La Nouvelle Tribune

Elections au Burkina : Naissance avortée d’un monstre politique

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Plus de peur que de mal. Le Burkina s’en sort  tant bien que mal. Après la proclamation lundi des résultats provisoires de la présidentielle donnant vainqueur au premier tour par K.O, 53,49% de Roch Marc Christian Kaboré, la question était de savoir si le pouvoir législatif allait aussi basculer dans le même camp.

Tant ce scénario était plausible. L’écart creusé avec le principal challenger Zéphirin Diabré, le candidat de l’Union pour le progrès et le changement (Upc) qui n’a totalisé que 29,65% en faisait une quasi-certitude. Le jeune parti, Mouvement du peuple pour le progrès ( Mpp), rejeton de l’ancien tout-puissant parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès  (Cdp) de Blaise Compaoré était donc en passe de devenir une écrasante force politique au Burkina Faso. Et il s’en est fallu de peu. La proclamation mercredi des résultats des législatives, la deuxième face du double scrutin historique du 29 novembre, a offert une opportunité de pousser un ouf de soulagement. Le Mpp au pouvoir désormais est bien arrivé en tête avec une majorité de 55 sièges sur 127 au parlement. Seulement, cette majorité n’est pas absolue.  Elle n’est pas suffisante pour que cette jeune formation politique règne en maître absolu sur le parlement. Surtout qu’ils ne veulent plus d’une assemblée nationale aux ordres, les Burkinabè dans une sorte de clairvoyance et de maturité politique contraignent le parti du Président Kaboré à jouer la carte de négociation  et du consensus pour toute décision cruciale devant engager l’avenir du pays. Le nouveau Président pour gouverner, devra donc y aller en coalition.

Cela étant, il est  évident que le Mpp en raison de son programme auquel les Burkinabès ont adhéré, ne peut composer avec tout le monde. Roch Kaboré en pleine campagne électorale avait déjà annoncé la rupture avec son ancien parti, le Cdp. Pour lui, tout alliance avec les inconditionnels de Compaoré serait une relation  contre-nature. Soit, mais toujours est-il que ce parti qui, malgré toutes les  sanctions l’ayant fragilisé sort des législatives avec 18 sièges, est la troisième force politique dans ce parlement new-look. Une coalition avec la deuxième force politique, l’Upc qui occupe 33 sièges n’est pas aussi envisageable si on s’en tient à la position de son leader, Zéphirin Diabré. Du coup, le Mpp devra faire une coalition plus large avec deux au moins des  trois autres partis politiques pour obtenir les 09 députés qu’il lui faut pour avoir la majorité absolue. Au nombre de ces partis, pourrait figurer le parti de Me Bénéwendé Sankara Uni/Ps qui a  05 députés et qui a aussi besoin d’alliance pour former un groupe parlementaire. Cette formation sera particulièrement exigeante envers le régime sur les dossiers brûlants dont celui de l’assassinat du capitaine-président Thomas Sankara, le dossier Norbert Zongo, l’affaire Salifou Nébié et autres. Et dire que ces dossiers constituent de vieilles casseroles pour des proches du Mpp, ces ex-sbires de Compaoré, le mariage Mpp-Uni/Ps pourrait rapidement virer au cauchemar. C’est dire que dans sa configuration actuelle, le parlement burkinabè, sera un haut lieu  de débats politiques. Chose  qui ne serait pas, si un monstre politique avait vu le jour à travers une écrasante victoire du Mpp aux législatives après le retentissant K.O  à la présidentielle.