Bujumbura, fermé à toutes les voies de médiation que sur les solutions envisagées par l’institution communautaire pour régler le problème. Les Chefs d’Etats et de gouvernements devront se prononcer sur la décision de l’union africaine d’envoyer 5000 soldats au Burundi pour surveiller et s’assurer du respect des droits de l’homme sur l’ensemble du pays. Cette solution de l’Union africaine, pour être appliquée, requiert par vote, l’accord des deux tiers des Chefs d’Etats et de gouvernements présents. C’est ce qui rendra houleux les débats, puisque les Chefs d’Etats sont divisés sur la question.

A l’exemple du Rwanda qui, clamait depuis des semaines, sa disposition à envoyer les hommes au Burundi, vient miraculeusement d changer de fusil d’épaule. Est-ce à cause des accusations formulées par le régime de Bujumbura à l’endroit de Kigali ou par simple raisonnement projectif qui consiste à se dire : «si j’accepte l’envoi d’un contingent au Burundi en répression aux agissements du pouvoir, peut être en sera-t-il de même pour moi demain». C’est beaucoup plus cet état de choses qui fragilise l’Union africaine dans son fonctionnement. La réalité étant qu’il y a très peu de Chefs d’Etats capables de condamner les atrocités et la tyrannie de leurs homologues. Puisqu’ils ne sont pas eux-mêmes exempts de reproche à ce qu’ils pourraient formuler comme critique. C’est logiquement qu’un Chef d’Etat indexé peut demander aux autres d’enlever d’abord la poutre qui dans leur œil avant de voir la brindille qui se trouve dans son œil. Pourtant, la situation au Burundi est préoccupante et nécessite des décisions courageuses. Celles qui doivent amener le Président Pierre Nkorunziza à changer de fusil d’épaule et à mettre un peu d’eau dans son vin.

C’est à ce jour au moins vint cinq mille déplacés, des centaines de morts et des exilés et des dizaines de prisonniers politiques. Voici plus d’un an que les Burundais ont perdu le goût du sommeil et la joie de vivre. Tout ceci au nom du désir d’un homme à demeurer au pouvoir. Nkorunziza a fermé la voie à toute négociation, à kamapla comme à Arusha, il a su trouver des subterfuges, pour les vouer à l’échec les initiatives de médiation. Même les émissaires de l’Union africaine à l’instar d’Edem Kodjo, n’a pas pu trouver les tournures langagières efficaces pour ramener Nkorunziza aux meilleurs sentiments. La semaine dernière encore, la délégation du conseil de sécurité de l’Onu, composée des ambassadeurs des pays membres dudit conseil, sont rentrés la queue dans la culotte. Pour n’avoir pas pu faire bouger d’un pas le roi Nkorunziza. Son obstination pour le maintien au pouvoir est telle que, tous ceux qui ne veulent pas l’accepter, sont considérés comme des candidats à la géhenne. C’est d’ailleurs ce qu’avait exprimé son vice Président lorsqu’il se trouvait à la tête d’un groupe de manifestants qui fustigeaient l’envoi des 5000 soldats au Burundi.

C’était en décembre 2015, lorsqu’il déclarait en toute arrogance que : « dans une royauté, il ne peut pas avoir deux rois : ceux qui n’acceptent pas le roi, ont deux possibilités, soit s’enfuir soit se suicider». C’est avec la même arrogance que Nkorunziza a qualifié les soldats que l’Union africaine entendait envoyer au Burundi. Il les a qualifiés de «force d’invasion». Proférant d’ailleurs des menaces de ripostes si jamais l’Union africaine mettait en exécution ce projet. Alors l’heure n’est elle pas venue pour que l’Union africaine en tant qu’institution communautaire impose sa décision sur un membre. Surtout que celle-ci, si jamais elle est prise, émanera de l’accord d’au moins deux tiers des dirigeants. C’est aussi peut être l’occasion pour elle de prendre des mesures coercitives en vue de décourager les velléités de  troisième mandat ou des révisions constitutionnelles viseraient à les obtenir. On a déjà vu l’Union africaine être  ferme envers les putschistes au Burkina Faso, elle peut en faire autant à l’endroit du Burundi