La Nouvelle Tribune

Côte d’Ivoire : Charles Konan Banny jette l’éponge (lire sa déclaration)

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Le candidat indépendant Charles Konan Banny n’est plus candidat à la présidentielle du dimanche prochain. L’ancien premier ministre ivoirien s’est retiré de la course au fauteuil présidentiel dans l’après-midi de ce vendredi 23 octobre 2015 à la faveur d’une conférence de presse à son siège à Cocody. Cette « décision grave », le candidat Charles Konan Banny dit l’avoir prise car l’élection présidentielle censée se tenir ce dimanche est déjà entachée d’irrégularités graves.

Lesquelles irrégularités font craindre un scrutin peu sincère, peu transparent et peu inclusif. Il faut signaler que l’ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) est le troisième candidat, après l’ancien Secrétaire général de l’Organisation de l’Unité africaine, Essy Amara et l’ancien président de l’Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, à se retirer de la présidentielle du dimanche 25 octobre 2015 à laquelle prend part le président sortant Alassane Dramane Ouattara. Le candidat Charles Konan Banny a reconnu que son retrait de la présidentielle au moment où la campagne électorale prend fin est un coup dur pour ses sympathisants mais il estime que c’était nécessaire. Soulignons qu’il ne reste plus que sept candidats en lice.

DECLARATION DU CANDIDAT CHARLES KONAN BANNY RELATIVE A L’ELECTION PRESIDENTIELLE DU 25 OCTOBRE 2015

Mes chers compatriotes,

Au soir de sa vie, le président Félix Houphouët-Boigny a recommandé aux Ivoiriens de « parfaire la construction de la société ivoirienne » qu’il avait entreprise et d’élargir la voie qu’il avait tracée pendant les quarante années qu’il a passées au service de ses compatriotes.

La recommandation du père-fondateur concernait, entre autres, la quête de l’indépendance économique et l’enracinement d’une démocratie inculturée.

Deux décennies après sa disparition, qu’avons-nous fait de l’héritage qu’il nous a légué ? Je suis au regret de dire que nous l’avons dissipé.

En effet, nous observons un recul de la Côte d’Ivoire, plus particulièrement, en matière de démocratie, de liberté, de respect des droits humains et de recherche du consensus politique par le dialogue.

Le libre choix des dirigeants par les citoyens est un des droits humains les plus importants. Or, les élections présidentielles qui sont censées se tenir dans quelques jours sont déjà entachées de graves irrégularités qui font craindre un scrutin peu sincère, peu transparent et non inclusif.

Face à ce risque, tous les Ivoiriens épris de démocratie ont, dans un même élan, appelé le chef de l’Etat à un dialogue constructif, en vue de jeter les bases d’un consensus politique et de prévenir les crises qui résultent toujours d’élections mal organisées et de contentieux électoraux mal résolus. Les élections présidentielles de 2010, qui ont porté l’actuel président de la République à la magistrature suprême de notre pays nous le prouvent.

Dès le mois de mai, l’opposition a sollicité du chef de l’Etat un rendez-vous pour nouer le dialogue sur l’organisation des élections et toutes les questions litigieuses qui ont trait au futur scrutin présidentiel.

Malheureusement, à trois jours des consultations, aucune rencontre avec lui n’a été acceptée. Et il occupe quasiment seul tout l’espace politique. Ses adversaires sont marginalisés. Le refus du dialogue et de la réconciliation nationale par le chef de l’Etat crée des risques d’instabilité aussi bien en Côte d’Ivoire que dans la sous-région.

Par surcroît, la liste électorale qui a été remise aux candidats quatre semaines seulement avant l’échéance électorale contient des doublons et des erreurs qui sont des indices de manipulations significatives des fichiers électroniques. Ces alertes sont minimisées, alors qu’elles devraient entraîner un audit sous le contrôle d’experts neutres.

Pour ma part, fidèle aux enseignements du président Félix Houphouët-Boigny, je suis attaché au respect des décisions de l’organe suprême du PDCI-RDA, le congrès, dont une résolution a décidé de présenter un candidat à l’élection présidentielle de 2015, choisi parmi ses militants actifs. Je considère donc l’appel de Daoukro comme une violation flagrante des résolutions du 12e congrès.

Ma candidature à la magistrature suprême de notre pays découle de ma volonté de voir triompher la démocratie et le dialogue en Côte d’Ivoire et au sein de notre grand parti, le PDCI-RDA. Force est de constater que tout est mis en œuvre pour entraver l’éclosion de ces nobles idéaux.

Après avoir mené jusqu’au bout le combat pour amener nos responsables à épargner à la Côte d’Ivoire de nouvelles souffrances et de nouvelles frustrations, j’ai donc décidé de me retirer du processus inique imposé aux Ivoiriens.

Je reste cependant disponible pour le peuple de Côte d’Ivoire et pour les militants du PDCI-RDA. Le moment venu, je retrouverai le peuple ivoirien pour bâtir avec lui, dans la paix et la concorde, une Côte d’Ivoire unie et prospère.

Charles Konan Banny

Envoyé spécial en Côte-d'ivoire