La Nouvelle Tribune

Populisme médiatique : IBK à l’école de Yayi

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C’est désormais un virus transmissible d’un chef d’Etat à un autre. La pollution des médias de service public par des activités de propagande d’un chef d’Etat en exercice. Sujet d’actualité au Bénin depuis une dizaine d’années avec l’arrivée au pouvoir du Président Boni Yayi, il l’est actuellement au Mali où le Président Ibrahim Boubacar Kéïta a pris en otage l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (Ortm).

Visiblement IBK comme on l’appelle en références à ses initiales est allé à l’école du finissant président béninois. Et cela choque au Mali. Salif Diarra, un journaliste malien, étudiant en Master management des médias de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille s’en est vivement offusqué. « Avec IBK, la télé –Ortm- souvre par lui et se ferme par lui. Tout tourne autour des activités d’IBK, de sa femme, de son parti, de la majorité présidentielle » dénonce le journaliste dans un article publié sur maliactu.net. La goutte de narcissisme médiatique qui a fait déborder le vase chez ce journaliste malien est la diffusion, vendredi 11 décembre 2015, d’images de IBK pendant 52 minutes dans une édition du journal dont on connaît universellement la durée.

Libérez les médias publics !

Cette situation qui prévaut au Mali, au Bénin, est également remarquable dans des pays africains où le pouvoir est dans une dynamique de coup d’Etat constitutionnel. C’est le cas au Congo de Denis Sassou Nguesso où TV Congo diffuse à longueur de journée des images de propagande du Président et de son clan. Il se pose un véritable problème d’occupation abusive des médias publics par les pouvoirs en place en Afrique. Dans un contexte où dans la plupart des pays, seul le média d’Etat a une large couverture du territoire national, il y a lieu de trouver des mécanismes pour contraindre des chefs d’Etats populistes à libérer ces canaux devant servir à informer les citoyens, à leur proposer d’intéressants programmes. Au Bénin, on se rappelle encore le cas de Osias Sounouvou, ce journaliste qui a dû s’exiler pour avoir osé, en marge d’une édition du journal télévisée sur l’Ortb, demander au Président Boni Yayi de libérer cette chaîne de service public qu’il a transformé en une chaîne privée. Dans une telle situation, c’est le professionnalisme des journalistes qui est également mis en péril avec l’absence de confrontation des idées, des propositions pour le développement. Faut-il laisser prospérer en Afrique ce qui saute aux yeux comme une nouvelle forme d’abrutissement de masse organisé par des chefs d’Etat croyant utiliser les médias pour tromper les peuples ?