La Nouvelle Tribune

Après la fermeté, l’Union africaine soutient Nkuruzinza

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On commençait déjà à apprécier la dureté du ton avec laquelle l’Union africaine s’est adressée au régime de Bujumbura pour l’envoi de la mission de pacification du pays. L’opinion africaine a salué la décision de l’Organisation continentale, d’envoyer au Burundi, une mission de protection et de prévention constituée de 5000 soldats.

Le gouvernement de Pierre Nkuruzinza avait jusqu’au mardi 22 décembre pour se prononcer sur l’envoi de cette mission. Le pouvoir de Bujumbura est resté cohérent sur sa ligne de gestion du pays, en opposant une fin de non recevoir à ce projet de l’Union africaine. La convocation des deux chambres le lundi 21 décembre par le gouvernement, n’était qu’une mise en scène qui visait à donner l’impression que la position du pouvoir sur la question a été arrêtée par la représentation nationale qui est le siège de la souveraineté du peuple. Le refus opposépar le parlement à ce projet, n’a pas étonné grand monde puisqu’il était prévisible. Il aurait été difficile au parlement d’avoir une position contraire à celle du gouvernement.

Lequel avait utilisé des termes dépréciatifs pour qualifier cette initiative en gestation  de l’Union africaine. Pis encore, le gouvernement de Nkuruzinza a jugé opportun d’organiser le samedi 26 décembre à dans la capitale politique, une marche de protestation contre l’envoi de ladite mission dans le pays. Et c’est le Vice-président de la République qui se trouvait à la tête  des marcheurs. C’est propos à l’occasion, ont été les plus étonnants, parce qu’ils exprimaient clairement que le régime n’entendait pas s’écarter de sa politique de répression et d’extermination : «dans un royaume, il n’y a qu’un roi, soit on se soumet à lui soit on fuit ou on se suicide», a-t-il lancé, d’un ton arrogant. La résonnance de ces propos devrait susciter une réaction mécanique de l’Union africaine. Bienque le Vice-président ait apporté des atténuations à sa déclaration, en expliquant que l’expression roi renvoie à la Constitution et non à une personne. On est plutôt étonné de savoir que par correspondance adressée au régime de Bujumbura, la Présidente de la commission de l’Union africaine, Lamina Zuma opte de féliciter le régime de Nkuruzinza en l’invitant à accepter le dialogue.

Abandonnant contre toute attente, le projet d’envoi de la mission de prévention et de protection dans le pays. Et ce malgré la disponibilité des pays de l’Afrique de l’Est à constituer l’essentiel des soldats de cette mission. Ce revirement spectaculaire de l’Union africaine est une caution au pouvoir de Bujumbura qui multiplientdepuis des actes de défiances envers la communauté internationale. D’ailleurs, un haut responsable de l’armée, a fait remarquer que les opérations de fouille des domiciles des quartiers qui constituent les foyers de la contestation vont se poursuivre. C’estau cours de ces opérations dites de recherche des armes entre les mains des civiles, que les arrestations sont faites. Et les personnes interpellées prenant des destinations inconnues. Ce sont ces personnes interpellées qui sont parfois victimes des exécutions extrajudiciaires selon des témoignages des habitants de la capitale. Comme c’est le cas des personnes interpellées par l’armée et la police à Bujumbura, juste après l’attaque de trois camps militaires dans la nuit du 11 au 12 décembre. Les familles continuent à chercher sans espoir les membres des familles interpellés.

Ce changement de fusil d’épaule de l’Union africaine qui passe de la fermeté à la souplesse, est sans exagération une caution tacite au régime de Nkuruzinza. Il était question que l’organisation apporte son assistance aux populations en danger, en imposant au régime de Bujumbura de mettre fin à la répression. En optant pour les négociations qui doivent débuter ce jour à Kampala en Ouganda, l’Union africaine ne s’est pas souciée de s’assurer que le pouvoir va aussi observer la logique du «talking-time» qui veut que les différentes parties en conflit observent un temps d’arrêt des hostilités. Et dans le cas d’espèce, c’est le régime qui détient les moyens de répression et de coercition. Le régime de Nkuruzinza risquerait surtout de brandir cette volte-face de l’Union africaine comme une victoire, prouvant que rien ne peut l’arrêter dans sa démarche. Et ceci pour le plus grand malheur des populations qui auront encore des jours de malheur devant eux.C’est pour cela que l’Union africaine, devrait se préparer à être responsable des basculements malheureux qui guettent le pays. Le cas de la rébellion qui se prépare et observe silencieusement la suite du feuilleton